Défendre les aînés, protéger les plus vulnérables, relancer la production locale, promouvoir la méritocratie et garantir une gestion rigoureuse des deniers publics. Telles sont les priorités qu’Anabelle Savabaddy dit vouloir porter au Parlement. Après une intervention remarquée lors des débats budgétaires, la députée se confie au Journal du Dimanche sur sa vision du Budget 2026-2027, les réformes engagées par le gouvernement et les défis auxquels Maurice est confrontée.
Vous avez fait une intervention remarquable sur le budget 2026/2027. Quel a été le fil conducteur de votre discours ?
La justice sociale est ma boussole. Pour moi, le budget doit rester un instrument de protection sociale, de relance productive et de justice. Il doit protéger nos aînés, nos travailleurs, nos enfants et les plus vulnérables ; stimuler la production locale ; promouvoir la méritocratie ; et renforcer la bonne gestion des deniers publics. J’ai insisté pour que nous n’ayons ni improvisation ni arrogance technocratique : choisissons la voie du dialogue, de la clarté et de la solidarité.
Jeune élue au Parlement, vous n’avez pas hésité à évoquer les pensions. Pourquoi ce choix ?
Depuis vendredi (19 juin 2026), beaucoup s’interrogent : aurai-je ma retraite demain ? Le flou, la communication approximative et les informations contradictoires créent inquiétude et fragilisent la cohésion sociale. Nos aînés, qui ont construit le pays, méritent sécurité, dignité et tranquillité. Les experts ont leur rôle, mais ils ne doivent pas remplacer la délibération démocratique ni étouffer la voix des retraités, des élus locaux, des syndicats, des associations et des professionnels. J’ai demandé au Premier ministre l’ouverture d’un vaste processus de consultation, transparent et inclusif, impliquant le Parlement, les représentants des retraités et les acteurs locaux. Pas d’exclusions arbitraires : procédures accessibles, recours rapides et communication claire pour rassurer tous immédiatement.
« J’exige un vaste processus de consultation et une communication claire »
Que pensez-vous des amendements proposés au Public Gathering Act ?
Je demande au Gouvernement de reconsidérer l’amendement proposé à la page 54 de l’annexe du Budget 2026/27 concernant le Public Gathering Act. Nous avons toujours défendu la liberté d’expression ; après une décennie d’épreuves pour notre démocratie, il est essentiel de préserver ces libertés. Je propose donc de retirer cette disposition du budget.
Le leader du MSM a affirmé que les personnes âgées sont un fardeau pour la population. Que lui répondez-vous ?
Il ne devrait pas tenir un pareil langage envers nos aînés. Le MSM a, pendant dix ans, instrumentalisé les personnes âgées à des fins politiques. Heureusement, nos aînés ont compris le jeu et ne se laissent pas duper. Nous traversons un moment difficile, mais jamais nous ne laisserons nos aînés sur le bord de la route. Nous réfléchissons à des solutions durables, pas seulement pour aujourd’hui ou demain, mais pour les générations futures. J’ai demandé l’ouverture d’un grand débat parlementaire, avec la participation des backbenchers du gouvernement, afin de construire une solution conforme aux attentes de la population. Je suis confiante que nous trouverons cette démarche et cette solution.
« La santé publique est malade et il faut la guérir »
Avez-vous été recadrée par le Premier ministre cette semaine ?
Nous avons été reçus à la demande du Premier ministre, dans un esprit d’écoute. Il n’y a pas de « lakwizinn » où les décisions seraient prises ailleurs. Ce fut un face-à-face franc où nous avons exprimé le fond de notre pensée. Le Premier ministre a évoqué l’actualité et, à aucun moment, personne n’a été « recadré » à quelques jours de son résumé de discours. Certains aiment voir le mal partout ; pour ma part, je suis allée là-bas pour discuter, pas pour être sermonnée.
Que pensez-vous de l’état actuel de la santé publique ?
La santé publique est malade et il faut la guérir pour aller de l’avant. J’ai évité de m’attarder sur ce sujet dans mon discours budgétaire, mais la réalité me force à en parler : il est inacceptable que des soignants se présentent sous l’effet de l’alcool ou de drogues synthétiques, ou que des dysfonctionnements répétés provoquent des critiques quotidiennes. Les technocrates ne peuvent pas mettre en difficulté le ministre sans qu’on remette en cause le fonctionnement du service. Il faut envoyer un message clair et identifier des solutions concrètes pour restaurer la confiance et la qualité des soins.
Où en est votre combat contre la discrimination et pour la méritocratie ?
La discrimination est un frein au développement. J’ai dénoncé des pratiques inacceptables observées lors de recrutements à la Public Service Commission ou à la Local Government Service Commission : des candidats qualifiés voient des résultats étonnants et injustifiés. Certains persistent à croire que les élus ont des baguettes magiques pour faire embaucher n’importe qui ; ce n’est pas le cas. Ma prise de position n’est pas du populisme ni une recherche de likes sur les réseaux sociaux, mais la défense d’un principe : on ne peut pas avoir 3 sur 123 recrutées au détriment des autres. J’ai demandé au Premier ministre de revoir cette situation. Le recrutement ces dix dernières années a été catastrophique ; le système a besoin d’un véritable changement.
« Certains se croient encore propriétaires du littoral »
Le week-end marque la lutte contre l’abus et le trafic de drogue. Quel message adressez-vous ?
Ce combat ne peut être gagné si chacun se déclare étranger au problème. Si votre voisin, votre parent ou vous-même pensez que ce n’est pas votre affaire quand un enfant tombe dans la drogue, vous vous trompez lourdement. J’appelle la NADC à proposer rapidement des solutions opérationnelles ; trop de comités n’apportent pas de réponse concrète. Nous devons agir contre la mafia de la mort qui attire nos jeunes. À toutes les mères qui souffrent, je dis : courage. Nous devons trouver une solution durable, une fois pour toutes.
Que pensez-vous du combat de Shakeel Mohamed pour garantir l’accès des Mauriciens aux plages ?
Je soutiens pleinement ce combat. Certains considèrent encore des portions du littoral comme des propriétés privées et n’hésitent pas à intimider des citoyens, parfois avec des chiens féroces. C’est inacceptable. Souvent ils ne paient même pas de redevance à l’Etat. Les plages n’appartiennent pas à une élite : ils appartiennent à la population mauricienne. Je souhaite bon courage à Shakeel Mohamed ; c’est un combat qui exige détermination et capacité politique, et je crois qu’il possède ces qualités.
Vous avez partagé sur Facebook le communiqué de la Commission pour l’égalité des chances contre la discrimination des femmes enceintes. Pourquoi ?
Le communiqué tombe à pic. Depuis le budget, et en raison de la matérialisation d’une promesse électorale, certains employeurs pourraient refuser d’embaucher des femmes enceintes ou les renvoyer pour éviter de payer le congé de maternité. Ce serait injuste. Il faut trouver des solutions pour les PME moins profitables, peut-être via des aides ciblées de la MRA ou d’autres institutions. Les femmes enceintes doivent pouvoir garder leur emploi et bénéficier de leur congé. Le concept de congé parental serait idéal ; à défaut, accorder une année de congé maternel serait un progrès social majeur.
Faut-il un remaniement ministériel selon vous ?
C’est la prérogative du Premier ministre. Je n’ai aucun droit de regard dessus, tout comme les autres membres de l’Assemblée nationale. Nous respectons ce que fait le Premier ministre et sa décision.
Le mot de la fin ?
Puisse Dieu bénir le pays. Que nous progressions vers davantage de méritocratie et de justice sociale.

