Pétrole, billets d’avion, produits importés : la guerre qui pourrait faire grimper les prix à Maurice

ByRédaction

March 9, 2026

Alors que les tensions militaires s’intensifient au Moyen-Orient, les premières secousses économiques commencent déjà à se faire sentir à travers le monde. Hausse du pétrole, augmentation du coût du transport maritime, incertitudes dans le tourisme et risques de perturbations commerciales : plusieurs secteurs pourraient être affectés. Pour l’économiste Dr Bhavish Jugurnath, Maurice, économie ouverte et fortement dépendante des importations, pourrait rapidement ressentir les effets de cette instabilité géopolitique.

Si le conflit venait à s’inscrire dans la durée, ses répercussions pourraient toucher plusieurs piliers de l’économie nationale, notamment l’énergie, le commerce extérieur, le transport et le tourisme.

Une crise internationale aux effets économiques immédiats

La principale inconnue demeure aujourd’hui la durée du conflit et son éventuelle extension à d’autres pays de la région. Toutefois, selon Dr Bhavish Jugurnath, les premières conséquences économiques commencent déjà à apparaître sur les marchés internationaux.

« Nous ne savons pas combien de temps cette guerre va durer. Mais les impacts économiques commencent déjà à se faire sentir. Les effets seront à la fois directs et indirects pour de nombreuses économies, y compris celle de Maurice », explique l’économiste.

Plusieurs grandes puissances économiques observent déjà les premières perturbations, notamment dans l’approvisionnement énergétique. Des pays comme l’Inde et la Chine, très dépendants des importations de pétrole, surveillent de près l’évolution de la situation.

Le pétrole reste en effet l’un des moteurs essentiels de l’économie mondiale. Toute perturbation dans son approvisionnement entraîne une réaction en chaîne dans plusieurs secteurs.

Le détroit d’Ormuz, passage stratégique sous tension

Au cœur des inquiétudes se trouve le détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique reliant le Golfe persique au reste du monde.

Selon les estimations internationales, près de 20 % du commerce mondial de pétrole transite par ce passage. Une perturbation de cette route maritime pourrait donc avoir des conséquences économiques considérables.

« Si ce détroit venait à être perturbé ou bloqué, même temporairement, les conséquences sur les marchés énergétiques seraient importantes », souligne Dr Jugurnath.

Les tensions se reflètent déjà dans l’évolution du prix du pétrole.

« Le prix du baril augmente progressivement et certains analystes évoquent déjà la possibilité qu’il dépasse la barre des 100 dollars si la situation continue de se détériorer », indique l’économiste.

Pour une économie comme celle de Maurice, très dépendante des importations énergétiques, une telle hausse pourrait rapidement se répercuter sur plusieurs secteurs.

Transport et électricité sous pression

La hausse du prix du pétrole ne concerne pas uniquement l’énergie. Elle se répercute également sur les coûts du transport et de la logistique.

« Lorsque le pétrole augmente, cela entraîne automatiquement une hausse des coûts du transport, de la logistique et, à terme, de l’électricité », explique Dr Bhavish Jugurnath.

Le transport aérien commence déjà à ressentir ces effets. Dans plusieurs régions du monde, les prix des billets d’avion ont augmenté, notamment sur certaines routes sensibles. Mais le transport maritime est lui aussi fortement impacté.

Le coût du fret maritime en forte hausse

Les tensions géopolitiques sur certaines routes maritimes ont entraîné une hausse importante du coût du fret. Selon Dr Jugurnath, le prix du transport maritime pour un conteneur de 20 pieds aurait déjà augmenté d’environ 2 000 dollars.

Cette hausse s’explique notamment par les risques liés à la sécurité des navires ainsi que par l’augmentation des primes d’assurance. « Certaines compagnies d’assurance refusent désormais de couvrir les cargaisons transitant par certaines zones jugées dangereuses. Celles qui acceptent encore de le faire ont considérablement augmenté leurs tarifs », explique-t-il.

Pour les importateurs mauriciens, la facture devient rapidement plus lourde.

