- Neuf jours à Dubaï : le voyage de Kevin Rangilal en juillet sous la loupe des enquêteurs
Le jeune policier Kevin Rangilal, 27 ans, apparaît comme l’un des protagonistes d’un volet particulièrement sensible de l’affaire Dreamer. Gerald Steven Bagboot, 34 ans, arrêté après les accusations d’un autre membre de la National Coast Guard (NCG), Yeshwin Venkatesh Pydegadu, retient également l’attention. Alors qu’une cargaison présumée pouvant atteindre 1,5 tonne de drogue demeure introuvable, les enquêteurs s’intéressent aux contacts locaux, aux éventuelles fuites de renseignements confidentiels et aux connexions internationales. D’autres membres de la NCG pourraient être concernés par les investigations. En toile de fond, la piste d’un commanditaire établi en Thaïlande et des opérations de transbordement dont les véritables organisateurs restent à identifier.
L’affaire du yacht Dreamer est loin d’avoir livré tous ses secrets. Alors que les enquêteurs tentent de démanteler un vaste trafic présumé de stupéfiants, la mise en cause de policiers de la National Coast Guard ouvre une piste particulièrement sensible. Deux noms émergent : Kevin Rangilal et Gerald Steven Bagboot. Pour l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU), l’enjeu est désormais de déterminer si des informations provenant du dispositif de surveillance maritime ont pu faciliter les déplacements du yacht et les opérations présumées de transbordement. Les investigations prennent une dimension supplémentaire avec l’examen des contacts locaux et des éventuelles connexions entre certains agents et les protagonistes du dossier.
Kevin Rangilal : le jeune policier au centre des soupçons de fuite
Ce policier, domicilié à Quartier-Militaire et affecté à la National Coast Guard, est soupçonné d’avoir transmis à un tiers des renseignements confidentiels concernant les opérations de surveillance maritime. Ces informations auraient ensuite été communiquées au capitaine thaïlandais du Dreamer, Suriya Samanboot, lui permettant éventuellement d’adapter ses déplacements pour éviter certaines patrouilles. Cette piste pourrait aider à comprendre comment une embarcation soupçonnée d’avoir transporté une cargaison considérable de stupéfiants aurait pu évoluer dans les eaux mauriciennes et procéder à des opérations de transbordement.
Les investigations portent notamment sur la nature des renseignements qui auraient été divulgués, les personnes auxquelles ils auraient été transmis et la chronologie des communications. Les enquêteurs cherchent à établir si ces échanges présumés correspondent aux mouvements du yacht. L’arrestation de Kevin Rangilal constitue un développement important . Les vérifications devront déterminer son rôle exact et l’existence éventuelle d’autres intermédiaires. Cette piste est d’autant plus sensible qu’elle pourrait révéler des failles dans la protection des informations opérationnelles de la surveillance maritime.
Dubaï : un déplacement de neuf jours passé au crible
Le parcours international de Kevin Rangilal pourrait également intéresser les enquêteurs. Le policier a quitté Maurice le 21 juillet 2026 à bord du vol Emirates EK704 à destination de Dubaï. Il est rentré neuf jours plus tard, le 30 juillet, sur le vol EK703. Ce déplacement pourrait faire l’objet de vérifications afin de déterminer si le policier a rencontré des personnes apparaissant dans les investigations relatives au Dreamer. Les enquêteurs pourraient notamment examiner ses contacts durant ce séjour et rechercher d’éventuelles correspondances avec les communications des autres protagonistes.
Le deuxième policier dont le nom apparaît dans les investigations est Gerald Steven Bagboot, 34 ans, domicilié à Beau-Champ et affecté à la National Coast Guard de Bois-des-Amourettes. Son arrestation, le jeudi 29 octobre, fait suite aux accusations d’un autre membre de la NCG, Yeshwin Venkatesh Pydegadu, affecté au Chaland et domicilié à Mahébourg. Ce dernier affirme que Bagboot lui aurait vendu cinq grammes de cannabis le 27 octobre. Une perquisition effectuée au domicile du policier n’a cependant permis de découvrir aucun élément incriminant. Assisté de son avocat, Gerald Steven Bagboot a choisi d’exercer son droit au silence.
Ce volet concerne, à ce stade, une vente alléguée de cannabis. Aucun lien direct avec l’opération du Dreamer n’est établi. La présence de plusieurs membres de la NCG dans les investigations conduit néanmoins à s’intéresser à leurs relations professionnelles et personnelles, ainsi qu’à leurs éventuels contacts avec les autres protagonistes. Le rôle de Yeshwin Venkatesh Pydegadu, à l’origine des accusations contre Bagboot, pourrait également faire l’objet de vérifications afin de mieux comprendre les circonstances de cette affaire et les relations entre les policiers concernés.
La NCG sous pression : d’autres arrestations possibles
La mise en cause de Kevin Rangilal , Gerald Steven Bagboot et Yeshwin Venkatesh Pydegadu place la National Coast Guard dans une situation particulièrement délicate. Les investigations pourraient désormais s’étendre à d’autres membres de cette unité. De nouvelles interpellations ne sont pas exclues dans les prochains jours, même si aucune confirmation officielle ne permet d’en préciser l’imminence. Les enquêteurs s’intéressent notamment aux contacts locaux, aux communications téléphoniques, aux mouvements des patrouilles et aux agents ayant eu accès aux informations de surveillance maritime pendant la période concernée.
