Transition énergétique : entre ambitions vertes et réserves de fioul lourd, le débat s’élargit

ByRédaction

September 3, 2026
  • Deux nouveaux réservoirs de 4 000 m³ chacun doivent y être construits

Alors que Maurice affiche sa volonté d’accélérer sa transition vers les énergies renouvelables et de réduire sa dépendance aux combustibles fossiles, un projet à la centrale de Saint-Louis interpelle. Deux nouveaux réservoirs de 4 000 m³ chacun doivent y être construits, portant à 8 000 m³ la capacité supplémentaire de stockage de fioul lourd. Un investissement qui pose une question de fond : Maurice prépare-t-elle réellement l’après-fossile tout en renforçant ses infrastructures pétrolières ?

Baptisés réservoirs n°3 et n°4, ils ajouteront ainsi 8 000 m³ de capacité de stockage à l’infrastructure de la centrale. Le projet ne se limite pas à installer deux cuves supplémentaires. Il prévoit une extension complète des infrastructures nécessaires au stockage, au transfert et à l’utilisation du fioul lourd.

Des murs de rétention devront notamment être construits autour des nouveaux réservoirs. Un bâtiment de pompage est également prévu, avec deux pompes fournies par le Central Electricity Board (CEB) et installées par l’entrepreneur. Celles-ci permettront de transférer le HFO vers d’autres installations de stockage ou directement vers les pipelines alimentant la centrale.

Le dispositif comprendra également des compteurs de HFO calibrés ainsi qu’une série d’équipements de contrôle : transmetteurs de pression et de température, systèmes de mesure du niveau, thermomètres, vannes, clapets anti-retour et autres instruments de surveillance. La sécurité incendie sera elle aussi renforcée, avec l’extension du réseau existant afin de couvrir les deux nouveaux réservoirs.

Saint-Louis davantage connecté au réseau du fioul

Autre élément significatif : les nouvelles installations seront raccordées à la conduite existante acheminant le HFO depuis la centrale de Fort Victoria. Cette connexion permettra notamment le bunkering à partir de l’unité de pompage existante.

Les réservoirs seront par ailleurs conçus pour accueillir aussi bien du Heavy Fuel Oil 180 cSt SR à 50°C que du HFO 380 cSt SR à 50°C. Il s’agit donc d’une infrastructure appelée à être pleinement intégrée au dispositif énergétique existant. Et c’est précisément là que surgit le paradoxe. Le vert d’un côté, le fioul de l’autre. Le pays doit ainsi accélérer sa transition énergétique sans mettre en péril la stabilité de son approvisionnement en électricité.

Les centrales thermiques jouent encore un rôle important dans la sécurité du réseau. Pour une île dépendante des importations énergétiques, disposer de réserves suffisantes de combustible peut aussi constituer une protection contre les ruptures d’approvisionnement ou les tensions internationales. Sous cet angle, renforcer les capacités de stockage peut répondre à un impératif de sécurité énergétique.

Un investissement qui s’inscrit dans la durée

Mais une question demeure : jusqu’où faut-il continuer à investir dans le fossile lorsqu’on ambitionne précisément d’en sortir ? Car construire deux réservoirs de cette taille ne constitue pas une mesure provisoire. Ce sont des infrastructures lourdes, destinées à être exploitées pendant de nombreuses années. Le risque d’un investissement à contretemps.

Si la part des énergies renouvelables augmente fortement au cours des prochaines années, quelle place restera-t-il au HFO dans la production électrique ?

 Et surtout, pendant combien de temps ces nouvelles installations devront-elles être utilisées pour justifier l’investissement consenti aujourd’hui ? La question des futurs actifs fossiles sous-utilisés mérite ainsi d’être posée. Une infrastructure construite pour plusieurs décennies peut devenir difficile à rentabiliser si la politique énergétique évolue plus rapidement que prévu.

À l’inverse, abandonner trop rapidement les capacités thermiques sans disposer de solutions fiables de remplacement pourrait fragiliser le réseau électrique. C’est entre ces deux impératifs que le gouvernement doit désormais trouver son équilibre.

Un projet qui avance

Le calendrier prévu montre que le dossier est techniquement bien encadré.Le contractant devra notamment soumettre ses documents de conception et ses calculs au CEB dans les quatre semaines suivant la lettre d’acceptation. Après examen, les documents devront être validés par les professionnels compétents avant les démarches nécessaires pour l’obtention du Building and Land Use Permit auprès de la municipalité de Port-Louis.

Sur le plan technique et administratif, le projet suit donc son chemin. Au niveau de la stratégie énergétique, il ouvre cependant un débat beaucoup plus large. La transition énergétique ne peut pas uniquement se mesurer au nombre de panneaux solaires installés ou aux mégawatts renouvelables ajoutés au réseau. Elle se mesure aussi aux infrastructures dans lesquelles un pays choisit d’investir aujourd’hui.

Maurice doit évidemment assurer la continuité de son approvisionnement électrique pendant cette transition. Mais chaque nouvel investissement dans le fossile devra désormais être confronté à une question essentielle : est-il indispensable pour sécuriser la transition ou risque-t-il de prolonger une dépendance que le pays affirme vouloir réduire ? À Saint-Louis, les 8 000 m³ supplémentaires de capacité de stockage de fioul lourd cristallisent cette interrogation.

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