Toute réforme touchant à la religion suscite naturellement des interrogations. C’est normal. Lorsqu’il est question du waqf, il ne s’agit pas seulement de biens ou d’argent, mais d’un héritage spirituel et d’une tradition profondément ancrée dans la communauté musulmane. Pourtant, il faut aussi regarder la réalité en face : le monde a changé et les lois doivent évoluer avec lui. Aujourd’hui, aucun pays ne peut ignorer les règles internationales en matière de transparence financière et de lutte contre le blanchiment d’argent. Maurice ne fait pas exception. Si le pays veut préserver sa réputation et protéger son système financier, il doit s’assurer que toutes les institutions qui gèrent des fonds, quelles qu’elles soient, répondent aux mêmes exigences de bonne gouvernance.
Cela ne signifie pas que l’État cherche à contrôler la religion. Bien au contraire. L’objectif est de protéger les dons des fidèles, de garantir qu’ils soient utilisés conformément à la volonté des donateurs et d’éviter que quelques dérives, si elles existent un jour, ne viennent ternir l’image d’institutions qui accomplissent depuis des décennies un travail remarquable au service des plus démunis. Le petit peuple est le premier concerné. Ce sont les citoyens ordinaires qui donnent, parfois modestement, quelques roupies pour soutenir une mosquée, financer une école coranique, aider une famille dans le besoin ou participer à une œuvre caritative. Ils ont le droit de savoir que chaque roupie est gérée avec sérieux, transparence et responsabilité.
La confiance est le socle de toute institution religieuse. Et cette confiance ne peut qu’être renforcée lorsque les règles de gestion sont claires, les responsabilités bien définies et les comptes correctement tenus. La transparence n’est pas une menace. Elle est une garantie pour tous : pour les administrateurs honnêtes, pour les donateurs et pour les bénéficiaires.
Il serait donc regrettable que le débat se transforme en affrontement politique ou communautaire. Une réforme n’est pas nécessairement une remise en cause des traditions.
Elle peut au contraire permettre de les préserver pour les générations futures en leur donnant un cadre plus solide et mieux adapté aux exigences d’aujourd’hui.
Cela ne veut pas dire que le gouvernement détient toutes les réponses. Les inquiétudes exprimées par certains responsables religieux doivent être entendues avec respect. Les consultations sont essentielles et les propositions constructives doivent être prises en considération. Une bonne réforme est toujours celle qui s’enrichit du dialogue.
Mais refuser tout changement par principe ne serait pas non plus une solution. Le monde évolue, les lois évoluent et les institutions doivent évoluer elles aussi. Rester immobile par peur du changement reviendrait à prendre le risque que le système devienne un jour plus vulnérable.
L’enjeu dépasse largement la communauté musulmane. Il concerne tous les Mauriciens. Dans une démocratie moderne, toutes les institutions appelées à gérer des biens ou des fonds destinés au public doivent répondre aux mêmes principes de responsabilité et de transparence. Il ne s’agit pas de cibler une religion, mais d’appliquer une règle de bonne gouvernance qui bénéficie à tous.
Cette réforme représente donc une occasion de renforcer la confiance, de protéger les dons des fidèles et d’assurer que le waqf continue pleinement sa mission sociale, éducative et religieuse. À condition que chacun fasse un pas vers l’autre, dans le respect, l’écoute et la bonne foi.
Le progrès ne consiste pas à effacer les traditions. Il consiste à les protéger en les adaptant aux réalités d’aujourd’hui. Si cette réforme est menée avec intelligence, dans la concertation et sans esprit de confrontation, elle ne sera pas une victoire du gouvernement ni une défaite des institutions religieuses. Elle sera une victoire pour la transparence, pour la confiance et, surtout, pour le peuple mauricien.

