Amsterdam : détenu six jours, un Mauricien dénonce une enveloppe pour acheter son silence

ByRédaction

September 2, 2026
  • Les autorités néerlandaises évoquent une « erreur administrative »

Refoulé par les autorités britanniques, renvoyé à Amsterdam, un Mauricien de 33 ans disparaît pendant six jours derrière les murs d’un centre de détention. Sans téléphone, sans soins, sans explications, il affirme avoir été privé de ses droits alors qu’il disposait, selon lui, de tous les documents nécessaires. À sa libération, les autorités néerlandaises évoquent une erreur administrative . Aujourd’hui, il veut que toute la lumière soit faite sur ce qu’il considère comme son pire cauchemar.

Sous le vernis des grandes institutions européennes, une erreur administrative peut parfois faire basculer un voyageur ordinaire dans une situation kafkaïenne. C’est du moins le récit livré au Journal du Dimanche par un habitant de Port-Louis âgé de 33 ans, qui affirme avoir été détenu pendant six jours aux Pays-Bas dans des circonstances qu’il juge arbitraires. Professionnel de la communication et père de famille, l’homme a souhaité conserver l’anonymat afin de protéger sa carrière. Il raconte une expérience qui l’a profondément marqué et dont il cherche aujourd’hui à obtenir réparation.

Un voyage pour tenter de se reconstruire

Tout commence quelques mois plus tôt. Fragilisé par une grave épreuve personnelle, notamment la perte traumatisante de sa fille de six ans et la séparation de son foyer qui s’ensuit, le jeune homme se rend en Angleterre chez sa tante afin de changer d’environnement et de tenter de se reconstruire. Après quelques mois à Londres et un passage à Marseille, où résident sa mère et son frère, il prépare son retour à Maurice pour reprendre le cours de sa vie. À l’occasion de son anniversaire, ses proches lui offrent auparavant un court séjour de trois jours à Amsterdam. Une parenthèse qui devait lui permettre de souffler avant son retour au pays.

Refoulé par les autorités britanniques

Son séjour à Amsterdam se déroule d’abord normalement. Mais lorsqu’il tente de repasser par le Royaume-Uni afin d’y prendre son vol de retour, les agents de l’immigration britannique lui refusent l’entrée sur le territoire. Le Mauricien affirme pourtant disposer d’un titre de séjour valide ainsi que des ressources nécessaires. Ses explications sur les raisons de son passage au Royaume-Uni n’auraient pas été retenues. Il indique également avoir signalé son état de santé, notamment des troubles anxieux, de la claustrophobie ainsi qu’un eczéma aggravé par le stress. Malgré ses protestations, il est renvoyé dès le lendemain vers Amsterdam.

De Schiphol à un centre de détention

À son arrivée à l’aéroport de Schiphol, la situation se complique davantage. Selon son témoignage, la police néerlandaise des frontières, la Koninklijke Marechaussee, ne procède pas aux vérifications qu’il réclame. Il assure pourtant disposer d’un passeport valide, d’un billet pour Marseille  où il devait récupérer ses affaires avant son retour à Maurice , d’une réservation d’hôtel et de ressources financières suffisantes.

Après avoir passé une nuit sur les bancs de l’aéroport, il est transféré le lendemain dans un centre de détention accueillant notamment des étrangers en situation de rétention.

Il affirme n’avoir reçu, à ce stade, aucune explication suffisamment claire sur les motifs de son placement. Plus incompréhensible encore à ses yeux : il aurait été considéré dans le système comme relevant d’une procédure liée à l’asile alors qu’il soutient n’avoir jamais formulé de demande d’asile.

Six jours coupé du monde

Du 25 juin au 1er juillet, le Mauricien affirme avoir vécu pratiquement coupé de l’extérieur. Il soutient que l’accès au téléphone lui a été refusé, l’empêchant de contacter normalement sa famille, les représentants diplomatiques mauriciens ou un avocat. Pour cet homme déjà fragilisé psychologiquement et souffrant de claustrophobie, l’enfermement devient particulièrement éprouvant. Il affirme également avoir demandé à consulter un médecin ou un psychologue, sans obtenir l’assistance qu’il réclamait. Son traitement contre l’eczéma aurait par ailleurs été confisqué. C’est finalement grâce à d’autres détenus, qui lui prêtent leur crédit téléphonique, qu’il réussit à prévenir ses proches en Angleterre.

