Son nom est le plus cité pour être la prochaine Deputy Prime Minister. Une première dans les annales pour une femme, mais aussi une juste récompense. Arianne Navarre Marie est, à coup sûr, un modèle de persévérance. Une inspiration pour dire à chaque petite fille du pays que le rêve est permis, à condition de travailler dur pour atteindre ses objectifs. Surtout pour celles qui ne sont pas nées avec une cuillère en or dans la bouche ou un patronyme ronflant, qui assurent généralement des lendemains meilleurs avant même de voir la lumière du jour.
La ministre de l’Égalité des Genres est l’une de ces battantes qui a réussi grâce à son courage hors norme. « Line bien mange coup », lâche un vieux militant, rappelant les débats houleux qu’elle avait eus au bureau politique mauve avec une autre membre, une novice, qui, un temps, avait la main haute sur tout. Car l’adversité, elle connaît, et cela ne lui fait pas peur. Elle y forge son caractère. Ce qui ferait frémir une autre personne, elle, ça lui plaît. Arianne Navarre Marie est en terrain conquis. Elle appelle cela « chez elle », un peu comme Rambo dans la jungle, parmi les siens.
Il y a une quinzaine d’années, à la chapelle Bon Pasteur à Baie-du-Tombeau, elle intervenait aux côtés de deux habitants de l’ex-Dockers Flat sur leur cheminement respectif. Le premier n’est plus de ce monde et s’occupait de la détresse dans un centre de solidarité pour les toxicomanes. La seconde était l’une de ces voisines devenue religieuse et qui œuvre aujourd’hui dans l’éducation confessionnelle des enfants aux Seychelles. Chacun a évoqué son parcours comme un accomplissement personnel. Bien qu’étant déjà députée et membre du Parlement à ce moment, Arianne Navarre-Marie n’avait pas la grosse tête lorsqu’elle a parlé de son parcours. Ce qui avait, à l’époque, mis tout le monde à l’aise.
Un dévouement au militantisme
Elle est née pour le combat et le militantisme et n’a jamais tergiversé sur ce point. Ce ne sont pas les postes d’élue — Junior Minister, ministre, conseillère municipale ou députée — qui la motivent. Arianne Navarre Marie porte cet engagement en elle. Ses parents sont des déportés de l’archipel des Chagos. Son père, stevedore de son état, était un meneur d’hommes dans la lutte syndicale au sein de la Port-Louis Harbour and Docks Workers Union, jadis le plus grand représentant des travailleurs du secteur portuaire.
Engagée socialement
À l’âge de 15 ans, encore étudiante au collège Bhujoharry après des études primaires à l’école gouvernementale de Baie-du-Tombeau, elle aide les plus jeunes de Roche-Bois à apprendre leurs leçons et à pratiquer du sport. « Parmi ceux qui faisaient partie de notre groupe se trouvait un certain Joseph Reginald Topize, qui est devenu par la suite Kaya », raconte-t-elle. Elle s’adonne ensuite au scoutisme et devient cheftaine des louveteaux, où elle rencontre son futur mari, Yvon. Par la suite, elle découvre le MMM à travers Sylvio Michel et l’Organisation fraternelle, ce qui l’amène à rencontrer Paul Bérenger avant de devenir, en 1982, la plus jeune élue du Parlement lors du premier 60-0. L’histoire retiendra qu’elle est la seule femme à avoir participé à tous les 60-0 du pays, soit en 1982, 1995 et 2024, à l’occasion des élections générales.
Respectueuse des lignes politiques, elle n’évoque jamais les débats houleux au sein du Bureau politique du MMM ou du Conseil des ministres dont elle fait partie, même lorsque les médias la sollicitent. Elle ne franchit pas les lignes rouges. Ce qui explique le choix de la placer comme numéro 2 du gouvernement. Car le Premier ministre doit pouvoir lui accorder une confiance absolue.
Un atout stratégique
Sa nomination réglerait deux enjeux immédiats. D’abord, un rééquilibrage ethnique à travers la présence d’un élément de la communauté créole, qui a largement soutenu l’alliance du Changement en novembre 2024. Ensuite, elle renforcerait la vision du gouvernement pour l’émancipation des femmes en politique. Le Parti travailliste ajouterait ainsi une nouvelle corde à son arc après avoir nommé la première femme ministre, Radhamaney Poonoosamy en 1975, puis la première femme Vice-Présidente de la République, Monique Oshan Bellepeau. De plus, la loi sur la protection contre la violence domestique a été promulguée sous le mandat de la ministre travailliste Indira Seebun (Sidaya).
Pouvoir être à la hauteur
Un média affirme qu’Arianne Navarre-Marie, en tant que ministre de l’Égalité des genres et du bien-être de la famille, s’est imposée comme une figure incontournable dans la structuration des politiques publiques en faveur des femmes. Elle a contribué à la mise en place de plusieurs lois et dispositifs visant à renforcer leur protection et leur autonomisation. Son expérience gouvernementale et sa connaissance des rouages institutionnels constituent des atouts indéniables pour un poste aussi stratégique.
« Quelle que soit la responsabilité que le Premier ministre me confiera, je pense pouvoir être à la hauteur et je le ferai par devoir envers le peuple », a-t-elle déclaré aux journalistes mercredi dernier, à l’issue du lancement du projet Green Club au Camp-Laboue Women Empowerment Centre, à Terre-Rouge.
Une perfectionniste au cœur humain
Mariée à Yvon depuis 42 ans, elle est mère de Magalie, 36 ans, qui vit à Londres, et de Jean-David, 40 ans, employé dans le secteur privé à Maurice. Ancienne enseignante et journaliste (à Business Mag et à Le Militant), elle est titulaire d’une licence en économie et d’un diplôme en administration. Simple mais élégante dans sa démarche, elle demeure une femme forte dans l’action et ne se laisse jamais marcher sur les pieds. Passionnée de lecture, de biographies, d’histoires vécues et de films historiques, elle reste profondément attachée au combat pour le peuple chagossien, malgré les divisions récentes. Son père, homme fort du port, s’était évanoui lorsqu’il avait foulé les Chagos en 2006. Il ne s’en est jamais remis jusqu’à sa mort en 2014, quelques jours avant les élections générales.
Une perfectionniste dans l’âme
Marquée par les combats de la vie, « Arianne est extrêmement stricte. Na pas badine ek li. Elle peut être très exigeante, tant avec elle-même qu’avec les autres. Elle gère la famille d’une main de maître, poussée par son perfectionnisme », explique Yvon. Selon son mari, « elle possède un cœur immense. Toujours prête à tendre la main, elle est sincère, intègre et d’une rare humanité. Sa foi et ses convictions en font une personne profondément bienveillante. »
Des qualités qui lui seront précieuses dans ses nouvelles fonctions.

