- Son époux Jonathan : « Ne semez pas de fausses nouvelles. Prions pour ma femme et mon enfant.»
Elle rentrait du travail pour retrouver son époux et leur fillette de deux ans. Un coup de feu a tout fait basculer. Depuis, Élodie Thomas, 27 ans, demeure aux soins intensifs, tandis que sa famille attend, entre angoisse et espoir. Les autorités se mobilisent pour lui assurer les soins nécessaires. Que s’est-il passé cette nuit-là à Camp-Levieux ?
Vendredi 9 octobre, vers 23 h 30. Une fourgonnette transporte des employés de Winners Tribeca vers leurs domiciles. Parmi les passagers figure Élodie Thomas, une jeune mère habitant Plaisance, à Rose-Hill. Au terme de ses heures de travail, elle a pris place dans ce véhicule pour rentrer chez elle. À Camp-Levieux, la situation est tendue. Des objets encombrent la chaussée et des policiers sont déployés pour maintenir l’ordre à la suite de perturbations liées aux coupures d’eau. C’est dans ce contexte qu’un coup de feu atteint la jeune femme.
Transportée à l’hôpital Victoria, à Candos, Élodie Thomas est admise aux soins intensifs. Pour sa famille, commence alors une attente angoissante, rythmée par les nouvelles de son état de santé et l’espoir d’une intervention susceptible de la sauver.
Le chauffeur raconte les instants précédant le tir
Dans sa déclaration consignée au poste de police de Camp-Levieux le samedi 10 octobre, le chauffeur, âgé de 36 ans, livre sa version des événements. Il explique qu’il effectuait sa tournée pour raccompagner des employés de Winners. La jeune femme voyageait, selon lui, pour la première fois dans son véhicule. Un autre passager, qu’il connaît sous le prénom de Hans, se trouvait également à bord.
À la jonction des rues Ratsitatane et Arianne, il aurait aperçu des débris sur la route. Il affirme s’être arrêté pour demander à un policier quel passage emprunter afin de déposer sa passagère. Selon sa déposition, un autre policier aurait alors ouvert la portière du côté conducteur et braqué un revolver dans sa direction, en lui demandant s’il voulait qu’on lui tire dessus.
Le chauffeur raconte avoir poursuivi sa route. Quelques mètres plus loin, il aurait entendu une détonation qu’il aurait d’abord prise pour un bruit de pétard. Hans aurait aussitôt signalé que la passagère avait été touchée par balle. Il dit avoir immobilisé la fourgonnette et constaté que la jeune femme saignait abondamment. Après avoir sollicité l’aide de la police et du SAMU, il aurait décidé de prendre la direction de l’hôpital. En chemin, il aurait rencontré une équipe du SAMU, à laquelle il aurait confié la blessée.
Une nouvelle annoncée à la porte du domicile
Chez les Thomas, la nouvelle est arrivée avec des coups frappés à la porte. L’époux d’Élodie raconte que le propriétaire du van est venu lui annoncer qu’un policier avait tiré et que sa femme avait été blessée. Il s’est immédiatement rendu à l’hôpital avec des membres de sa famille. Depuis, son attention reste tournée vers son épouse et leur enfant.
Dans un témoignage confié au Journal du Dimanche, l’époux d’Élodie, Jonathan exprime sa reconnaissance envers les policiers et le personnel hospitalier. Alors que sa famille traverse des heures d’angoisse, il salue leur disponibilité, leur écoute et le soutien apporté à ses proches dans cette douloureuse épreuve.
« Aujourd’hui, ma femme est hospitalisée et nous traversons un moment très douloureux. Notre priorité, c’est sa santé et sa guérison. Je remercie les médecins, les infirmiers et tout le personnel hospitalier pour les soins qu’ils lui apportent et pour leur soutien à notre famille. Je tiens également à saluer la coopération des policiers dans cette épreuve.
Je demande à la population de ne pas faire circuler de fausses nouvelles ni d’alimenter les rumeurs. Pensez à ma femme, à notre petite fille et à nos proches. Nous avons besoin de soutien et de respect dans ces moments difficiles. »
Quatre spécialistes indiens attendus lundi
Face à la gravité de l’état de la patiente, une équipe médicale indienne doit se déplacer à Maurice. Selon les informations communiquées, quatre spécialistes sont attendus lundi matin pour une intervention chirurgicale. Cette mobilisation intervient après des échanges entre le Premier ministre Navin Ramgoolam, le ministre de la Santé Anil Bachoo et Deven Nagalingum. Ce dernier assure que les moyens nécessaires sont engagés pour les soins d’Élodie Thomas. Sydney Pierre, présent aux côtés de la famille depuis qu’il a appris la nouvelle, insiste également sur la priorité à accorder à sa santé et invite la population à prier pour elle.
Tard dans la soirée, le Dr Farad Aumeer s’est rendu auprès de la famille d’Élodie Thomas pour la rassurer sur sa prise en charge. Il a réaffirmé que quatre médecins indiens de haut niveau sont attendus lundi pour pratiquer l’intervention chirurgicale. Selon lui, le gouvernement mobilise tous les moyens nécessaires pour tenter de sauver la vie de cette jeune mère. Il a également appelé le public à faire preuve de retenue et à éviter les spéculations, par respect pour la victime et ses proches, qui traversent une épreuve particulièrement douloureuse.
