Prithvirajsing Roopun : « Le MSM n’a pas encore dit son dernier mot »

ByRédaction

April 15, 2026

À l’heure où le Mouvement Socialiste Militant (MSM) célèbre ses 43 ans d’existence, les regards se tournent vers son avenir, dans un contexte politique marqué par une lourde défaite électorale et une absence relative de prises de parole de ses figures majeures.

Alors que les interrogations se multiplient sur la capacité du parti soleil à se reconstruire, Prithvirajsing Roopun, ancien Président de la République, figure fidèle du parti et témoin privilégié des péripéties du MSM de 1983 à ce jour, se livre dans un entretien rare/exclusif au Journal du Dimanche. Sans détour, il revient sur l’évolution du MSM et les dynamiques qui façonnent l’avenir du parti, tout en inscrivant sa réflexion dans un contexte plus large, celui d’un pays en mutation et d’un environnement international en pleine recomposition.

Le MSM célèbre ses 43 ans d’existence. Dans quel état se trouve aujourd’hui le parti selon vous ?

Je dois d’abord préciser que je ne fais plus partie des instances du MSM depuis 6ans déjà. Ma réflexion et commentaires en tant que citoyen n’engage que moi. Pour répondre à votre question, personne ne peut nier que pendant plus de quatre décennies, le MSM a laissé des traces indélébiles dans l’histoire politique, sociale et économique du pays. Aujourd’hui, le parti traverse certes une période difficile. Mais il faut voir cela comme une phase de transition plutôt qu’une fin.

Peut-on vraiment parler de simple transition après un 60-0 ?

Un 60-0 est toujours un choc. Pour la petite histoire, laissez-moi vous dire que moi-même et Pravind Jugnauth nous avons fait nos baptêmes de feu en politique en 1995 et nous avons déjà connu une telle défaite. La situation que nous vivons actuellement a beaucoup de similitude. On ne peut et ne doit surtout pas “write off” le MSM. Le parti a traversé les époques et continuera d’exister malgré les défis. Le MSM continue de peser dans les débats et dans l’opinion publique. De plus, à travers son Président, Joe Lesjongard qui assume un rôle constitutionnel en tant que Leader de l’Opposition représentant ainsi le MSM dans l’une des institutions les plus importantes de la démocratie.

Depuis cette défaite, le MSM est resté très discret. Comment expliquez-vous ce silence ?

Après une telle défaite, un temps de réflexion est naturel et nécessaire. Le silence ne doit pas être interprété comme de l’inaction. Reconstruire demande du temps et de la réflexion. Derrière ce silence, il y a un travail interne de dialogue. Dans ce contexte, je crois qu’il serait contre-productif d’étaler publiquement ses stratégies. C’est un moment de préparation plutôt que d’absence. Autant que je sache, le MSM a accepté avec humilité cette défaite et tiré les leçons et déjà pansé ses plaies. Après une période de rétrospection et de réflexion stratégique, il a déjà commencé à jeter les bases pour l’avenir. Ses dirigeants sont très actifs à travers les différentes instances du parti.

Certains y voient pourtant un manque de leadership…

Je pense qu’il faut nuancer. Une phase de réorganisation peut donner cette impression. Mais le leadership ne se mesure pas uniquement à la visibilité médiatique. Il s’exprime aussi dans la capacité à poser les bonnes bases, pour le moyen et long terme et préparer l’avenir de manière réfléchie.

Comment vous voyez l’avenir du MSM ? Peut-il encore revenir au pouvoir ?

Oui, absolument. En politique, il n’y a jamais de vide. Elle reste dynamique. Les circonstances évoluent. Le MSM a définitivement sa place. Il ne faut pas oublier non plus ce qu’il a réalisé pendant ces 43ans. Dans le débat public, on met souvent l’accent sur les manquements, et il est vrai qu’on reproche souvent le MSM pour son manque de communication. Pourtant, on ne peut occulter les réalisations importantes, tangibles et durables du MSM au commande. Donc, pour moi, le MSM n’a certainement pas dit son dernier mot. Il a perdu une bataille mais la guerre continue. L’histoire politique de notre pays montre d’ailleurs que tous les grands partis, le PTr, le MMM ou encore le MSM, ont connu des périodes très difficiles, parfois marquées par de lourdes défaites, avant de revenir sur le devant de la scène. Le PTr, par exemple, après ses défaites de 1982, 1991 et 2000, a su rebondir. Le MMM, quant à lui, a connu plusieurs longues traversées du désert.

Paul Bérenger a récemment évoqué le MSM de Sir Anerood Jugnauth. Quelle est votre lecture de ce commentaire ?

Le contexte est important. Paul Bérenger vient de sortir de l’Alliance du Changement dont il n’est pas satisfait. Son parti traverse des tensions internes. Son avenir même est incertain. Ses propos peuvent s’inscrire dans une volonté d’anticiper les interrogations et de dissiper certaines spéculations. Il n’aurait pas pu en être autrement surtout après tous ses récentes critiques envers Pravind Jugnauth.  Il est vrai que Sir Anerood Jugnauth et Pravind Jugnauth ont chacun leur propre style : l’un plus impulsif, l’autre plus mesuré et pondéré. Ces différences ont façonné l’évolution du parti et influencé sa trajectoire politique. Les points de vue extérieurs peuvent être utiles lorsqu’ils sont constructifs, mais ils ne doivent pas occulter la réalité politique.

