Éditorial — Crise de l’eau : des vérités qui dérangent

ByRédaction

October 11, 2026

La crise que nous traversons aujourd’hui ne date pas d’hier. Elle ne peut être attribuée uniquement à la sécheresse ou au manque de précipitations. Derrière les robinets à sec se cachent des années de mauvaise planification, de décisions contestables, de négligences et de dysfonctionnements systémiques qui ont progressivement fragilisé un service pourtant vital.

Les déclarations du ministre des Services publics, Patrick Assirvaden, remettent sur le tapis des dossiers qui méritent davantage que quelques explications radiophoniques. Les projets de remplacement de conduites, les responsabilités des décideurs de l’époque et les circonstances entourant les matériaux qui auraient été détruits doivent être éclaircis. Les noms de Prakash Maunthrooa et de Joe Lesjongard sont évoqués dans ce contexte. Il appartient désormais aux autorités compétentes d’établir les faits, sans amalgame ni condamnation prématurée.

Car Rs 700 millions, ce n’est pas une petite somme. C’est de l’argent public, celui des contribuables, dont l’utilisation doit être justifiée jusqu’à la dernière roupie. Si des irrégularités ont été commises, elles doivent être établies et sanctionnées. Si des décisions étaient justifiées, leurs auteurs doivent pouvoir s’en expliquer. La transparence ne peut être sélective.

Au Journal du Dimanche, nous avions déjà dénoncé, avec véhémence, ce que nous appelions les « vampires de la CWA ». Cette expression traduisait notre inquiétude face aux intérêts particuliers, aux résistances internes et aux pratiques susceptibles de paralyser une institution chargée d’une mission essentielle. Nous maintenons cette vigilance. Car changer de ministre ou de direction ne suffit pas lorsque les mauvaises habitudes survivent aux alternances politiques.

Il faut avoir le courage de regarder la réalité en face. La CWA compte des employés dévoués, des techniciens compétents et des professionnels qui accomplissent leur mission dans des conditions parfois difficiles. Mais leur travail ne doit pas être compromis par des blocages administratifs, des interventions inappropriées ou une culture de l’irresponsabilité.

Patrick Assirvaden a désormais une responsabilité majeure : aller au-delà des révélations. Les Mauriciens attendent des résultats, des explications documentées et des réformes durables. Toute enquête de la FCC doit suivre son cours en toute indépendance. Il ne s’agit ni d’organiser une chasse aux sorcières ni de transformer la crise de l’eau en règlement de comptes politique. Il convient également de saluer l’initiative du gouvernement visant à offrir des réservoirs d’eau et des pompes aux familles les plus vulnérables, notamment à celles qui n’ont pas les moyens de s’équiper. Cette mesure apporte un soulagement bienvenu à des ménages durement éprouvés par les restrictions.

Mais aussi louable soit-elle, elle ne saurait constituer une réponse définitive. Il faut désormais privilégier des solutions à long terme : moderniser les infrastructures, remplacer les conduites vétustes, réduire les pertes sur le réseau et améliorer les capacités de stockage. Une véritable politique de l’eau doit reposer sur l’anticipation plutôt que sur la gestion permanente des urgences.

Dans le même temps, nous lançons un appel au calme. La colère des familles privées d’eau est légitime. Personne ne devrait avoir à supplier pour remplir un seau ou assurer les besoins élémentaires de ses enfants. Mais cette frustration ne doit jamais dégénérer en violence. On ne peut pas mettre le feu pour réclamer de l’eau. Les manifestations pacifiques sont un droit ; les dégradations et les affrontements ne constituent pas une solution.

Et comment ne pas avoir une pensée particulière pour Élodie, cette jeune femme grièvement blessée par balle lors des événements de Camp-Levieux, et dont l’état de santé demeure critique selon les informations communiquées ? Au Journal du Dimanche, nous sommes de tout cœur avec elle, son époux, son enfant et l’ensemble de sa famille, qui traversent des moments extrêmement douloureux. Nous lui souhaitons de trouver la force de surmonter cette terrible épreuve et espérons de tout cœur son rétablissement.

Cet incident nous rappelle à quel point une situation de tension peut avoir des conséquences humaines dramatiques. Il appartient désormais à la police de mener son enquête en toute indépendance et avec la rigueur nécessaire afin d’établir les circonstances exactes de ce coup de feu et les responsabilités éventuelles. Gardons-nous des spéculations, des accusations prématurées et de la propagation de fausses informations. Laissons les enquêteurs accomplir leur travail et la justice suivre son cours.

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