Saleem Moosa, du petit prince du football au roi du snooker

ByRédaction

October 23, 2025

L’épopée de la sélection mauricienne de 1974 a marqué toute une génération. Parmi les jeunes qui ont rêvé de chausser les crampons après ce succès historique figure un nom bien connu du sport mauricien : Saleem Moosa.


Issu d’une famille de sportifs installée dans la région du Champ de Mars, il grandit dans un environnement où le ballon rond fait partie du quotidien. Son père, membre fondateur du Muslim Scouts, l’encourage très tôt à participer aux activités de l’association, avant que celle-ci ne se dote d’une section football. Le jeune Saleem y découvre sa vocation.

Des débuts prometteurs

Lorsque la famille déménage à Quatre Bornes, le garçon continue de « battre boul » dans les terrains vagues du quartier. Élève du Lycée Labourdonnais, il s’impose naturellement dans les équipes scolaires, choisissant le football au détriment d’autres disciplines où il excelle également. Son talent ne tarde pas à éclater : à 14 ans, il évolue déjà chez les juniors et les seniors, impressionnant par sa technique et sa maturité de jeu.

À 16 ans, il rejoint officiellement le Muslim Scouts FC, où il s’impose immédiatement dans les deux équipes – jeunes et seniors – grâce à son jeu élégant et sa vision du terrain. Son ascension est fulgurante. À 17 ans, il est convoqué en sélection nationale pour disputer un match au Lesotho. Il y côtoie ses idoles de toujours : Danny Imbert, Ashok Chundunsing et Ramrekha. Ce sera le premier acte d’une carrière internationale qui s’étendra sur plus de 17 ans.

Un leader sur et en dehors du terrain

Si ses années au Muslim Scouts ne lui apportent pas de trophée majeur, elles forgent son caractère. En 1985, il rejoint le Sunrise FC, un club alors en pleine ascension. Ce transfert tombe à point nommé : le football mauricien, encore marqué par le communalisme, cherche à se réinventer. Saleem y trouve un environnement ouvert, propice à l’unité et à la performance. Capitaine exemplaire, il devient le moteur du groupe et l’un des piliers de la sélection nationale.

Les succès s’enchaînent. En 1992, à Madagascar, il décroche la médaille d’argent aux Jeux des Îles de l’océan Indien, avant de raccrocher définitivement les crampons, au sommet de sa gloire. La transition vers la vie civile est difficile : passer de joueur à spectateur n’est jamais simple. Mais Saleem se replonge aussitôt dans l’entreprise familiale, tout en restant passionné de sport.

Le billard comme seconde vie

Le répit ne dure pas longtemps. Du gazon vert, Saleem passe au feutre vert. Le snooker, simple loisir au départ, devient rapidement une nouvelle passion. Là encore, sa rigueur, sa précision et sa discipline font la différence. En quelques années, il s’impose comme la référence du snooker mauricien, dominant la scène locale pendant près de 18 ans. Fidèle à sa philosophie, il se retire ensuite pour devenir coach et responsable fédéral, mettant son expérience au service des jeunes talents.

Un regard lucide sur le football d’aujourd’hui

Avec le recul, Saleem Moosa porte un regard mélancolique sur le football mauricien. Selon lui, la déstructuration du système communautaire, mal planifiée, a brisé le lien passionnel entre le public et ses clubs. « Les Mauriciens n’ont jamais développé une appartenance régionale forte. Ils soutenaient leur club comme ils soutenaient leur communauté. Quand cet aspect a disparu, la passion aussi », explique-t-il.

Pour lui, la renaissance du football passe par la régionalisation et la professionnalisation réelle du sport, soutenues par la technologie, mais sans sacrifier l’émotion et la ferveur. « Il faut recréer l’identité, comme dans les années 70, et encadrer les jeunes dès le plus jeune âge. »

Aujourd’hui encore, Saleem Moosa reste convaincu que le sport mauricien a un avenir. Son parcours, de petit prince du football à roi du snooker, en est la preuve éclatante. Deux disciplines, deux univers, une même constante : la passion.