Sa famille remue ciel et terre

À Londres, ses proches multiplient alors les démarches. Ils alertent l’ambassade de Maurice à Bruxelles, sollicitent un avocat privé et prennent contact avec le Meldpunt Vreemdelingendetentie, une organisation néerlandaise travaillant sur les conditions de détention des étrangers.

Selon le récit du jeune homme , les démarches diplomatiques se heurtent dans un premier temps à de grandes difficultés pour obtenir des informations précises sur sa situation. L’avocat privé sollicité par la famille ne peut, lui non plus, intervenir pleinement sans pouvoir obtenir directement l’autorisation de son client, lequel affirme toujours ne pas avoir librement accès au téléphone.

C’est finalement après l’intervention du Meldpunt Vreemdelingendetentie que la situation évolue.Peu après, le Mauricien est libéré. Une chronologie qui l’interpelle encore aujourd’hui : sans cette intervention extérieure, combien de temps serait-il resté enfermé ?

Libéré… mais toujours menacé d’arrestation

Le 1er juillet, après six jours de détention, il retrouve enfin la liberté. Mais le soulagement est de courte durée. Avant sa sortie, il affirme avoir reçu un document entièrement rédigé en néerlandais, sans traduction ni véritable explication sur sa situation juridique. Lorsqu’il réussit finalement à joindre l’avocat commis d’office qui lui a été désigné, Me Blaw, celui-ci lui indique, selon son témoignage, qu’il a certes été libéré mais qu’il demeure considéré comme étant en situation irrégulière et doit quitter rapidement le territoire sous peine d’être de nouveau interpellé. Commence alors une nouvelle période d’incertitude. Pendant plusieurs semaines, le trentenaire tente de comprendre son statut, de faire traduire les documents reçus et d’obtenir des réponses des différentes administrations. Il affirme avoir dû attendre près de sept semaines avant de pouvoir finalement quitter l’Europe et rentrer à Maurice.

Des explications qui se contredisent

Depuis sa libération, le professionnel dit avoir multiplié les démarches afin de comprendre les véritables raisons de son arrestation et de son refus d’entrée.

Les réponses obtenues auraient cependant varié. Il lui aurait d’abord été reproché de ne pas disposer de ressources ou de garanties d’hébergement suffisantes. Une autre explication aurait ensuite évoqué un dépassement de la durée de séjour autorisée dans l’espace Schengen. Des justifications que le Mauricien conteste formellement.

Il affirme n’avoir reçu aucun décompte précis permettant d’établir un éventuel dépassement de séjour et soutient que ses documents démontraient au contraire la régularité de son voyage.

1 700 euros pour six jours de détention

L’affaire connaît ensuite un nouveau rebondissement.Selon notre compatriote , une indemnisation de 1 700 euros lui est proposée à la suite de sa détention.

Mais cette somme ne met pas fin à sa colère. Il affirme que 900 euros devaient être consacrés aux frais d’avocat, ne lui laissant que 800 euros au titre de compensation effective. Pour lui, le montant est sans commune mesure avec ce qu’il dit avoir subi : six jours privé de liberté, l’impossibilité de contacter normalement ses proches, l’absence alléguée de prise en charge médicale, l’angoisse d’une nouvelle arrestation et plusieurs semaines d’incertitude administrative.

« Je ne veux pas seulement une indemnisation, je veux comprendre »

Le jeune homme affirme avoir refusé l’indemnisation proposée. Il entend désormais examiner les recours judiciaires possibles contre le centre de détention et, le cas échéant, contre les autorités qu’il estime responsables de son calvaire.

Au-delà de l’argent, il réclame surtout que les circonstances exactes de sa détention soient établies et que les responsabilités éventuelles soient déterminées.

Son histoire soulève plusieurs questions : sur quelle base juridique précise a-t-il été détenu pendant six jours ? Pourquoi, selon son récit, n’a-t-il pas pu contacter librement un avocat ou les autorités consulaires ? Pourquoi ses demandes médicales n’auraient-elles pas été prises en compte ? Et comment expliquer les différentes versions qui lui auraient été données concernant son statut migratoire ? Autant de questions auxquelles le jeune homme veut désormais obtenir des réponses.

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