Mais il a aussi répété qu’il fallait “barer la route” au MSM et ne pas le laisser “lever la tête”…

Je pense qu’il y a ici une situation très intéressante sur le plan politique. 15 mois de cela, le souci principal de Bérenger était de faire partir le MSM du pouvoir, maintenant son objectif central c’est de ‘barer la route’ au MSM comme il dit, mais en insistant autant sur la nécessité de ne pas laisser le MSM de ‘lever la tête’, c’est finalement un aveu de taille. Il reconnaît en réalité la désillusion et l’impopularité de l’alliance du changement et paradoxalement la force et l’influence persistante du MSM. Ce type de déclaration montre que le MSM reste un acteur central dans le paysage politique. Et cette attention médiatique et politique crée une opportunité. Elle rappelle à l’électorat que le MSM continue d’exister et qu’elle croit en la capacité du MSM à rebondir.

Dans un autre volet, votre nomination comme Président, à quoi l’attribuez-vous ?

À une certaine consistance. J’ai toujours maintenu une ligne de conduite claire, que ce soit dans mon parcours professionnel aussi bien que politique. Cette stabilité et consistance a forgé ma réputation et m’a aussi permis d’assurer une présidence sérieuse et respectueuse des institutions. Mon approche a toujours été de privilégier la discrétion et la prudence, plutôt que l’agitation ou la recherche de popularité. Je peux aussi affirmer, en toute humilité, que j’ai fait un parcours sans faute dans ma vie professionnel et politique. Ce qui m’a permis d’arriver à occuper un poste au sommet de l’Etat.

Quel bilan faites-vous de votre mandat ?

Mon mandat a été exigeant, notamment avec la pandémie, qui a bouleversé les équilibres économiques et sociaux. Il y a eu aussi d’autres défis importants mais j’ai toujours agi avec prudence, sérénité et discernement, et cela dans le respect de la Constitution. Cinq ans à la présidence, c’est beaucoup plus qu’une fonction symbolique. C’est une responsabilité de veiller à l’intégrité et à la cohésion du pays.  

J’ai mené mon mandat de cinq ans à son terme sans incident, dans le strict respect des institutions et des procédures. Par le passé, certaines transitions au sommet de l’État ont été plus complexes, voire tumultueuses. Chacun a son style. J’assume pleinement le mien.

« Je suis en retrait, mais pas à la retraite. »

Cela fait maintenant plus d’un an que vous n’êtes plus président. Quel est votre rôle aujourd’hui ?

Comme je le dit à tout le monde qui me le demande, je suis en retrait, mais pas à la retraite. Je réponds présent lorsqu’on me sollicite que ce soit à Maurice ou à l’étranger. Pendant l’année écoulée, j’ai participé à plusieurs évènements diplomatiques, culturels et institutionnels. Je rencontre aussi plusieurs personnes de divers secteurs pour partager nos idées sur des sujets importants. Je continue à suivre l’actualité, à lire et à m’informer sur les évolutions nationales et internationales.

Je suis également membre de l’Africa Forum – Forum for Former African Heads of State and Government.  Ce forum rassemble d’anciens chefs d’État africains qui mettent à profit leur expérience, leur autorité morale et leurs réseaux pour promouvoir le développement du continent.

Quel regard portez-vous sur la situation actuelle du pays ?

Les enjeux sont nombreux, tant sur le plan économique que sociétal.  Je suis très concerné par cette montée préoccupante de différentes formes de violence, violence verbale sur les réseaux sociaux, agressivité sur les routes, violences domestiques, mais aussi des actes d’agression de plus en plus choquants.

À cela s’ajoutent les défis du changement climatique et à l’intelligence artificielle qui transforment nos vies. Il est essentiel d’y répondre avec sérieux et responsabilité, en combinant croissance, équité et stabilité sociale. Les leaders doivent comprendre les préoccupations des citoyens et travailler pour des solutions durables.

Et sur le plan international ?

Le monde est en pleine mutation, et ces transformations s’accélèrent. Nous sommes passés d’un ordre unipolaire à un monde de plus en plus multipolaire, marqué par d’importants réajustements géopolitiques et l’émergence de nouvelles puissances. Par ailleurs, avec le vieillissement de certaines sociétés, l’Afrique représente une formidable opportunité. Dans ce contexte, Maurice doit être beaucoup plus présent à l’échelle mondiale et envisager son avenir avec une vision plus régionale, continentale et globale.

Il est essentiel de consolider nos relations avec nos partenaires traditionnels, tout en maintenant des liens étroits avec des acteurs majeurs comme l’Inde et la Chine. Maurice doit ainsi être capable de s’adapter, de saisir les opportunités et d’anticiper les risques.

Un retour en politique est-il envisagé ?

Ce n’est pas à l’ordre du jour et non plus dans mon agenda. Je pense que l’on peut servir son pays de différentes manières.

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