Après la condamnation de trois Mauriciens à quinze ans de prison, l’extradition de « Vida Loca » vers Madagascar pourrait faire basculer l’enquête sur le trafic international de cocaïne. Au cœur des interrogations, Wendip Appaya apparaît comme un possible maillon clé du réseau présumé. Que pourrait révéler Vida Loca lors de son interrogatoire ? Ce nouveau chapitre risque de livrer bien des secrets et de relancer une question brûlante : les autorités malgaches réclameront-elles à nouveau l’extradition de Wendip Appaya vers la Grande Île ?
Après plusieurs mois de recherches internationales, Maurice Vitto Laurent Jeevanji, plus connu sous le pseudonyme de « Vida Loca », a été extradé d’Espagne vers Madagascar le vendredi 16 octobre. Cette extradition intervient dans un contexte particulièrement sensible. Le 1er octobre dernier, trois Mauriciens, Jean Benjamin Albert, Jean-Marc Édouard et Jean-Noël Ferry, ont été condamnés à quinze ans de prison chacun dans cette affaire. Mais les investigations sont loin d’être terminées. Avec l’arrivée de Vida Loca sur le territoire malgache, les enquêteurs pourraient désormais chercher à remonter au-delà des personnes impliquées dans le transport de la drogue pour identifier les éventuels organisateurs et bailleurs de fonds.
L’interrogatoire de Vida Loca pourrait ainsi constituer une étape décisive dans la reconstitution du réseau présumé. Qui finançait les opérations ? Qui organisait les déplacements ? Qui donnait les instructions ? Et surtout, quels étaient les liens entre les différents protagonistes ? Autant de questions auxquelles les autorités malgaches tenteront d’obtenir des réponses.
Une cargaison de 60 kilos et de nombreuses zones d’ombre
L’affaire remonte au début de l’année 2025, lorsqu’une opération présumée d’acheminement de cocaïne vers Maurice tourne mal à Madagascar. Selon les éléments de l’enquête, la cargaison aurait initialement représenté environ 60 kilos de cocaïne. Pourtant, seuls 16,45 kilos, répartis en 27 paquets, ont été saisis par les autorités malgaches.Cet écart important constitue toujours l’une des principales énigmes du dossier. Le transport devait s’effectuer par voie maritime, mais une panne aurait provoqué la dérive d’une embarcation pendant près de 25 jours. Après son remorquage jusqu’à Fort-Dauphin, la cargaison aurait emprunté plusieurs itinéraires terrestres avant que les enquêteurs ne remontent jusqu’à Antananarivo.
Les arrestations se sont ensuite multipliées. Jean-Noël Ferry a été interpellé le 27 janvier 2025 à Antananarivo. Jean Benjamin Albert et sa compagne ont été arrêtés le 8 février à Alasora, suivis de Jean-Marc Édouard le 10 février à Toamasina.Au total, neuf personnes auraient été arrêtées dans le cadre de cette affaire. Les enquêteurs ont progressivement élargi leurs investigations aux déplacements internationaux, aux communications téléphoniques et aux éventuelles transactions financières ayant permis l’organisation de l’opération. Depuis son arrestation à Antananarivo, le Mauricien soutient qu’il n’était pas un trafiquant agissant pour son propre compte, mais qu’il avait infiltré le réseau présumé afin de transmettre des renseignements aux autorités mauriciennes.
Selon sa version, il aurait recueilli des informations sur les déplacements, les contacts et les opérations du groupe. Il affirme avoir communiqué des éléments aux policiers mauriciens avant son départ pour Madagascar. Son entourage soutient qu’il espérait bénéficier de leur soutien dans le cadre de cette démarche.Un sergent de l’ADSU aurait aussi confirmé avoir reçu des renseignements de Ferry avant de les transmettre à sa hiérarchie. Des vidéos, des messages et des enregistrements avaient également été dévoilées par le JDD dans le cadre de cette enquête. Le jeudi 1er octobre 2026, Jean Benjamin Albert, Jean-Marc Édouard et Jean-Noël Ferry ont chacun été condamnés à quinze ans de prison pour leur implication dans cette affaire de trafic international de drogue. Ferry continue de clamer son innocence et défend la thèse de l’infiltration.
Vida Loca : du luxe à la tourmente judiciaire
Derrière le pseudonyme « Vida Loca » se trouve Maurice Vitto Laurent Jeevanji, un Franco-Mauricien de 57 ans qui aurait notamment séjourné entre Bangkok et Pattaya, en Thaïlande.
