De Goodlands à Paris, la scène comme destinée…Berthie Prosper : komik dan disan !

ByRédaction

August 4, 2025

« Mo monte lor senn, mo bann traka s’éfface ! » C’est avec cette phrase simple mais pleine de vérité que Berthie Prosper résume sa vie. Un homme de scène, un cœur d’enfant, un humour à fleur de peau. Dès qu’il parle, on sourit. Dès qu’il bouge, on rit. Berthie n’est pas un simple comédien. C’est un courant d’air, un feu d’artifice, un battement de tambour dans le silence du quotidien.

Il naît un 28 avril 1966 à 10h tapantes – « dans la cour du château à Riche en Eau », précise-t-il avec malice, comme s’il voulait déjà semer un décor de cinéma. Mais le sud n’aura été qu’une escale. Son père, soudeur-ajusteur dans l’industrie sucrière, trouve du travail à St Antoine, au nord de l’île. Et c’est là, entre Goodlands, les champs de canne et les histoires de scouts, que le petit Berthie devient un “show-man” sans le savoir.

À l’école St Clair, il est « sa ti loulou la dan récréation ». Pas de pause sans une blague, pas d’assemblée sans une imitation. Mais s’il fait rire, c’est surtout en dansant qu’il impressionne. Déjà, le corps parle autant que les mots.

Du garage à la scène : des pas de danse bien rodés

Ses études secondaires se poursuivent au JSS de Goodlands. Mais pour Berthie, les vraies classes se tiennent dans la cour, dans la rue, dans les mariages de quartier. Les sketchs improvisés, les chorégraphies maison, les fou-rires partagés : tout cela devient son école de la scène.

Et puis vient le premier job, inattendu mais décisif. Il est embauché comme danseur-animateur à l’hôtel La Pirogue. Un détail amusant : c’est pendant un stage de mécanique à Belle Rose qu’il perfectionne ses pas de danse ! « Entre deux vidanges, mo ti pe répète mo moonwalk ! » rigole-t-il.

À La Pirogue, il découvre le rythme professionnel, la scène bien cadrée, le public international. Il en profite pour voyager, poser ses pas en Italie, en Allemagne. Chaque scène, une leçon. Chaque rencontre, une graine.

100 % humour, 200 % énergie

En 1992, il rejoint l’équipe d’animation de l’hôtel Ambre, puis celle de l’hôtel Heritage à Bel Ombre en 2006. Mais c’est en 2000 qu’un virage décisif s’opère. Rama Poonoosamy, alors directeur de l’agence Immedia, le repère. Berthie rejoint la troupe 100% humour mauricien. Et là, tout s’accélère.

Le public le découvre, le réclame, le suit. Les spectacles s’enchaînent. Il monte sur les planches dans toutes les salles de l’île. Il goûte à l’opéra avec La Veuve Joyeuse, dirigée par le Père Sullivan et la renommée productrice Katrin Caine. Puis viennent The Dodo Who Wanted to Fly, Rouz Ble Zon Vert… Et surtout, la rencontre avec la troupe Komiko de Myslene Duval-Vurden.

À force de côtoyer des pointures comme Gad Elmaleh, Pascal Légitimus, Jean-Marie Bigard ou Anne Roumanoff, Berthie affine son style, se lance dans le stand-up. L’humour devient plus direct, plus personnel. Il crée avec Stéphane Raynal et Alain Narainsamy le trio des 3 Moustikaires. Ensemble, ils parodient politiciens et stars locales, à coups de vannes bien senties et de costumes improbables.

Roger le dent pike et les mille vies d’un comédien

Mais Berthie n’est jamais à court d’idées. À peine une scène refermée qu’il ouvre une autre. Avec Krazy TV, plateforme fondée par Nadeem Varsally, il se lance dans la vidéo. Et c’est là que naît Roger le dent pike, un personnage grinçant et hilarant, aussi crédible qu’absurde. Le succès est tel qu’un premier film voit le jour, et un second est déjà dans les tuyaux. « Roger li malad… malad dans la tête ! Mais dimounn content li ! »

Avec sa gouaille inimitable, ses mimiques d’orfèvre et son énergie débordante, Berthie réussit ce que peu d’artistes accomplissent : créer des personnages qui vivent dans la mémoire collective.

Et il ne compte pas s’arrêter là. Cette année, il partira avec la troupe Komiko pour une tournée en France, avec trois dates au prestigieux Théâtre du Gymnase à Paris, suivie d’une escale dans une autre ville européenne (le nom reste encore secret, “suspens komedien !”).

Un cœur de scène, un cœur pour les autres

Derrière le rire, il y a un homme de cœur. Toujours disponible pour aider un jeune artiste, Berthie donne son temps, son écoute et ses conseils. « Ena boukou jeunes avec talent, mais zotte per monté lor scène. Mo dire zot : monté ! Plié, casse, rate… mais monté ! » Pour lui, les réseaux sociaux sont une opportunité à saisir, pas une menace. Il pousse les jeunes à filmer, partager, oser.

Il affirme aussi que les choses évoluent positivement pour les artistes sous le gouvernement actuel. « Tou pa pou changé d’un coup. Mais mo trouve enn l’envie pour soutenir la culture. Bizin encore travail, mais linportan, c’est la direction. »

À 58 ans, Berthie n’a pas perdu l’étincelle. Il enflamme encore les scènes, éclaire les plateaux, soutient les jeunes et invente de nouveaux projets. Son plus grand talent ? Rendre la vie plus légère, même l’espace d’un sketch.

Et surtout, rester fidèle à lui-même. Un comédien de la rue, de la scène et du cœur. « Mo monte lor senn, mo oublié tou mo tracas. Mo donne mo leker, mo lizie, mo trip. Et sa… li meilleur médicament ki existe. »