Entre contraintes et engagements : Rs 635 approuvés et PRB garanti pour 2026

ByRédaction

December 15, 2025

Le gouvernement a tranché : la compensation salariale pour 2026 sera de Rs 635 par mois pour tous les salariés gagnant moins de Rs 50 000, à partir du 1er janvier. Une décision présentée comme un effort « exceptionnel » dans un contexte économique sous tension, mais qui laisse une partie des syndicats amers et suscite des inquiétudes au sein des petites entreprises.

Un arbitrage délicat dans un contexte contraint

À l’issue du Conseil des ministres, le ministre de l’Intégration sociale et de la Sécurité sociale, Ashok Subron, a affirmé que le gouvernement « agit dans l’intérêt des employés, des fonctionnaires et des pensionnés ». Quelques heures plus tard, le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, a officialisé la compensation salariale et annoncé une hausse de 3,7 %pour les pensions de base et autres prestations sociales.

Le seuil de Rs 50 000, déjà en vigueur l’année dernière pour la compensation salariale et le 14ᵉ mois, est maintenu. Selon le Premier ministre, ces mesures répondent à la nécessité de soutenir les plus vulnérables, tout en respectant les limites budgétaires d’un pays en reconstruction après « un lourd héritage financier ».

Le coût total de la compensation salariale est estimé à Rs 3,38 milliards, dont Rs 740 millions pour le secteur public et Rs 2,64 milliards pour le secteur privé. Environ 409 400 salariés sont concernés.

Côté pensions, l’augmentation de 3,7 % couvrira plus de 350 000 bénéficiaires, incluant les retraités, veuves, invalides, orphelins, ainsi que les personnes touchant l’Income Support âgées de 60 ans. Cette mesure représente un coût annuel de Rs 2,4 milliards.

Le PRB 2026 payé en deux tranches

Autre annonce majeure : le rapport du Pay Research Bureau (PRB) sera présenté au Parlement la semaine prochaine. Selon les premières indications, les ajustements prévus pour les fonctionnaires seront versés en deux phases, compte tenu des contraintes économiques et de la dette héritée de l’ancien régime. Un choix qui reflète la pression importante pesant actuellement sur les finances publiques, mais qui confirme que le PRB sera bel et bien payé.

Business Mauritius : « un effort réel, mais un impact inégal »

Si la compensation de Rs 635 correspond au taux d’inflation calculé sur le salaire minimum de Rs 17 110, elle n’a pas suffi à calmer la grogne syndicale.

L’organisation patronale reconnaît la volonté du gouvernement de préserver le pouvoir d’achat, mais avertit que la mesure aura un impact variable selon les secteurs. Les grandes entreprises pourront absorber cet ajustement, mais les PME, la manufacture, le BPO, le commerce de détail et la construction risquent d’être particulièrement fragilisés.

Pour Business Mauritius, des mesures d’accompagnement ciblées seront indispensables pour préserver l’emploi et éviter des fermetures dans les secteurs les plus exposés.

Le ministre de l’Emploi, Reza Uteem, confirme qu’un travail est en cours avec le ministre de l’Industrie, Aadil Ameer Meea, pour soutenir les entreprises endettées et renforcer les dispositifs d’aide.

Le gouvernement défend sa position

Le ministre du Commerce, Michael Sik Yuen, souligne lui aussi que les marges de manœuvre sont limitées après une décennie de forte dépréciation de la roupie  passée d’environ Rs 30 à près de Rs 47 pour un dollar et de moins de Rs 40 à environ Rs 44 pour un euro entre 2014 et 2024. « La reconstruction se fait progressivement, mais les moyens demeurent limités », affirme-t-il.

Les syndicats dénoncent une décision « insuffisante »

Du côté syndical, la frustration est manifeste. Le président de la CTSP, Reaz Chuttoo, accuse le gouvernement d’avoir « déjà fixé le montant avant la réunion tripartite ». Selon lui, Rs 635 ne contrebalanceront pas l’érosion du pouvoir d’achat liée à l’inflation. Il estime aussi que les propos d’Ashok Subron ont été « déconnectés des réalités vécues par les travailleurs ».

Jane Raggoo va dans le même sens, dénonçant une décision « en décalage total avec les attentes » et relevant d’une continuité de « politiques d’austérité », selon elle imposées au monde du travail.

Les syndicats espéraient une compensation supérieure à Rs 700 et jugent l’effort insuffisant, malgré les assurances gouvernementales.

Le défi majeur : concilier soutien social et viabilité économique

En toile de fond, une question centrale demeure : comment soutenir le pouvoir d’achat sans affaiblir davantage l’économie ?

Le gouvernement mise sur une stratégie graduelle, combinant compensation salariale, ajustement des pensions et soutien ciblé aux entreprises. Mais la réussite de cette approche dépendra de la capacité du pays à stabiliser sa croissance, maîtriser l’inflation et relancer les secteurs clés.

Alors que 2026 se profile, l’équation reste délicate : répondre aux attentes sociales tout en préservant l’équilibre économique d’un pays encore en convalescence