Décrit comme un personnage menant un train de vie luxueux, il serait propriétaire de villas à Flic-en-Flac et amateur de poker. Sa présence sur les réseaux sociaux, où il affichait un mode de vie particulièrement aisé, contrastait avec la discrétion entourant ses activités présumées.Mais c’est surtout son rôle financier supposé qui intéresse les enquêteurs.
Selon les éléments rapportés dans le cadre des investigations, Vida Loca aurait pu participer au financement de certains déplacements internationaux, notamment ceux associés à Wendip Appaya.
Les enquêteurs s’intéressent aux voyages reliant Dubaï, La Réunion, Madagascar et la Thaïlande, ainsi qu’au paiement éventuel de billets d’avion, à la logistique et aux moyens nautiques qui auraient été mobilisés.Des communications téléphoniques, des messages vocaux et des renseignements échangés entre les autorités mauriciennes et malgaches figureraient parmi les éléments examinés. Ces soupçons restent toutefois à établir judiciairement. L’extradition de Vida Loca ne constitue pas, en elle-même, une preuve de culpabilité.
Wendip Appaya : une collaboration qui pourrait devenir déterminante
L’arrivée de Vida Loca à Madagascar remet également sous les projecteurs le nom de Wendip Appaya.L’homme d’affaires mauricien avait séjourné à Madagascar du 25 au 27 janvier 2025, quelques jours avant plusieurs arrestations liées à cette affaire.
Ce déplacement avait retenu l’attention des enquêteurs, qui cherchaient notamment à déterminer les circonstances de ses rencontres et ses éventuels liens avec les autres protagonistes. En septembre 2025, Wendip Appaya avait été arrêté par la Financial Crimes Commission (FCC) dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent. Une charge provisoire avait été retenue contre lui. Les investigations portaient notamment sur l’origine de certains fonds et sur des acquisitions de biens de grande valeur, dont plusieurs véhicules de luxe.
Selon les informations recueillies par le Journal du Dimanche, les autorités malgaches auraient sollicité depuis plusieurs mois l’extradition de Wendip Appaya. Cette demande n’aurait toutefois pas abouti, les autorités mauriciennes ayant notamment invoqué l’enquête menée par la FCC.Cette situation soulève désormais une question importante : l’extradition de Vida Loca pourrait-elle relancer la coopération judiciaire entre Maurice et Madagascar concernant Wendip Appaya ?Les enquêteurs malgaches pourraient avoir besoin de confronter les déclarations de différents protagonistes pour comprendre les circuits financiers présumés et les responsabilités de chacun.
L’homme de loi de Wendip Appaya réagit
Contacté par le Journal du Dimanche, l’homme de loi de Wendip Appaya indique ne pas disposer d’informations concernant l’arrestation et l’extradition de Vida Loca, ni sur d’éventuelles nouvelles démarches des autorités malgaches visant son client.
Il précise néanmoins que son client reste disposé à collaborer avec les autorités compétentes dans le cadre des procédures légales.Cette position intervient alors que l’enquête pourrait prendre une nouvelle dimension avec l’audition de Vida Loca.
Reste à savoir si les autorités malgaches souhaiteront obtenir des informations complémentaires de Wendip Appaya et si une nouvelle demande d’entraide judiciaire sera adressée aux autorités mauriciennes. C’est désormais l’une des grandes questions de cette affaire. Les autorités malgaches pourraient chercher à établir si Maurice Vitto Laurent Jeevanji a effectivement financé certaines opérations, donné des instructions ou entretenu des relations avec les personnes déjà condamnées. Les éventuels échanges entre Vida Loca et Wendip Appaya pourraient également faire l’objet d’une attention particulière.Mais une autre interrogation demeure : le réseau présumé se limitait-il à ces protagonistes ou disposait-il de ramifications plus importantes à Maurice et à l’étranger ? L’enquête devra également déterminer l’origine des financements présumés, identifier les bénéficiaires des opérations et expliquer la disparition d’une partie de la cargaison initialement évoquée.
Depuis 2025, le Journal du Dimanche suit les développements de ce dossier aux multiples ramifications internationales.Des arrestations à Madagascar aux investigations financières à Maurice, en passant par les déplacements en Thaïlande et l’extradition depuis l’Espagne, chaque nouvel élément semble apporter une pièce supplémentaire à un puzzle judiciaire particulièrement complexe. L’arrivée de Vida Loca sur le sol malgache pourrait marquer un tournant.

