Arrestation de El Capo : la connexion d’un groupe « Batterie Cassée » et la piste de deux trafiquants

ByRédaction

November 3, 2025

Le filet se referme. Brandon Rodrigues Sena, 27 ans  surnommé « El Capo » et présenté par les enquêteurs comme une pièce maîtresse d’un trafic transatlantique de cocaïne  a été interpellé mercredi 29 octobre à Argy par la CID de Flacq. L’homme, arrivé à Maurice le 30 mai depuis La Réunion, aurait séjourné ici en semi-clandestinité, tissant des liens locaux et nourrissant des projets inquiétants : enlèvement, règlements de comptes et menaces publiques.

C’est une arrestation filmique, menée sous la supervision du SP Babajee et de l’inspecteur Seebnauth : intercepté au volant d’une BMW, « El Capo » est arrêté sans résistance. Une petite quantité de cocaïne a été retrouvée sur lui lors de l’opération élément matériel qui renforce la thèse d’un retour actif aux affaires. Placé en détention, il attend désormais sa comparution. Mais derrière l’arrestation, c’est une toile plus vaste qui émerge : comment ce trafiquant, déjà connu de la justice française, a-t-il réussi à s’implanter ici ? Qui l’a aidé à entrer et à circuler ? Et surtout : quels étaient ses objectifs une fois posé sur l’île ?

Des racines françaises /  le réseau Guyane-France

Le parcours de Brandon n’est pas une surprise pour les services. En janvier 2022, une vaste opération menée à Poitiers et à Paris-Orly avait mis au jour un réseau structuré : treize kilos de cocaïne saisis, des armes, des interpellations coordonnées. Selon les investigations menées à l’époque, la drogue provenait de la région de Rémire-Montjoly, en Guyane, et transmettait ensuite vers la métropole. Les enquêteurs français pointaient alors Brandon comme l’un des pivots logistiques de la filière.

Ce qui suit sa libération spectaculaire consécutive à une erreur de convocation lors d’une audience en mai 2022 relève du feuilleton judiciaire : une faille de procédure lui aura permis de recouvrer la liberté, puis, selon plusieurs sources, de disparaître des radars pour réapparaître dans l’océan Indien.

« Batterie Cassée » : une connexion musicale qui interroge

Parmi les éléments qui intriguent les enquêteurs figure la connexion entre « El Capo » et des milieux culturels locaux. Des recoupements font clairement apparaître des contacts avec un groupe identifié très connu de la région Batterie Cassée, ainsi qu’avec une chanteuse proche de ce milieu. Plusieurs témoins et sources proches de l’enquête affirment que des échanges et des rencontres ont eu lieu entre le prévenu et des membres de ce cercle relations qui pourraient avoir servi à lui fournir un réseau logistique, des planques ou des connexions avec d’autres opérateurs.

. Les investigations devront préciser si ces connexions s’expliquent par un rôle actif dans le trafic, par une simple proximité sociale, ou par des complicités plus lourdes.

Deux trafiquants déjà derrière les barreaux  noms récurrents dans l’enquête

Autre fil conducteur : les enquêteurs retrouvent, dans plusieurs témoignages et interceptions, les noms de deux trafiquants déjà incarcérés à la prison de Beau-Bassin pour trafic de drogue. Leur présence récurrente dans les dossiers et conversations laisse penser qu’ils appartenaient au même réseau ou à des cellules connexes, et qu’« El Capo » cherchait à renouer ou à régler de vieux différends. Là encore, la FIU et la police cherchent à reconstruire l’architecture financière et humaine de ces échanges.

Des plans d’enlèvement et une vendetta contre « Daren »

Des sources indiquent que Brandon préparait ou avait planifié plusieurs actions violentes. Parmi elles, l’enlèvement présumé de Daren, animateur sur Radio Mo Pep, est évoqué de façon récurrente : motif avancé, la volonté de « faire taire » ou de punir des voix jugées gênantes. Dans l’entourage de l’animateur, la stupeur est grande ; pour l’heure, Daren avait raté de justesse a une attaque dans sa demeure , mais les révélations renforcent le caractère dangereux du détenu et la réalité d’un mobile de vengeance.

Ces informations, encore à l’état d’alerte, ont poussé les autorités à renforcer la protection de certaines personnes citées dans le dossier et à accélérer les vérifications autour des pistes d’action évoquées.

FIU, virements et complicités : la piste financière

Sur le plan financier, la FIU a été saisie et suit une série de transferts suspects impliquant Maurice, La Réunion et la métropole. Les enquêteurs scrutent les comptes, les locations de véhicules, les mouvements d’argent entre personnes identifiées comme des opérateurs logistiques. Qui payait les loyers ? Qui fournissait les véhicules ? Qui assurait la chaîne d’acheminement ? Les réponses sont cruciales pour démanteler le réseau.