L’heure des choix… et de la solidarité réelle

ByRédaction

May 6, 2026

Dans un monde secoué par les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, l’onde de choc ne s’arrête pas aux frontières. À Maurice, elle se traduit déjà par une pression accrue sur les prix, une incertitude économique persistante et un pouvoir d’achat qui s’effrite. Le Premier ministre Navin Ramgoolam ne s’y trompe pas : préparer un budget dans un tel contexte relève d’un exercice d’équilibriste.

La question mérite d’être posée sans détour : comment concilier rigueur économique et justice sociale quand les marges de manœuvre se réduisent ? Le chef du gouvernement l’a reconnu lui-même : « Croyez-vous que c’est facile de faire un budget dans cette situation ? » Une interrogation lourde de sens, qui traduit l’ampleur du défi.

Sur le terrain, la réalité est brutale. Les Mauriciens peinent à joindre les deux bouts. La flambée des prix des produits de base, combinée à des revenus stagnants, crée un sentiment d’asphyxie. Et ce malaise ne se limite pas aux ménages. Même dans les rangs politiques, les difficultés à défendre certaines orientations deviennent visibles. Le député Eshan Juman l’a laissé entendre sur les ondes de Radio One : si la situation perdure, les conséquences politiques pourraient être sévères pour l’alliance au pouvoir.

Dans ce climat, l’appel à la solidarité lancé par le vicaire général Georgy Kenny résonne comme un rappel à l’ordre moral. Mais au-delà des mots, c’est l’action qui est attendue. Une solidarité « de tout bord », certes, mais surtout une solidarité qui commence au sommet. Car dans les périodes de crise, l’exemplarité devient une exigence.

Faut-il alors se résoudre à une politique de « serre-ceinture » généralisée ? Peut-être. Mais encore faut-il que cet effort soit équitablement réparti. L’histoire économique regorge d’exemples où les ajustements ont pesé disproportionnellement sur les plus vulnérables. Maurice ne peut se permettre de répéter ces erreurs.

Des pistes existent pourtant. L’agriculture doit être repensée pour renforcer la sécurité alimentaire. La pêche et l’économie bleue offrent des leviers encore sous-exploités. L’innovation et la transformation industrielle peuvent également jouer un rôle clé dans la création de valeur locale. En somme, il ne s’agit pas seulement de gérer la crise, mais de préparer l’après.

Comme le disait John Maynard Keynes: « La difficulté ne réside pas dans les idées nouvelles, mais dans le fait d’échapper aux anciennes. » Maurice est aujourd’hui à ce carrefour. Car à l’opposé, des économistes comme Milton Friedman rappellent que l’excès de dépenses publiques peut alimenter l’inflation et aggraver les déséquilibres. Dans un contexte où les prix sont déjà sous tension, une relance mal calibrée pourrait se retourner contre ceux qu’elle cherche à protéger.

Le prochain budget ne sera pas qu’un document financier. Il sera un test de crédibilité, une boussole pour une nation en quête de stabilité. Entre contraintes globales et attentes locales, le gouvernement devra trancher, arbitrer, et surtout convaincre.

Mais une chose est certaine : sans une solidarité réelle, concrète et partagée, aucun ajustement budgétaire ne suffira à apaiser les tensions. L’heure n’est plus aux discours. Elle est aux décisions courageuses.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *