Médicaments contre le diabète : le ministère rassure, les patients restent inquiets

ByRédaction

July 27, 2026
  • Vildagliptine : un retour des stocks d’ici fin août

Le diabète est devenu l’une des plus graves urgences de santé publique du pays. Près d’un adulte sur cinq en est atteint et plus de 218 000 personnes vivent aujourd’hui avec cette maladie chronique. Si le ministère de la Santé assure qu’il n’existe aucune pénurie généralisée de médicaments antidiabétiques dans les établissements publics, plusieurs patients affirment avoir rencontré des difficultés pour obtenir certains traitements essentiels, les obligeant à se tourner vers les pharmacies privées, avec des dépenses parfois difficiles à assumer.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon la Mauritius Non-Communicable Diseases Survey 2021, 19,9 % des personnes âgées de 25 à 74 ans souffrent d’un diabète de type 2. Plus préoccupant encore, 15,9 % de la population est en situation de prédiabète, laissant présager une augmentation du nombre de malades dans les prochaines années.

Les données de la Fédération internationale du diabète (IDF) confirment cette tendance. En 2024, environ 218 100 adultes vivaient avec le diabète, tandis que plus de 61 000 personnes ignoreraient encore qu’elles sont atteintes.

Des patients contraints d’acheter leurs médicaments

Pour les diabétiques, le traitement ne peut souffrir d’aucune interruption. Pourtant, depuis plusieurs semaines, des patients rapportent avoir quitté les pharmacies hospitalières sans certains médicaments prescrits. « Le pharmacien m’a demandé de revenir la semaine suivante parce que le médicament n’était plus disponible. Mais le diabète n’attend pas. J’ai dû acheter mon traitement dans une pharmacie privée pour près de Rs 2 000 », témoigne un habitant de Quatre-Bornes.

Même inquiétude chez une retraitée suivie à l’hôpital Victoria.« Je vis uniquement avec ma pension. Lorsque je dois acheter mes médicaments, cela représente une part importante de mon budget. Après cela, il faut encore payer les autres dépenses du quotidien. »

Pour d’autres patients, ces difficultés génèrent une véritable anxiété. « Nous comprenons que des retards d’approvisionnement puissent arriver, mais nous dépendons de ces médicaments tous les jours. On ne peut pas interrompre un traitement pendant plusieurs jours », explique un patient suivi depuis de nombreuses années.

Un médicament devenu rare dans les établissements publics

Parmi les traitements les plus souvent cités figure la Vildagliptine, utilisée dans le traitement du diabète de type 2. Plusieurs patients affirment avoir eu des difficultés à s’en procurer dans certains établissements publics.Face à ces inquiétudes, le ministère de la Santé précise qu’il n’existe pas de rupture généralisée des médicaments antidiabétiques. Selon les autorités, seule la Vildagliptine connaît actuellement des stocks très limités. Une nouvelle livraison est attendue d’ici la fin du mois d’août.

En attendant, le ministère indique avoir réuni les diabétologues afin de mettre en place des mesures de continuité des soins. Les pharmaciens hospitaliers pourront également procéder à des achats locaux si nécessaire. Les autorités précisent que les autres traitements, notamment la Metformine, le Gliclazide, la Dapagliflozine ainsi que les différentes formes d’insuline, restent disponibles dans les établissements publics. Les médecins peuvent également prescrire des traitements alternatifs lorsque cela est médicalement indiqué.

Une maladie qui ne laisse aucune marge d’erreur

Les spécialistes rappellent qu’un diabète mal contrôlé peut rapidement entraîner de graves complications.Une interruption du traitement favorise un déséquilibre du taux de sucre dans le sang et augmente le risque de maladies cardiovasculaires, d’insuffisance rénale, de cécité, d’atteintes nerveuses ou encore d’amputations.Les chiffres du ministère de la Santé montrent d’ailleurs que 31,7 % des patients diabétiques présentent un diabète mal contrôlé, ce qui accroît considérablement le risque de complications. La situation est encore plus critique pour les personnes atteintes d’un diabète de type 1. Elles sont 1 114 à être suivies dans les établissements publics, dont 1 082 à Maurice et 32 à Rodrigues, et dépendent entièrement de l’insuline pour survivre.

Un défi majeur pour le système de santé

Le diabète demeure l’une des principales causes de mortalité dans le pays. En 2022, les maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques, principalement liées au diabète, ont provoqué 2 737 décès, soit 21,8 % de l’ensemble des décès enregistrés.

Au-delà des difficultés ponctuelles rencontrées par certains patients, les enjeux dépassent largement la seule question des stocks. Le Public Accounts Committee avait déjà appelé à moderniser les infrastructures de stockage et à renforcer la chaîne logistique afin de mieux sécuriser l’approvisionnement en médicaments.

Pour les patients, le message est simple : ils souhaitent pouvoir obtenir leur traitement au moment où ils en ont besoin.« Nous ne demandons pas un privilège. Nous demandons simplement de recevoir les médicaments dont nous dépendons pour vivre normalement. Quand ils ne sont pas disponibles, c’est notre santé qui est en jeu », résume un patient.

À l’heure où plus de 218 000 personnes vivent avec le diabète, garantir un accès continu aux traitements n’est pas seulement un défi logistique. C’est une nécessité de santé publique, car derrière chaque comprimé de Metformine, de Vildagliptine, de Gliclazide ou chaque injection d’insuline se trouve un patient dont la vie dépend de la continuité de son traitement.