Le littoral appartient à tous, pas à quelques-uns

ByRédaction

June 30, 2026

Il existe des décisions qui dépassent la simple application de la loi. Elles rappellent un principe fondamental : certains biens ne peuvent appartenir à une poignée de privilégiés. Les plages mauriciennes en font partie.

En décidant de s’attaquer à l’accaparement des espaces publics sur le littoral, le ministère du Logement et des Terres envoie un signal fort. Pendant trop longtemps, certains détenteurs de baux sur des terrains de l’État en bord de mer se sont comportés comme s’ils étaient propriétaires de portions entières du littoral. Pancartes « Accès interdit », barrières improvisées, intimidations ou obstacles dissuasifs ont progressivement donné l’impression que certaines plages étaient devenues privées.Or, la loi est claire : les plages publiques appartiennent à tous les Mauriciens.

La sortie du ministre Shakeel Mohamed mérite donc d’être saluée. Elle rappelle une évidence qui semblait parfois avoir été oubliée : un bail sur un terrain de l’État ne donne aucun droit d’interdire l’accès au domaine public. Louer une parcelle ne signifie pas s’approprier le littoral ni décider qui peut ou non profiter de la mer.

Au-delà de la question juridique, il s’agit d’une question de justice sociale. Pour de nombreuses familles, la plage représente le seul véritable espace de loisirs gratuit. C’est un lieu de détente, de rencontres, de traditions familiales et un élément essentiel du patrimoine mauricien. Voir ces espaces progressivement confisqués au profit d’intérêts privés nourrit un profond sentiment d’injustice.

Cette initiative du gouvernement traduit également une volonté de rétablir l’autorité de l’État. Les lois ne peuvent être appliquées à géométrie variable. Lorsque certains s’arrogent des privilèges qui ne leur appartiennent pas, c’est la crédibilité des institutions qui est mise à l’épreuve. Faire respecter les règles, ce n’est pas s’attaquer aux investisseurs ou aux détenteurs de baux ; c’est simplement rappeler que nul n’est au-dessus de la loi.

Cette fermeté est d’autant plus importante que le littoral mauricien est un patrimoine limité. À mesure que le développement immobilier se poursuit, la pression sur les espaces publics s’intensifie. Il est donc essentiel que l’État protège aujourd’hui ce qui appartient aux générations futures.

Naturellement, cette annonce devra désormais être suivie d’actions concrètes. Les panneaux illégaux devront être retirés, les accès publics clairement identifiés et les contrevenants sanctionnés lorsque cela s’impose. Une déclaration d’intention ne suffira pas ; seule une application rigoureuse permettra de restaurer pleinement les droits des citoyens.

Préserver les plages publiques, ce n’est pas opposer développement économique et intérêt collectif. C’est rappeler qu’un développement harmonieux ne peut se faire au détriment des droits fondamentaux de la population.

Les Mauriciens ne demandent pas des privilèges. Ils demandent simplement que ce qui appartient à tous reste accessible à tous. En défendant ce principe, le gouvernement réaffirme une valeur essentielle : le domaine public n’est pas à vendre, ni à privatiser. Il est le bien commun de toute une nation.

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