Les turfistes connaissent ses analyses, mais que savent-ils du jeune homme qui les prépare ? Meghraj Veeriah partage son quotidien entre communication, enseignement et passion hippique. Pour comprendre ce qui l’anime, il faut remonter bien avant ses premiers pronostics, à une histoire de famille et à des souvenirs du Champ de Mars qui ne l’ont jamais quitté.
À 28 ans, Meghraj Veeriah mène plusieurs activités de front. Ce goût pour la diversité traduit une curiosité constante et l’envie d’apprendre autant que de transmettre. Attaché à sa ville, il se présente avec humour : « Je m’appelle Meghraj Veeriah, j’ai 28 ans et je suis Quatre-Bornais à 100 % ! » Sa passion lui vient de sa famille. Son père était un grand turfiste, tout comme son oncle, qui apportait régulièrement son journal hippique à la maison. À cinq ans, Meghraj baignait déjà dans cet univers. Une année reste gravée dans sa mémoire : 2004. « J’étais au Champ de Mars et j’ai pleuré après la défaite de World Focus », se souvient-il, évoquant le Maiden remporté par Eto. La Coupe d’Or et les foulées de Hinterland ont ensuite renforcé sa fascination pour les chevaux. Peu à peu, regarder les courses ne lui a plus suffi : il a voulu comprendre les performances et les raisons derrière les résultats.
À 21 ans, ses premiers pas à la MBC
Ses premières expériences sont venues des émissions en ligne réalisées avec son ami Akash, qu’il remercie pour son rôle à ses débuts, tout comme Rajiv et Jug. À peine âgé de 21 ans, il a ensuite eu l’occasion de devenir consultant à la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC). « Je savais que j’avais beaucoup à apprendre, et je le sais encore aujourd’hui », reconnaît-il. Il a pris le temps d’observer et d’échanger avec des consultants, des jockeys, des entraîneurs et des palefreniers. Sa passion reste son principal moteur : « Je ne me suis pas lancé dans les courses parce que j’y voyais une opportunité professionnelle. J’étais déjà passionné bien avant de pouvoir en faire une activité. »
Derrière le pronostic, des heures d’observation
Son analyse commence environ une semaine avant la réunion, parfois même avant la publication des nominations. Les entraînements du vendredi lui permettent d’observer le comportement et la condition des chevaux avant d’établir son « power ranking », son classement des forces en présence. Il remonte parfois de deux à quatre courses pour mieux évaluer la valeur d’un concurrent. Le formline, qui permet notamment de comparer les performances à travers les adversaires affrontés, occupe une place centrale dans sa méthode. Son suivi de longue date des courses sud-africaines nourrit également son analyse. Il tient compte du niveau des concurrents, des circonstances de course, des chronos et des entraînements. « Je préfère prendre le temps d’étudier un cheval plutôt que de me fier uniquement à son dernier résultat », explique-t-il.
Le goût des outsiders
Parmi ses plus grandes satisfactions figure William Iron Arm, l’année dernière. Proposé à 20/1, le cheval avait retenu son attention après l’étude de sa forme et de son travail à l’entraînement. Voir son analyse se concrétiser, puis recevoir les remerciements des turfistes, l’a particulièrement marqué.Cette saison, Stated, conseillé aux cotes de Rs 6 000 gagnant et de Rs 800 placé, a terminé deuxième de peu. Bounceback, à 40/1, et There’s a Light, à 50/1, ont également été de belles trouvailles, tous deux passant près de la victoire.« Quand un cheval à une telle cote termine deuxième, on se dit qu’il ne manquait pas grand-chose ! » sourit-il. Il apprécie que certains turfistes lui demandent désormais des outsiders susceptibles de se placer, et pas uniquement le gagnant.
Pour la fin de saison, il invite les amateurs à suivre de près Rapidash, notamment lors de son affrontement avec Cumbre Vieja. « Je crois qu’il peut tenter un petit quelque chose », estime-t-il. Il attire aussi l’attention des amateurs d’outsiders sur Nou Praat Jy et Comedy Club.
Accepter la critique, garder le recul
Meghraj sait que les analyses publiques suscitent des réactions. « Même Messi et Ronaldo sont critiqués ! Alors, à mon niveau, je ne vais certainement pas prétendre y échapper », plaisante-t-il.Il privilégie les critiques constructives, reste ouvert aux échanges et a appris à prendre du recul. Une analyse peut être approfondie et malgré tout se révéler fausse : il l’accepte comme une réalité des courses.
En dehors de l’hippisme, le football lui permet de décompresser. Il aime les rencontres, les plaisanteries et les moments avec ses proches. Sa plus grande source d’inspiration reste toutefois ses parents. Partis « tout en bas de l’échelle », ils ont travaillé dur pour lui offrir un meilleur avenir. « Ils m’ont appris la valeur du travail, mais aussi l’importance de rester humble », souligne-t-il. Il souhaite aujourd’hui les rendre fiers de ce qu’il construit.
Une passion à transmettre
Pour l’avenir des courses, il exprime des inquiétudes face au coût d’acquisition et d’entretien des chevaux, ainsi qu’à l’évolution du marché sud-africain, d’où proviennent de nombreux chevaux importés à Maurice.
Il préfère envisager ces enjeux comme un défi collectif. Il souhaite également mieux faire connaître les métiers et le travail réalisés en amont des réunions afin d’attirer davantage de jeunes. Il se réjouit d’ailleurs de voir une relève s’intéresser au sport.
Sur le plan personnel, il veut continuer à progresser dans l’analyse hippique. Aux jeunes qui souhaitent se lancer, il conseille de lire, d’observer, d’écouter les personnes expérimentées et d’accepter de commencer modestement.
« On peut vouloir réussir, se faire un nom et aller loin, tout en restant respectueux des autres et fidèle à ses valeurs », rappelle-t-il. Meghraj ne prétend pas tout savoir. Il veut rester accessible et fidèle à la passion qui l’accompagne depuis l’enfance. « Si, dans quelques années, des jeunes me disent qu’ils se sont intéressés aux courses grâce à une analyse que j’ai faite, ce sera une très belle récompense. »