Le sergent en détention, les circonstances du tir au cœur de l’enquête
Une enquête policière a été ouverte dans la foulée du coup de feu ayant grièvement blessé Élodie Thomas. Le sergent impliqué a été arrêté et placé en détention, tandis que son arme a été sécurisée. Présenté samedi devant la Bail and Remand Court, il fait l’objet d’une accusation provisoire de « Possession of Firearm with Intent to Endanger Life ». La police s’étant opposée à sa remise en liberté sous caution, il demeure en détention.
Dans certains milieux policiers, l’hypothèse d’un tir accidentel est évoquée. Les enquêteurs devront établir les circonstances précises du coup de feu et confronter les différents témoignages, notamment les allégations du chauffeur de la fourgonnette. Après s’être rendu auprès de la famille, Rama Valayden a réclamé un dépistage de drogue sur le sergent. Il demande aussi au Directeur des poursuites publiques de revoir la charge provisoire retenue. S’appuyant notamment sur les menaces alléguées envers le conducteur, il estime qu’une accusation provisoire de tentative de meurtre aurait dû être envisagée.
La famille du policier souhaite le rétablissement de la victime
Contactés par le Journal du Dimanche, les proches du sergent n’ont pas souhaité commenter les circonstances du tir. Ils ont néanmoins exprimé leur sympathie envers Élodie Thomas et lui ont souhaité un prompt rétablissement. « Dieu seul sait ce qui s’est vraiment passé », confie un proche.
Son entourage décrit le sergent comme un homme discret, respectueux et professionnel. Selon ses proches, son parcours n’aurait pas été marqué par des incidents disciplinaires. Certains collègues évoquent également un policier apprécié et respecté. Ces appréciations personnelles ne permettent toutefois pas d’établir les circonstances de l’incident, qui restent au cœur des investigations.
Des appels à la transparence et au calme
Le Premier ministre , le Dr Navin Ramgoolam s’est entretenu personnellement avec la famille pour lui témoigner son soutien. Il a demandé que toute la lumière soit faite sur cette affaire, dans la transparence et le respect des procédures. Son déplacement à Rodrigues, prévu dimanche 11 octobre avec plusieurs ministres, a également été annulé.
La Deputy Prime Minister, Arianne Navarre-Marie, invite les personnes disposant d’informations à se manifester sans crainte. Elle assure que le gouvernement suit le dossier de près et qu’il n’y aura aucune dissimulation. Le Président de la République, Dharam Gokhool, a exprimé sa profonde préoccupation et adressé ses vœux de rétablissement à Élodie Thomas, ainsi que son soutien à son époux et à ses proches. Il appelle au calme, à la retenue et au sens des responsabilités. Il est également resté en contact avec plusieurs responsables institutionnels et les ministres concernés.
Pravind Jugnauth a, de son côté, exprimé sa tristesse et condamné toute forme de violence. Dans un message publié sur Facebook, l’ancien Premier ministre adresse ses pensées et ses prières à Élodie ainsi que des mots de courage à la famille.
Des représentants du gouvernement et de l’opposition ont témoigné leur solidarité aux proches. Parmi les responsables du Fron Militan Progresis ayant fait le déplacement figurent notamment Paul Bérenger, Joanna Bérenger, Rama Valayden, Neelkanth Dulloo et Chetan Baboolal. Rézistans ek Alternativ a également exprimé son soutien à la victime et à sa famille. Le mouvement dénonce les circonstances du drame et demande que les témoins susceptibles de se manifester soient protégés.
Winners mobilisé auprès de la famille et des collègues
Dans un communiqué en date du 10 octobre, la direction de Winners se dit profondément choquée et attristée par les blessures subies par son employée. Elle indique rester en contact avec sa famille et s’engage à lui apporter le soutien nécessaire. Un accompagnement psychologique est proposé à l’équipe de Tribeca. Les salariés concernés sont invités à se rapprocher de leur responsable ou des ressources humaines. L’entreprise demande également de respecter la vie privée d’Élodie et de ses proches, en évitant de diffuser des images, des rumeurs ou des informations non vérifiées.
Hors texte :
La NHRC réclame la lumière sur le tir et rappelle le droit à la vie
La Commission nationale des droits humains (NHRC) réclame une enquête rapide, impartiale et indépendante après le tir ayant grièvement blessé Élodie Thomas à Camp-Levieux. Dans un communiqué publié, elle recommande l’ouverture d’une enquête judiciaire devant la cour de district de Rose-Hill.
Alors qu’un policier fait l’objet d’une accusation provisoire, la NHRC rappelle la présomption d’innocence et s’abstient de se prononcer sur les responsabilités individuelles. Elle insiste toutefois sur un principe fondamental : les armes à feu doivent constituer un dernier recours. Les forces de l’ordre doivent privilégier les moyens non violents et, lorsqu’un recours à la force devient inévitable, agir avec retenue et proportionnalité. La protection de la vie humaine doit rester prioritaire.
La Commission demande que les conclusions de l’enquête soient rendues publiques et que les témoins soient protégés contre toute intimidation ou représailles. Elle réclame également un accompagnement médical, psychologique et juridique pour Élodie Thomas et sa famille, ainsi qu’une réparation effective.
Relayant l’appel au calme du Président de la République, la NHRC invite les citoyens à exprimer leurs préoccupations pacifiquement. Elle exhorte parallèlement les forces de l’ordre à respecter la vie humaine dans chacune de leurs interventions et précise qu’elle suivra de près les développements de cette affaire.

