Risques du métier : ces héros qui nous protègent au péril de leur vie

ByRédaction

September 30, 2026
  • Sécurité au travail : une obligation, pas une option

Policiers, pompiers, plongeurs, cordistes, ouvriers du bâtiment… Des hommes et des femmes exercent chaque jour des métiers où le danger fait partie du quotidien. L’agression récente d’une policière lors d’un simple contrôle routier est venue rappeler avec brutalité qu’une mission ordinaire peut basculer en quelques secondes. Accidents, incendies, interventions délicates, travail en hauteur ou sous l’eau : derrière ces professions se cachent des risques souvent méconnus.

Face aux flammes, le danger ne prévient pas

Parmi les professions où le risque fait partie intégrante du métier, celle de pompier occupe une place particulière. Lorsqu’un incendie éclate, alors que chacun cherche instinctivement à s’éloigner du danger, eux avancent vers les flammes. Chaleur extrême, fumée, manque de visibilité, structures fragilisées : chaque intervention peut basculer en quelques secondes.

Shailendre Goordyal, pompier expérimenté, en sait quelque chose. Parmi les interventions qui ont marqué sa carrière, l’incendie qui avait ravagé Shoprite reste gravé dans sa mémoire. Un sinistre d’une ampleur considérable qui lui rappelle encore aujourd’hui à quel point le métier de pompier exige préparation, discipline et sang-froid.

Face à un incendie majeur, explique-t-il, les pompiers doivent évoluer dans un environnement où la situation peut changer en quelques secondes. La chaleur, la fumée, le manque de visibilité et le risque de propagation des flammes rendent chaque intervention particulièrement délicate.

« Lorsqu’on arrive sur un incendie de cette ampleur, il faut être préparé. On doit évaluer rapidement la situation, travailler en équipe et respecter les consignes. On ne peut pas agir seul ou improviser », souligne Shailendre Goordyal.

Le souvenir de Shoprite demeure pour lui celui d’une intervention particulièrement éprouvante. Dans ce type de situation, la priorité reste la protection des vies humaines, sans pour autant négliger la sécurité des pompiers engagés sur le terrain.

« Un pompier veut sauver des vies et protéger les biens, mais il doit aussi veiller à sa propre sécurité et à celle de ses collègues. Chaque membre de l’équipe dépend des autres. » Au fil des années, l’expérience lui a appris que le courage ne signifie pas foncer aveuglément vers le danger. Être pompier, c’est aussi savoir analyser le risque, respecter les procédures et prendre la bonne décision sous pression.

Certains n’en sont jamais revenus

Derrière les statistiques des accidents du travail se cachent des visages, des familles et parfois un vide qui ne se referme jamais. Dans les métiers manuels, notamment ceux exercés en hauteur, une chute ou une défaillance peut transformer une journée de travail ordinaire en tragédie.

Le 8 septembre dernier, à Beau-Rivage, deux électriciens qui intervenaient en hauteur sur un poteau ont été précipités au sol après le détachement de la nacelle d’un camion. Shiyou Ma, 37 ans, n’a pas survécu. Quelques semaines auparavant, à Telfair, Clarel Desveaux, 50 ans, perdait la vie après une chute alors qu’il effectuait des travaux sur le toit d’une maison.

En janvier, le maçon Sarder Amiur, 31 ans, succombait lui aussi après une chute alors qu’il installait un support de dalle à Terre-Rouge. À Grand-Gaube, des ouvriers bangladais perdaient également la vie dans l’effondrement de l’échafaudage sur lequel ils travaillaient.

Et lorsque l’accident survient, le drame ne s’arrête pas sur le lieu de travail. Il entre dans les maisons et s’installe durablement dans la vie des proches. Pour la famille Amiur, les années peuvent passer sans effacer l’absence.

« Il était parti travailler comme tous les autres jours. Nous pensions qu’il allait rentrer le soir. Aujourd’hui encore, son absence est là. On continue à vivre, mais on ne l’oublie pas. Il y a toujours des moments où les larmes reviennent. »

Le naufrage du remorqueur Sir Gaëtan, le 31 août 2020 au large de Poudre-d’Or, reste lui aussi associé à cette douleur. Quatre membres de l’équipage y ont perdu la vie : le skipper Moswadeck Bheenick, l’ingénieur Sujit Kumar Radhakissoon ainsi que les marins Sylvestre Romeo et Yan Gaval.

Dev Jokhoo : « La préparation est la première règle de sécurité »

Parmi ceux dont la mission était de servir et de protéger, on se rappelle du constable Ally Ackbar Beekharry, 25 ans, de l’Emergency Response Service, mortellement percuté à moto par une voiture surgissant d’une voie latérale à Grande-Rivière-Nord-Ouest.

Le constable Baboo Kawshiksingh Dulhumsingh, 27 ans, a trouvé la mort dans des circonstances similaires. Son véhicule, stationné lors d’une patrouille de nuit à Cascavelle, avait été violemment percuté par un pick-up dont le conducteur avait initialement pris la fuite.

Il y a aussi ces drames qui restent gravés dans la mémoire collective, comme celui de Dimple Raghoo. Le 24 novembre 2020, la policière de l’ADSU, âgée de 38 ans, participait à une livraison contrôlée de drogue à Bo’Valon lorsqu’elle a été percutée et traînée par un véhicule cherchant à échapper aux forces de l’ordre.

