L’affaire Mamy Ravatomanga est loin d’avoir livré tous ses secrets. Entre une comparution sous haute sécurité à la Cour suprême, des manœuvres judiciaires qui bousculent la Financial Crimes Commission (FCC) et des zones d’ombre qui persistent autour des ramifications de ce dossier explosif, la semaine a été riche en rebondissements. De Port-Louis à Antananarivo, les procédures se multiplient, les stratégies de défense s’affinent et les interrogations s’accumulent.
Le mercredi 7 octobre 2026, Mamy Ravatomanga a comparu sous forte escorte policière devant la Master and Registrar de la Cour suprême, Wendy Rangan. Cette audition à huis clos s’inscrit dans le cadre d’une commission rogatoire internationale découlant d’une ordonnance émise le 25 mai 2026. Elle vise à répondre aux requêtes formelles des autorités malgaches, notamment dans le dossier hautement sensible de la vente et de l’acquisition de cinq Boeing 777 détournés vers l’Iran.
L’homme d’affaires a juré un affidavit pour répondre point par point aux questions formulées. À la suite de cette séance, la Senior State Counsel, Me Durga Darshini Geetanjali Daby, a sollicité un délai d’examen. L’affaire a été formellement renvoyée au 26 octobre afin de permettre à l’Attorney General’s Office de formaliser sa position.
En marge de cette audience, la défense de Mamy Ravatomanga, menée par Me Khushal Lobine, a fermement rejeté les allégations de fabrication de preuves pesant sur son client. Soulignant son profil d’investisseur de longue date, présent dans le secteur bancaire mauricien depuis 30 ans, l’avocat a par ailleurs annoncé que l’homme d’affaires se réservait le droit d’engager des poursuites judiciaires contre l’État mauricien et les institutions concernées pour atteinte grave à son honneur et à sa réputation.
Karl Elysé à la FCC
Parallèlement à ce volet, les investigations sur les ramifications financières se sont accélérées. Le vendredi 9 octobre 2026, Jean Karl Elysé, ancien conseiller au Bureau du Premier ministre mauricien, a été entendu dans les locaux de la Financial Crimes Commission (FCC). Cette convocation fait suite aux déclarations de l’intermédiaire Nasser Bheekhy et à la diffusion publique d’un enregistrement sonore évoquant une transaction occulte de 350 millions de roupies destinée à interférer dans le dossier.
À l’issue d’un interrogatoire marathon de plus de cinq heures, Jean Karl Elysé a consigné une déposition de 14 pages avant d’être autorisé à repartir libre. Son avocat, Me Akil Bissessur, a affirmé que son client n’avait absolument rien à se reprocher dans cette affaire, précisant qu’il avait volontairement coopéré en remettant son téléphone portable et sa carte SIM aux enquêteurs pour des analyses informatiques approfondies.
L’implication de la FCC et le cas Junaid Fakim
Dans le même temps, les structures internes de l’enquête font face à une contestation procédurale majeure menée par Me Junaid Haroon Fakim, ancien commissaire de cette même FCC. Poursuivi pour entente délictueuse et trafic d’influence, et soupçonné d’avoir participé à une réunion clandestine nocturne visant à négocier la protection du milliardaire, Me Fakim a déposé une motion pour réclamer l’annulation des charges provisoires pesant sur lui.
Sa défense soutient que la FCC ne peut enquêter sur une affaire dans laquelle ses propres structures et anciens dirigeants sont impliqués. Cette démarche a provoqué un véritable séisme judiciaire, amenant la justice à sommer de hauts responsables de la commission, dont Sanjay Dawoodharry (directeur général) et Paramhans Alleear (directeur des enquêtes), de venir s’expliquer en personne à la barre. Les plaidoiries sur cette motion cruciale ont été fixées au 3 décembre 2026.
Aujourd’hui, l’homme d’affaires cumule plus de 300 jours de détention provisoire au sein de la prison de haute sécurité de Melrose. La justice lui refuse la liberté sous caution, la FCC invoquant des preuves numériques solides et un « risque de fuite particulièrement élevé ». Souffrant de pathologies cardiaques chroniques confirmées par ses médecins, il alterne difficilement entre sa cellule et des hospitalisations sous haute surveillance dans des cliniques privées. Le dossier reste en suspens jusqu’aux prochaines échéances judiciaires fixées à la fin du mois d’octobre.
Position maintenue et preuves solides
La Financial Crimes Commission (FCC) maintient fermement son opposition à la remise en liberté sous caution de l’homme d’affaires malgache Mamy Ravatomanga. Celui-ci fait face à une accusation provisoire d’entente délictueuse et à deux accusations provisoires de blanchiment d’argent. La commission invoque notamment des risques de fuite, d’interférence avec les témoins et de manipulation de preuves.
Devant la Bail and Remand Court (BRC), Paramhans Aleear, Acting Director of Investigations de la FCC, a affirmé que les enquêteurs disposaient de preuves « solides et corroborantes ». Selon lui, les investigations portent sur des transactions financières représentant environ Rs 7 milliards, avec 105 comptes bancaires identifiés et plus de 20 000 transactions examinées.
L’enquête s’articule autour de plusieurs dossiers sensibles : la vente de cinq Boeing 777 destinés à l’Iran, l’exportation de litchis, l’importation de blé, le projet autoroutier Samcrete et le projet ferroviaire Madarail. Le commerce du bois de rose figure également parmi les éléments évoqués. La FCC soupçonne notamment des faits de corruption, de trafic d’influence, de détournement de fonds, d’abus d’autorité et de blanchiment d’argent. À ce stade, 66 dépositions auraient été recueillies.
L’enquête dépasse les frontières mauriciennes, avec une coopération impliquant notamment Madagascar, la France et le FBI américain. Des liens présumés avec de hauts responsables politiques et administratifs malgaches sont également examinés. Malgré les contestations de la défense, la FCC maintient ses objections à toute libération conditionnelle, estimant que l’ampleur des investigations justifie la poursuite de la détention.

