Restauration : les surplus de fin de journée à prix réduit gagnent du terrain

ByRédaction

September 23, 2026
  • De nouveaux acteurs donnent une seconde vie aux invendus

Le gaspillage alimentaire a longtemps été une réalité préoccupante , avec des centaines de kilos de nourriture jetés chaque minute, selon des rapports officiels. Mais, sous la pression de l’inflation, à la faveur d’un assouplissement de la loi en 2024 et avec l’émergence de nouveaux acteurs, le secteur de la restauration s’oriente de plus en plus vers l’anti-gaspillage.

Désormais, dans de nombreux restaurants, snacks et fast-foods de l’île, ce qui finissait autrefois à la poubelle devient, selon le circuit choisi, un repas moins cher, une ressource pour une association ou une perte évitée pour un commerçant.

S’il y a quelques années, acheter des « restes » à prix réduit pouvait être perçu comme un signe de précarité, la donne change. Dans certains points de vente, les prix des repas chutent drastiquement en fin de journée grâce à des promotions conséquentes. Un menu vendu à plein tarif peut ainsi finir la journée à moitié prix. 

Un sandwich sous emballage, une salade préparée le matin, quelques viennoiseries ou un plat cuisiné invendu peuvent être proposés à quelques dizaines, voire quelques centaines de roupies de moins. Derrière ces rabais de fin de journée se dessine une réalité à la fois économique et environnementale : plutôt que de jeter, certains commerçants préfèrent vendre moins cher. Pour le restaurateur, cela permet de récupérer une partie de la valeur d’un produit qui aurait autrement fini à la poubelle. Pour le consommateur, dans un contexte où le coût de la vie pèse sur les budgets, l’opération permet de réaliser des économies.

Loin des préjugés du passé, récupérer un surplus en fin de journée est désormais davantage perçu comme un bon plan que comme un acte désespéré. Entre collègues de bureau, les astuces circulent : telle enseigne après 20 heures, tel comptoir avant la fermeture, telle boîte proposée à moitié prix.

Comment ça marche dans les cuisines mauriciennes ?

Un restaurant de la capitale, qui a préféré garder l’anonymat, donne le ton. Son responsable explique que la quantité préparée le matin repose sur une estimation de la demande, qui n’est jamais parfaitement prévisible. Un jour, tout est vendu ; le lendemain, plusieurs portions restent. C’est alors que commence la seconde vie du produit.

En fin de soirée, les surplus sont ainsi conditionnés dans des boîtes à emporter et vendus avec des réductions de 50 % à 70 %. Le restaurateur, spécialisé dans les plats chinois, indique que ce sont principalement les hakien, niouk yens, wan tan frits, sao maï, œufs rôtis et sandwichs qui partent le plus, notamment sous forme de « paniers surprises ». Parfois, le client ne sait même pas précisément ce qu’il trouvera dans son panier, dit-il.

Le commerçant soutient que cette pratique, qui n’était autrefois qu’une petite tendance auprès de ses derniers clients de la journée, a fini par rencontrer un véritable succès dans son restaurant. Pour lui, « moins cher » ne signifie pas forcément « impropre à la consommation », mais désigne simplement un surplus qui doit être vendu rapidement au lieu d’être jeté.

Le phénomène des Food Courts : la mine d’or de l’anti-gaspi en fin de journée

Le phénomène prend aussi une dimension particulière dans les grands centres commerciaux. À Bagatelle Mall ou à Tribeca Central, les clients veulent du choix, y compris peu avant la fermeture. Pour garder des comptoirs bien garnis, certaines enseignes produisent alors davantage que ce qui sera finalement vendu. Au lieu d’être jeté, ce surplus devient une opportunité.

Un vendeur travaillant à Bagatelle explique qu’en fin de journée, les clients habituels des Food Courts laissent progressivement place aux employés qui terminent leur shift et aux étudiants à la recherche d’un repas abordable. Selon lui, même des employés de banques, de cabinets d’audit et de centres d’appels ont régulièrement recours à ce concept. Pour eux, l’intérêt est immédiat : manger rapidement tout en réduisant la facture.

De la discrétion à l’affichage agressif

Toutes les enseignes ne procèdent pas de la même manière. Certaines affichent directement leurs réductions, notamment des comptoirs asiatiques ou indiens, où des boîtes préparées en fin de journée sont vendues entre Rs 100 et Rs 150, contre une valeur normale de Rs 250 à Rs 300. D’autres préfèrent rester discrètes afin de ne pas donner l’impression que leurs produits sont systématiquement bradés. La méthode est alors plus directe : une portion supplémentaire est proposée aux derniers clients pour quelques roupies de plus. Une négociation de dernière minute, presque spontanée, typiquement mauricienne.