L’objectif est de déterminer si des renseignements internes ont pu être exploités pour faciliter les opérations attribuées au Dreamer. Les horaires de service, les déplacements des embarcations et les échanges entre les différents protagonistes pourraient permettre de reconstituer une partie du dispositif présumé.
Le téléphone du capitaine : des images qui pourraient faire tomber le réseau
Des photographies et des vidéos qui auraient été retrouvées dans l’appareil montreraient des transferts de sacs vers des vedettes rapides au large de Port-Louis. Le capitaine aurait filmé ces opérations pour démontrer à ses interlocuteurs que la mission confiée avait été accomplie. L’exploitation des communications, des contacts enregistrés et des données de localisation pourrait désormais permettre de reconstituer les différentes étapes de l’opération présumée. Les enquêteurs cherchent à identifier les personnes qui donnaient les instructions, coordonnaient les transbordements et devaient réceptionner la marchandise. Ces vérifications pourraient également apporter des éléments sur les éventuelles fuites de renseignements maritimes et éclairer le rôle présumé de Kevin Rangilal. La confrontation des données numériques avec les mouvements enregistrés en mer pourrait constituer une étape déterminante dans la reconstitution des faits.
Jusqu’à 1,5 tonne de drogue : une cargaison évaporée dans la nature
C’est l’une des grandes énigmes de l’affaire Dreamer. Le yacht aurait transporté une cargaison de stupéfiants dépassant une tonne, certaines estimations évoquant jusqu’à 1,5 tonne. Pourtant, aucune quantité correspondant à cette estimation n’a été retrouvée à bord lors de son interception. Des analyses scientifiques auraient révélé des traces de plusieurs types de drogues dans l’embarcation. Les investigations se concentrent désormais sur les sacs qui auraient été transférés vers des vedettes rapides.
Les enquêteurs examinent plusieurs possibilités, notamment un débarquement en différents endroits, une répartition entre plusieurs groupes ou une dissimulation de la marchandise dans des lieux de stockage à Maurice. L’exploitation des images de vidéosurveillance, des communications téléphoniques et des déplacements des embarcations pourrait permettre d’identifier les destinataires présumés. La reconstitution de cette chaîne logistique demeure essentielle pour retrouver la cargaison et remonter jusqu’aux organisateurs.
Une liste de Mauriciens établis en Thaïlande dressée pour remonter la piste du commanditaire présumé.
L’enquête se poursuit au-delà des frontières mauriciennes. Les autorités mauriciennes ont engagé des échanges avec leurs homologues thaïlandais afin d’examiner les connexions entre les différents protagonistes et de mieux comprendre l’organisation du voyage. Une liste de Mauriciens établis en Thaïlande a été dressée dans le cadre des vérifications. L’une des pistes examinées concerne un éventuel commanditaire se trouvant dans ce pays et disposant de relais à Maurice. Les enquêteurs cherchent à identifier les personnes qui auraient financé le déplacement du yacht, organisé l’approvisionnement en stupéfiants et coordonné la réception de la cargaison. Plusieurs noms circulent autour de cette affaire. Le Journal du Dimanche choisit de ne pas révéler l’identité des personnes dont le rôle présumé n’est pas étayé par des éléments suffisamment solides. La coopération entre Maurice et la Thaïlande pourrait se révéler déterminante pour identifier les véritables organisateurs de l’opération.
Quatorze interpellations, deux vedettes et une piste financière
À une étape de l’enquête, quatorze personnes avaient été interpellées, dont neuf ressortissants thaïlandais et cinq Mauriciens. Le capitaine et six membres d’équipage avaient initialement été placés en détention. Deux autres Thaïlandais ont ensuite été interceptés à l’aéroport international SSR alors qu’ils s’apprêtaient à quitter Maurice. Ils sont soupçonnés d’avoir assuré une coordination entre l’équipage du Dreamer et les occupants des vedettes rapides. Des pêcheurs mauriciens figurent également parmi les personnes interpellées.
Deux hors-bords ont été réquisitionnés pour les besoins des investigations. L’un d’eux, évalué à Rs 1,6 million, avait été signalé comme manquant à Merville, Grand-Gaube, avant d’être retrouvé dans le lagon de Baie-de-Rosnay, à Poudre-d’Or. Des prélèvements ont été effectués afin de rechercher d’éventuels éléments matériels. Les enquêteurs s’intéressent également aux devises découvertes sur le yacht : 28 330 bahts thaïlandais, 1 865 dollars singapouriens et 38 900 euros.
Bruneau Laurette : la thèse troublante d’une diversion
L’activiste Bruneau Laurette, qui suit de près cette affaire, avance une hypothèse susceptible d’alimenter les débats. Il estime que certains incidents survenus entre le 20 et le 27 octobre auraient pu servir de diversion pour détourner l’attention des autorités pendant les opérations présumées liées au Dreamer. Bruneau Laurette rappelle avoir précédemment évoqué la possibilité que des trafiquants utilisent des intermédiaires rémunérés pour organiser des diversions. À ses yeux, les violences qui ont secoué le pays en octobre pourraient ne pas être étrangères à cette affaire. Il avance également l’hypothèse d’une cargaison destinée à plusieurs circuits de distribution, notamment en prévision des fêtes de fin d’année.