« Un conteneur de 20 pieds en provenance de l’Inde coûtait auparavant entre 3 500 et 4 000 dollars pour arriver à Maurice. Aujourd’hui, il faut parfois ajouter près de 2 000 dollars supplémentaires, sans compter l’assurance », précise l’économiste.

Une économie dépendante des importations

Cette situation est particulièrement préoccupante pour Maurice, dont l’économie repose largement sur les importations.

« Environ 90 % de ce que Maurice consomme est importé. Le pays ne dispose pratiquement pas de matières premières », rappelle Dr Bhavish Jugurnath. Toute augmentation du coût du transport maritime finit donc par se répercuter sur les prix des produits. Cependant, ces hausses ne seront pas nécessairement immédiates.

« Les produits actuellement disponibles sur le marché ont été importés à des coûts plus bas. Mais lorsque les entreprises devront renouveler leurs commandes aux nouveaux tarifs, les prix augmenteront », prévient-il.

Pression possible sur la roupie mauricienne

L’instabilité géopolitique mondiale pourrait également affecter les marchés financiers et les devises. Dans les périodes d’incertitude, les investisseurs ont tendance à privilégier des monnaies considérées comme plus sûres, notamment le dollar américain ou l’euro.

« Lorsque ces devises se renforcent, la roupie mauricienne peut se déprécier. Cela rend les importations encore plus coûteuses pour le pays », explique Dr Jugurnath. Cette situation pourrait accentuer les pressions inflationnistes déjà observées dans plusieurs économies.

La Chine et les chaînes d’approvisionnement

Les perturbations internationales pourraient également affecter les grandes chaînes d’approvisionnement mondiales. Dr Bhavish Jugurnath souligne que la Chine, deuxième puissance économique mondiale, pourrait voir sa croissance ralentir. « La Chine évoque désormais une croissance comprise entre 4,5 % et 5 %, ce qui montre que même les grandes économies ressentent les effets de l’instabilité mondiale », explique-t-il.

 Pour Maurice, l’enjeu est important. « Environ 30 % de nos importations proviennent de Chine. Si la production ou la logistique sont perturbées, cela pourrait entraîner une hausse du prix de nombreux produits », précise-t-il.

Le tourisme dans l’incertitude

Le secteur touristique, pilier essentiel de l’économie mauricienne, pourrait lui aussi être affecté si la crise se prolonge. « En temps normal, environ trois avions gros porteurs arrivent chaque jour à Maurice, soit près de 1 800 passagers entrants ou sortants quotidiennement », explique l’économiste.

Toutefois, l’évolution du trafic aérien dépendra largement de la stabilité des grands hubs régionaux. « Dubaï est l’un des principaux hubs aériens du monde. Si ce centre de transit est perturbé par les tensions régionales, cela pourrait affecter une grande partie du trafic aérien », indique-t-il.

Pour l’instant, les hôtels mauriciens affichent encore de bons taux de réservation, notamment pour la période de Pâques. Mais si la crise perdure, les arrivées touristiques pourraient diminuer. « Une baisse comprise entre 15 % et 30 % des arrivées touristiques n’est pas à exclure si les tensions persistent », estime Dr Jugurnath.

Des investisseurs dans l’attentisme

Enfin, l’incertitude géopolitique pourrait également peser sur la confiance des investisseurs internationaux. Dans un climat instable, les investisseurs préfèrent souvent adopter une attitude prudente avant de lancer de nouveaux projets.

« Beaucoup d’investisseurs sont actuellement dans une logique de “wait and see”. Ils préfèrent attendre une stabilisation de la situation internationale avant d’engager de nouveaux capitaux », explique l’économiste.

Pour une économie comme celle de Maurice, qui dépend largement des investissements étrangers, cette prudence pourrait ralentir certains projets et affecter la dynamique de croissance.

Une chose est néanmoins certaine : si les tensions au Moyen-Orient se prolongent, leurs répercussions économiques pourraient rapidement dépasser les frontières de la région et se faire sentir jusque dans les économies insulaires comme celle de Maurice.