Les plateformes anti-gaspillage gagnent du terrain 

Le principe gagne également en organisation. L’invendu n’est plus seulement découvert au dernier moment par un client de passage : il peut désormais être proposé sur une application. Des plateformes comme Good2Eat, BienBon et KotTri Food mettent en relation des commerces disposant de surplus et des consommateurs intéressés par des produits à prix réduit. Good2Eat propose des paniers surprises provenant de restaurants, cafés et boulangeries, avec des réductions pouvant atteindre 70 %. BienBon s’inscrit dans une démarche similaire.

Lorsque les applications ne sont pas utilisées, les réseaux sociaux prennent le relais à travers les « flash sales ». Facebook et Instagram permettent ainsi à de petits snacks d’annoncer leurs derniers plats disponibles en fin d’après-midi. Des enseignes plus importantes ont également recours à des « flash promotions ». Les clients peuvent alors commander ou récupérer leur repas sur place dans un délai relativement court.

FoodWise : partenaire du zéro-gaspillage

La revente au consommateur ne constitue qu’une partie de la réponse. Pour certaines grandes enseignes, donner les surplus plutôt que les vendre est une solution plus adaptée. C’est là qu’intervient FoodWise Mauritius. Créée fin 2018, l’entreprise sociale récupère des surplus alimentaires afin de les redistribuer gratuitement à plus de 140 ONG, écoles et foyers. Selon FoodWise, plus de 2,1 millions de kilos de nourriture ont été sauvés depuis sa création, soit plus de 8,6 millions de repas redistribués, pour une valeur estimée à environ Rs 309 millions.

Étant donné que la revente de produits le lendemain est limitée par les procédures de sécurité alimentaire appliquées dans les grandes chaînes internationales de restauration rapide, de nombreuses enseignes privilégient le don sécurisé. KFC, Domino’s, McDonald’s, Ocean Basket et Nando’s figurent parmi les collaborateurs engagés dans cette démarche avec FoodWise.

D’autres projets à l’échelle nationale

Dans une déclaration au Journal du Dimanche, Lotilde Charpy, General Manager, explique que FoodWise accompagne quotidiennement les acteurs du secteur agroalimentaire dans leurs actions anti-gaspi. Pour elle, les restaurants, hôtels et autres opérateurs sont des acteurs clés de la réduction du gaspillage alimentaire à Maurice. Toutes les initiatives prises en amont, avant que les aliments ne deviennent des surplus, sont essentielles, souligne-t-elle.

Lotilde Charpy rappelle que, depuis huit ans, FoodWise lutte contre le gaspillage et l’insécurité alimentaires grâce à plus de 400 partenaires du secteur agroalimentaire et plus de 250 ONG. Elle affirme qu’en plus de la redistribution quotidienne et des actions de sensibilisation, FoodWise prévoit de nouveaux projets, notamment la récupération de fruits et légumes directement dans les champs et les vergers  une initiative déjà lancée et appelée à être étendue à l’échelle nationale  , Rejuice, un bar à jus mobile anti-gaspi utilisant des fruits et légumes « moches », ainsi qu’un plaidoyer visant à faire évoluer les lois pour aller vers un Maurice anti-gaspi.

Par ailleurs, dix structures pilotes de l’hôtellerie et de la restauration ont obtenu la certification internationale The PLEDGE on Food Waste, parmi lesquelles La Pirogue, Veranda Tamarin, Heritage Awali, LUX* Le Morne, LUX* Belle Mare, Constance Belle Mare Plage, Preskil Island Resort et Victoria Beachcomber. Les deux principaux restaurants d’entreprise de la MCB ont également intégré le programme.

Ces établissements ont travaillé sur plus de 95 critères, allant de la mesure des restes à l’ajustement des portions, en passant par la formation des équipes.

Un projet de loi spécifique sur le gaspillage

Des amendements ont été apportés au Food Act et publiés le 7 septembre 2024. Ils prévoient que les opérateurs de l’industrie alimentaire ne doivent ni jeter ni détruire délibérément des aliments invendus encore propres à la consommation humaine.

Le texte prévoit également le don d’aliments invendus mais consommables à des organisations caritatives. Il autorise par ailleurs la vente de produits préemballés jusqu’à 14 jours après leur date « Best Before », contre sept jours auparavant, avec des remises pouvant atteindre 50 % et la possibilité d’en faire don.

Les organisations caritatives sont, pour leur part, responsables de veiller au respect des règles d’hygiène des aliments invendus qu’elles reçoivent, de leur réception jusqu’à leur distribution.

Les supermarchés entrent aussi dans la danse

La logique du « moins cher plutôt que jeter » dépasse désormais le secteur de la restauration. Dans plusieurs grandes surfaces, les produits proches de leur date limite sont signalés et proposés à prix réduit.Winner’s a développé des espaces « Anti-Gaspi », avec des remises allant de 50 % à 70 %. Super U, Intermart et Food Lover’s Market appliquent également des réductions sur certains produits frais, plats préparés, sandwichs, fruits coupés ou produits de boulangerie. Reste désormais à voir quel impact ces nouvelles habitudes auront sur notre pouvoir d’achat.

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