En l’espace de seulement trois mois, la société Proguard Ltd s’est retrouvée au centre de deux importants contrats du Central Electricity Board (CEB), pour une valeur combinée dépassant les Rs 27 millions hors TVA. Une série d’attributions qui soulève aujourd’hui des interrogations sur la place grandissante occupée par cette entreprise privée dans la sécurisation des infrastructures stratégiques du pays. Les deux documents portent la signature du directeur général du CEB, Shamshir Mukoon.
Au sein du CEB, on assure toutefois que toutes les procédures ont été respectées. « Il y a eu un appel d’offres et celui qui était le plus compétitif a obtenu le contrat », indique un cadre de l’organisme, précisant que l’ensemble du processus demeure vérifiable.


Deux contrats majeurs attribués en quelques semaines
D’un côté, un contrat de Rs 14,19 millions pour assurer la sécurité des bâtiments administratifs du CEB à travers l’île. De l’autre, un contrat additionnel de Rs 13,416 millions destiné à la surveillance des sous-stations électriques et des magasins de stockage du CEB. Deux marchés publics majeurs attribués, dans un délai extrêmement court, à une seule et même société. De quoi alimenter les commentaires dans les milieux concernés, où certains commencent déjà à qualifier Proguard de véritable « enfant gâté » du CEB.
Car derrière les procédures administratives soigneusement encadrées par les appels d’offres publics, une question dérange de plus en plus : comment une seule entreprise parvient-elle à s’imposer avec une telle régularité sur des contrats aussi stratégiques et financièrement conséquents ?
Une entreprise solidement structurée sur le papier
Les documents d’appel d’offres présentent pourtant une entreprise solidement structurée. Proguard Ltd met en avant une flotte importante de véhicules, des équipements logistiques variés ainsi qu’une hiérarchie expérimentée composée de superviseurs, de gestionnaires de sécurité et de responsables opérationnels cumulant plusieurs années d’expérience.
L’entreprise insiste également sur sa conformité administrative : licences valides, obligations fiscales respectées, absence de condamnations liées à la fraude ou à la corruption, ainsi qu’un engagement formel contre toute pratique collusoire.
Sur le papier, tout semble irréprochable. Mais dans les coulisses, certains s’interrogent sur cette concentration progressive des contrats publics de sécurité entre les mains d’un nombre limité d’opérateurs.
Le CEB mise sur Proguard pour ses sites stratégiques
Le CEB, qui gère des infrastructures vitales pour le pays, semble désormais accorder une confiance quasi systématique à Proguard pour protéger aussi bien ses bureaux administratifs que ses sous-stations électriques.
Cette accumulation de contrats interroge d’autant plus que les montants engagés sont loin d’être anodins. Plus de Rs 27 millions pour des contrats initiaux de seulement six mois, avec possibilité de renouvellement. À terme, la facture pourrait donc grimper beaucoup plus haut pour les finances publiques.
Le premier contrat couvre plus d’une vingtaine de sites administratifs répartis à Ébène, Curepipe, Rose-Hill, Mahébourg, Souillac ou encore Pamplemousses. Le second concerne des installations encore plus sensibles : les sous-stations électriques et les centres de stockage du CEB, véritables piliers du réseau énergétique national. En clair, Proguard se retrouve désormais au cœur même du dispositif sécuritaire d’une institution stratégique du pays.
Malaise grandissant dans le secteur privé
Cette omniprésence commence à déranger certains acteurs du secteur privé, qui dénoncent, sous couvert d’anonymat, un déséquilibre croissant dans l’attribution des marchés publics liés à la sécurité. Plusieurs s’interrogent notamment sur la réelle compétitivité du processus d’appel d’offres et sur la capacité des autres entreprises à rivaliser face à une société qui semble bénéficier d’une position de plus en plus dominante.
Le malaise est renforcé par le contexte économique actuel. Alors que de nombreuses entreprises mauriciennes peinent à survivre dans un marché hautement concurrentiel, voir les mêmes noms revenir systématiquement sur des contrats publics de plusieurs millions nourrit inévitablement les soupçons et les frustrations.
Les documents contractuels rappellent pourtant les exigences strictes imposées aux prestataires : respect des lois du travail, confidentialité, assurances obligatoires, contrôle permanent du CEB, sanctions financières en cas de mauvaise performance ou encore absence des gardes sur site. Des clauses qui traduisent officiellement la volonté du CEB de garantir rigueur et transparence.
Mais au-delà des aspects techniques et administratifs, c’est surtout la dépendance croissante envers un même prestataire qui interpelle. Confier à une seule société une part aussi importante de la sécurité des infrastructures électriques nationales peut-il représenter un risque opérationnel ? Que se passerait-il en cas de défaillance majeure, de conflit contractuel ou de problème interne au sein du prestataire ?
Dans certains cercles, on évoque même l’émergence d’une forme de monopole silencieux dans le domaine de la sécurité institutionnelle. Une situation qui pourrait, à terme, réduire considérablement la concurrence et affaiblir la diversité des acteurs capables de répondre aux besoins sécuritaires des organismes publics.