Ancien haut responsable de la police et ancien commissaire des prisons, Dev Jokhoo insiste sur un principe qu’il considère essentiel dans tout métier exposé au danger : aucune mission ne doit être abordée sans une préparation rigoureuse.

Fort de son expérience dans les forces de l’ordre et le milieu carcéral, il souligne que les risques ne peuvent jamais être totalement éliminés. En revanche, ils peuvent être anticipés et considérablement réduits lorsque les équipes sont correctement préparées.

« Quelle que soit la mission, le plus important est de bien se préparer. Il faut connaître les risques, comprendre l’environnement dans lequel on va intervenir, disposer du matériel approprié et savoir exactement quel est le rôle de chacun », souligne Dev Jokhoo.

Le danger a aussi gagné les bureaux

Désormais, risquer sa vie pour son métier ne signifie plus uniquement travailler avec le feu, l’électricité, les grues ou la mer. Le danger peut aussi suivre ceux qui combattent la criminalité jusque devant leur domicile.

Le mois dernier, Sanjay Dawoodarry, directeur de la FCC, déclarait publiquement que lui et son équipe faisaient régulièrement l’objet de menaces graves. Celles-ci interviennent dans un contexte où les réseaux criminels sont mieux armés et organisés, financièrement et proches du pouvoir. L’institution avait alors indiqué qu’une plainte avait été déposée à la police.Même ceux qui racontent le danger sont exposés. Cette nouvelle réalité concerne également les journalistes. Autour de dossiers sensibles, de perquisitions, d’interrogatoires ou d’opérations contre le crime organisé, les tensions deviennent de plus en plus palpables.

Plongeur professionnel : « Sous l’eau, aucune erreur n’est permise »

Il existe beaucoup d’autres métiers dans lesquels les travailleurs mettent régulièrement leur vie en danger. À Pailles, Joel, plongeur professionnel, intervient là où les travaux ne peuvent être réalisés depuis la terre ferme : dans le port, autour des coques des navires, sur des installations immergées ou pour dégager un équipement bloqué sous l’eau.

Son travail ne ressemble en rien à une plongée de loisir. Une fois équipé de son scaphandre, il descend dans une eau où la visibilité peut être réduite, parfois avec des courants, des câbles, des structures métalliques ou des objets dont il ne connaît pas toujours la position exacte. « On ne doit jamais mettre la pression sur un travailleur pour qu’il accomplisse une tâche lorsqu’il estime que les conditions ne sont pas sûres. Le travail peut attendre. La vie du travailleur passe avant tout. »

Vertical Solution Ltd : deux frères face à la corde

À Port-Louis, il y a aussi Hansley et Stephen Marcelin, qui exercent comme cordistes. Originaires de Vallijee, les deux frères ont fait de l’ingénierie verticale leur gagne-pain. Leur compagnie, Vertical Solution Ltd, est l’une des structures de l’île spécialisées dans les interventions en accès difficile.

Au-delà de la performance physique et de l’adrénaline des débuts, la profession s’est structurée autour d’une gestion rigoureuse de la sécurité et de la logistique. Des façades de la capitale aux structures industrielles les plus complexes du pays, les deux cordistes veillent à ce que chaque descente allie efficacité technique et respect des normes de sécurité. Car, dans les airs, la moindre négligence peut être mortelle.

« Quand on travaille en hauteur, on sait qu’une petite négligence peut avoir des conséquences très graves. Avant même de monter, il faut vérifier les cordes, le harnais, les mousquetons, les points d’ancrage et tout le matériel de protection. Ce contrôle ne doit jamais devenir une simple formalité », témoigne l’un d’eux. Selon lui, l’expérience ne doit surtout pas conduire à un relâchement de la vigilance. Au contraire, c’est souvent lorsque le travailleur se sent trop à l’aise que le risque augmente.

« La sécurité doit commencer avant le travail »

Pour Salim Khodabaccus, officier en Health and Safety, la prévention reste la première protection face aux accidents professionnels. Selon les dispositions de la législation en vigueur à Maurice, les employeurs ont l’obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer, dans la mesure du raisonnablement praticable, la sécurité, la santé et le bien-être de leurs travailleurs sur leur lieu de travail. Cela passe notamment par l’identification des dangers, l’évaluation des risques, la mise en place de mesures préventives ainsi que la fourniture d’équipements de protection adaptés.

« La sécurité ne doit jamais être considérée comme une simple formalité. Avant toute intervention, il faut identifier les dangers, évaluer les risques et s’assurer que le travailleur dispose des équipements de protection appropriés. Une minute consacrée à la vérification peut parfois sauver une vie », explique Salim Khoidabaccus.

Selon lui, la routine peut également devenir un danger. À force d’effectuer les mêmes gestes, certains travailleurs finissent parfois par sous-estimer les risques. L’expérience ne doit donc jamais conduire à un relâchement de la vigilance.

Car partir travailler devrait toujours signifier pouvoir rentrer chez soi. Derrière chaque casque, chaque uniforme et chaque métier à risque, il y a une famille qui attend et un « à ce soir » qui ne devrait jamais devenir un adieu.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *