Deux bandes sonores, deux figures du turf et des conversations qui interpellent. Preetam Daby d’un côté, Paul Foo Kune de l’autre : chevaux, mises et paris sont au cœur d’échanges désormais scrutés de près. La GRA et la Police des Jeux enquêtent. Reste à savoir ce que révéleront réellement ces enregistrements.
Nous revoilà à l’époque des bandes sonores explosives. Deux nouveaux enregistrements évoquant des chevaux, des paris et les conditions de participation de certains coursiers sont désormais sous enquête. La GRA et la Police des Jeux devront en établir l’authenticité, identifier les protagonistes et retracer les éventuelles mises. À ce stade, les faits restent allégués, mais les questions soulevées sont suffisamment sérieuses pour exiger que toute la lumière soit faite.
Van Hucks : une demande de mise de Rs 5 000 ?
Dans la première bande sonore, une voix attribuée à l’entraîneur Preetam Daby demanderait à l’un de ses propriétaires de miser Rs 5 000 pour lui sur Van Hucks, avec une référence à une cote ou à un montant de Rs 3 000. La même voix recommanderait de ne pas s’exposer sur Air Raid, présenté comme un nouveau cheval. Or, lors de sa première course à Maurice, Air Raid était venu à bout de Crescent, pourtant considéré comme le grandissime favori. L’intervenant inviterait également son interlocuteur à effectuer une « levé pillé » sur trois chevaux.
Les mises évoquées ont-elles réellement été effectuées ? À partir de quels comptes les paris auraient-ils été enregistrés ? Existait-il un conflit d’intérêts ? Les investigations déjà engagées devront répondre à chacune de ces questions en s’appuyant sur des éléments vérifiables.
New York City : propriétaire officiel ou prête-nom ?
La seconde bande sonore place New York City au cœur d’un dossier potentiellement explosif. Le transfert de ce cheval vers l’écurie Sewdyal avait déjà provoqué une vague d’interrogations dans le milieu. Officiellement entraîné par Amar Sewdyal depuis la fin du mois d’août, New York City a couru sous les couleurs de cette écurie la semaine précédant la circulation des révélations.
Mais à qui appartient-il réellement ? Son transfert était-il effectif dans les faits ? Ou Amar Sewdyal aurait-il servi de prête-nom afin de permettre la tenue du Derby, remporté par Cumbre Vieja, cheval associé à Paul Foo Kune ?
Dans l’enregistrement, l’une des voix serait attribuée à Paul Foo Kune. Celle-ci évoquerait New York City comme un cheval lui appartenant, alors que le coursier était officiellement placé sous la responsabilité d’Amar Sewdyal.
Plus troublant encore, cette voix laisserait entendre une intention de miser sur New York City, tandis que Cape Cannery, engagé par son écurie dans la même deuxième course, voyait sa cote dégringoler. La conversation ferait aussi référence à des paris en « fond » de Rs 500, terme associé au système de paris à crédit.
Une participation qui aurait rendu le Derby possible
Un autre aspect doit être examiné avec la plus grande attention. La participation de New York City aurait permis à Cumbre Vieja de prendre part à une épreuve importante, en l’occurrence le Derby. Si cet élément est confirmé, les enquêteurs devront déterminer les circonstances exactes de cet engagement et rechercher l’existence éventuelle d’un arrangement.
Il ne suffit pas de savoir qui a parlé. Il faut aussi comprendre pourquoi New York City a été engagé, qui a pris les décisions et qui pouvait en tirer profit. Les enquêteurs devront reconstituer toute la chaîne, des transferts administratifs aux éventuelles transactions financières.
Quand l’hippisme avait touché le fond
Ce scandale présumé ravive de très mauvais souvenirs. Une précédente bande sonore avait mis en cause un jockey dans une conversation portant sur l’organisation présumée de courses avec un parieur du nord du pays. Sa diffusion, possiblement provoquée par la déception ou la frustration de ce dernier, avait conduit à l’exclusion du jockey mauricien, toujours en vigueur.
Un autre enregistrement, impliquant l’entraîneur Vincent Allet et Khulwant Ubheeram, alors directeur de la People’s Turf PLC, avait révélé de profondes tensions, des conflits de pouvoir et des guerres intestines autour du contrôle des activités au Champ de Mars.
Sous l’ère de la People’s Turf PLC et du précédent régime, l’image des courses hippiques avait atteint son plus bas niveau. La confiance avait été ravagée par l’opacité, les luttes de clans et le sentiment que certains pouvaient agir comme s’ils étaient les rois et les propriétaires du Champ de Mars.
Le public est revenu : ne le trahissez pas
Le retour d’écuries mythiques, notamment l’écurie Gujadhur, ainsi que celui d’autres acteurs historiques, a commencé à restaurer cette confiance. La foule présente lors de la récente Maiden Cup en constitue la preuve la plus éclatante : les Mauriciens aiment toujours les courses et sont prêts à soutenir massivement leur renaissance.
Mais ce public ne veut pas être mené en bateau. Les turfistes qui se déplacent, misent leur argent et vivent leur passion refusent d’être plumés devant des courses dont l’issue aurait été discutée à l’avance dans des cercles fermés.
Ils ne veulent pas qu’un spectacle de façade leur soit présenté alors que les véritables décisions seraient prises dans l’opacité. Le Champ de Mars ne peut redevenir le temple des « zougadères » au détriment de ceux qui font vivre les courses.
« Zéro Tolérance » ne doit plus être un slogan
Paul Beeby, dont la rémunération dépasserait Rs 500 000 par mois, aura-t-il le courage et le soutien de la GRA pour aller jusqu’au bout, plutôt que de se contenter de superviser les départs derrière les stalles ? La GRA et la Horse Racing Integrity Division ont placé l’intégrité et la « Zéro Tolérance » au centre de leur discours. Les enquêtes déjà ouvertes leur donnent aujourd’hui l’occasion de démontrer que ces mots ont un sens.
Le vrai doit être séparé du faux sans complaisance. Si des infractions sont établies, leurs auteurs devront être sanctionnés et, lorsque leur gravité le justifie, bannis. Le Champ de Mars n’appartient à aucun clan. Il appartient à son histoire, au sport et à un public qui exige désormais des courses propres, transparentes et crédibles.

