Au fil de ses douze années d’enseignement, Kheshini Sonatun a fait un constat. Beaucoup d’étudiants travaillent sérieusement, mais ne savent pas toujours comment apprendre efficacement. Professeure de chimie au Collège Lorette de Port-Louis et chargée de cours à temps partiel à l’Université de Technologie, elle a ainsi créé Learning Catalyst, une plateforme où elle partage des méthodes et des conseils pour aider les jeunes à mieux réviser et, surtout, à devenir plus autonomes dans leur apprentissage.
Une démarche qui prend une résonance particulière alors que les examens battent actuellement leur plein.
Une idée qui prend forme dans la salle de classe
Titulaire d’un BSc en chimie, d’un MSc en Educational Technologies et d’un PGCE, Kheshini Sonatun a toujours été attentive à la manière dont ses étudiants apprennent. Au fil des années, elle a constaté que certains de ses étudiants rencontraient les mêmes difficultés.
« Au départ, je souhaitait surtout partager des astuces liées à la chimie. Mais j’ai dû élargir mon approche, car les difficultés ne se trouvent pas toujours dans les matières elles-mêmes. Beaucoup d’étudiants travaillent sérieusement, mais n’ont jamais réellement appris à apprendre », souligne-t-elle.C’est ainsi que prend forme l’idée de Learning Catalyst.
Travailler beaucoup ne suffit pas
Selon Kheshini Sonatun, aujourd’hui, les étudiants ont accès à une quantité impressionnante de ressources. Cours en ligne, vidéos, applications, réseaux sociaux, fiches de révision. L’information est partout. Pourtant, avoir accès à toutes ces ressources ne signifie pas nécessairement savoir apprendre.
« Il y a une science derrière l’apprentissage », souligne l’enseignante.
Certains étudiants peuvent ainsi passer plusieurs heures devant leurs livres sans réellement retenir ce qu’ils ont étudié. D’autres privilégient la relecture répétée de leurs notes ou attendent les derniers jours avant un examen pour commencer à réviser.
C’est précisément ce décalage que Learning Catalyst veut combler, affirme-t-elle. La plateforme ne cherche pas à ajouter davantage de contenu à ce que les jeunes ont déjà à leur disposition. Elle leur apprend à mieux utiliser ce contenu.
Et pour toucher les étudiants là où ils se trouvent déjà, Kheshini Sonatun a notamment choisi les réseaux sociaux, dont TikTok. Selon elle, si les jeunes consacrent déjà du temps à ces plateformes, quelques secondes peuvent aussi être utilisées pour leur transmettre une méthode ou une information susceptible de leur être utile.
Des méthodes plutôt que du bachotage
Parmi les techniques qu’elle recommande, l’enseignante met l’accent sur la récupération active, ou active recall. « Plutôt que de relire plusieurs fois un chapitre, l’étudiant doit tenter de retrouver les informations de mémoire. Cette méthode peut notamment prendre la forme du blurting, fermer ses notes, écrire tout ce dont on se souvient, puis vérifier ce qui a été oublié. », explique-t-elle.
La répétition espacée occupe également une place importante dans son approche. Au lieu de concentrer toute la matière sur quelques jours, elle encourage les étudiants à revenir régulièrement sur les notions étudiées.
Une autre méthode consiste à expliquer un concept à voix haute. Pour Kheshini Sonatun, lorsqu’un étudiant est capable d’expliquer une notion simplement et clairement, cela montre généralement qu’il l’a comprise. À l’inverse, les difficultés à l’expliquer peuvent révéler des lacunes qu’il reste à combler.
« La révision doit commencer bien avant les examens »
Pour l’enseignante, l’une des erreurs les plus fréquentes reste le bachotage. Apprendre un nouveau chapitre la veille d’un examen ne constitue pas véritablement une révision.
Réviser, c’est revenir sur ce qui a déjà été appris, rafraîchir ses connaissances, identifier les points qui posent problème et renforcer sa capacité à retrouver les informations.
C’est pourquoi elle encourage ses étudiants à instaurer une petite routine de révision chaque semaine. Commencer plus tôt permet non seulement de mieux consolider les connaissances, mais aussi d’éviter la pression des dernières semaines.
« Le sommeil, lui aussi, ne devrait pas être sacrifié. Certains étudiants pensent qu’étudier jusqu’au milieu de la nuit leur donnera davantage de chances de réussir. Or, le sommeil joue un rôle important dans la consolidation de la mémoire. », affirme-t-elle.
Au-delà des techniques de révision, à travers Learning Catalyst, Kheshini Sonatun veut surtout aider les étudiants à devenir progressivement capables de gérer eux-mêmes leur apprentissage.
Pour elle, la réussite ne se mesure pas uniquement aux notes ou au nombre de A obtenus. Elle dépend aussi des objectifs que chacun se fixe, des progrès réalisés et de la capacité à continuer à avancer.





