• Savin Teeha, l’ex Housekeeping Supervisor de Maradiva parachuté à l’office du Tourisme aux manettes
À plusieurs reprises l’année dernière, dans nos éditions du 24 novembre et du 1er décembre 2025, nous avons dénoncé dans ces colonnes les élans de générosité de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) envers l’agence Interface Tourisme. Cela à travers les excès de zèle de l’officier Savin Teeha, un proche de Bala Boodhun, respectivement ancien Officer-in-Charge, et d’Arvind Bundhun, ancien CEO de la MTPA, proche de la galaxie du MSM. Cet ancien Housekeeping Supervisor de l’hôtel Maradiva et ancien cadre du groupe Sofitel a grimpé les échelons à la Mauritius Tourism Promotion Authority de manière spectaculaire. Savin Teeha gérait des millions de roupies de billets gratuits pour l’organisme grâce à un accord avec Air Mauritius.
Ce qui avait poussé Avinash Teelock à porter l’affaire à la Financial Crimes Commission. Dans sa plainte, l’ex-CEO a cloué au pilori Savin Teeha, Bala Boodhun et Arvind Bundhun. Depuis, les langues se délient.
Un voyage intrigant
Un séjour en particulier nous intrigue. Il s’agirait d’un voyage pour deux couples vers notre île. Émis le 25 octobre 2024, les billets d’avion ont coûté Rs 140 906 aux contribuables mauriciens. Normalement, il aurait dû concerner un prix remporté par des gagnants d’un concours « Week-end mauricien en Bretagne ». Un concours dont on n’a jamais entendu parler ni vu la trace sur des chaînes comme M6, Voyage ou Tourisme et Découvertes. Rien de plus normal, car il s’agirait d’un prétexte bidon pour s’octroyer des faveurs de la MTPA. Certains estiment qu’un concours radio en Bretagne aurait été détourné afin de permettre à certains de se déclarer gagnants et de partir à l’île Maurice pour célébrer les 10 ans de mariage de l’un des couples.
Le pot aux roses a été découvert en scrutant les noms des soi-disant gagnants. On y retrouve comme bénéficiaires des billets : (i) COHEN ZARDI EP GHEZI / ALISON JOHANNA RACHEL MRS et GHEZI / SACHA FABIEN JOSEPH.
Or, Sacha Ghezi est directeur de clientèle chez Reworld Media, entreprise actionnaire chez Hopscotch Tourism France. Cette dernière a remplacé Interface Tourisme. Selon plusieurs sources proches du dossier, ce serait toujours Sacha Ghezi qui aurait mis en place, avec Hopscotch Tourism, un système de rétrocommissions pour gonfler les budgets marketing. Ainsi, Hopscotch Tourism serait payé deux fois : une première fois sur les honoraires et une seconde sur les budgets, sans que les clients en soient informés.
Quant à Alison Ghezi, épouse de Sacha Ghezi, elle est décrite comme PR and Influencer Director chez Hopscotch France. On s’interroge toutefois sur son influence réelle, alors qu’elle ne compte que 555 abonnés, 1 019 suivis et 169 publications sur son compte Instagram.
À propos de ce voyage, elle évoque « le souvenir d’une escapade de rêve à Maurice à vivre en amoureux ou en groupe ». Elle décrit : « Après avoir expérimenté l’activité en groupe, je l’ai testée en duo il y a quelques jours, un moment hors du temps des plus romantiques : balade en pirogue, découverte du monde sous-marin en snorkeling, rencontre surprise avec les dauphins, pique-nique sur une île seuls au monde, visite de l’île de la Passe et de l’île au Phare ». Avant de conclure : « Impossible d’imaginer meilleure escapade pour nos 10 ans de mariage. Merci à la best team ».
Voilà comment l’argent de la promotion touristique était géré sous l’ancien régime du MSM : des cadeaux et des largesses distribués à gauche et à droite, sans retombées réelles pour l’industrie. Durant plus d’une décennie, il semblerait qu’Arvind Bundhun aurait fermé les yeux sur ces pratiques.
Savin Teeha, simple officier, aurait ainsi commandité et distribué quelque 300 billets gratuits aux frais de l’Office du tourisme mauricien à des partenaires, mais surtout à des proches du MSM et des Jugnauth entre 2023 et novembre 2024. Les enquêteurs évoquent un montant total de Rs 18 millions. Il aurait agi sur des instructions « venant d’en haut » ou de « la kwizin ».
Allégation de 6 000 euros par mois pour Arvind Bundhun ?
Cette compagnie basée en France percevrait chaque mois 16 000 euros de la MTPA en tant que « retainer fee ». À cela s’ajoutent des paiements supplémentaires pour des missions spécifiques, notamment pour l’organisation de la participation mauricienne au Top Resa. Mais une partie de cet argent aurait, selon une employée de cette société, été reversée à un ancien directeur de la MTPA ainsi qu’à d’autres officiers disposant de pouvoirs décisionnels.

