Rajesh Bhagwan : « Navin Ramgoolam n’est ni communaliste, ni sectaire, ni raciste »

ByRédaction

September 21, 2026

À 57 ans, le MMM aborde un nouveau chapitre de son histoire. Dans cet entretien, Rajesh Bhagwan revient sur le départ de Paul Bérenger, les secousses qui ont suivi et les défis qui attendent les Mauves. À 78 ans, le secrétaire général parle sans détour de leadership, de fidélité au gouvernement, de relève et de son propre avenir politique.

Le MMM souffle ses 57 bougies. Comment comptez-vous marquer ce rendez-vous avec les militants ? 

Le MMM se prépare activement pour ses 57 ans. Le thème est « Hier, aujourd’hui, demain. Devoir et responsabilité ». C’est important pour nous parce qu’il faut rappeler l’histoire du parti, rendre hommage à ceux qui ont contribué à son parcours et regarder également vers l’avenir. Nous allons célébrer cet anniversaire avec nos militants. Ce n’est pas uniquement une célébration symbolique. C’est aussi l’occasion de rappeler tout ce que le MMM a représenté dans l’histoire politique de Maurice.

À 57 ans, la question du leadership ne devrait-elle pas justement être évoquée ?

Pas à cette occasion. Les 57 ans du MMM doivent avant tout servir à rendre hommage à ceux qui ont construit le parti. Le MMM, c’est un livre avec plusieurs chapitres  syndical, municipal, parlementaire  écrits par des générations de militants. Après 43 ans comme député, j’en ai vécu plusieurs. Quant au leadership, l’avenir tranchera. Pour l’heure, notre priorité est de travailler.

« La contribution de Paul Bérenger à l’histoire du MMM est immense et restera indélébile »

Certains se demandent aujourd’hui comment écrire le prochain chapitre du MMM après le départ de Paul Bérenger. Comment voyez-vous cette nouvelle étape ?

Il faut regarder devant nous. Paul Bérenger a une contribution énorme dans l’histoire du MMM. C’est quelque chose qu’on ne peut pas effacer. Mais aujourd’hui, Paul a créé son parti et nous, au MMM, nous regardons plus loin. Ce qui est important, c’est de continuer notre travail et de rester proches de nos militants. Nous ne voulons pas profiter de la calomnie contre qui que ce soit. Nous devons rester avec tout le monde dans le gouvernement et continuer à travailler. L’avenir dira tout.

On dit que vos rapports avec Paul Bérenger sont plus chaleureux qu’avec Joanna Bérenger. Est-ce une perception qui correspond à la réalité ?

Je ne vais pas entrer dans ces débats. Nous allons voir ce qui va arriver plus loin.

Est-il vrai que de nombreux militants du MMM ont suivi Paul Bérenger au sein du FPM ?

Il n’y en a pas beaucoup. Je ne suis pas quelqu’un qui fait de la politique sur les cassures au sein du MMM. Dans les différentes cassures qu’a connues le parti, certains sont restés et certains sont partis. Nous avons été traités de tous les noms. On nous a appelés « vendeurs », « Judas » et bien d’autres choses. Mais aujourd’hui, nos militants sont présents aux quatre coins de l’île. Nos comités régionaux existent.  Le Comité central se réunit. Le parti fonctionne. Nous sommes respectés au sein du gouvernement. Nous sommes en train de nous mobiliser pour le congrès. Nous faisons le tour des circonscriptions. Nous allons sur le terrain. Nous n’avons pas peur.

Mais il y a bien des militants qui ont suivi Paul Bérenger dans certaines circonscriptions…

Oui, certains militants ont suivi Paul dans plusieurs circonscriptions, c’est une réalité. Mais nous ne sommes pas en compétition avec lui. Le drapeau mauve flotte toujours à travers le pays et notre base est bien présente. Nous sommes mobilisés, nous recrutons et nous continuons à travailler.

Paul Bérenger reste néanmoins une figure historique du MMM. Est-ce que son départ peut être considéré comme une perte importante pour le parti ?

Paul a une contribution énorme à l’histoire du MMM. C’est quelque chose qu’on ne peut pas effacer. Mais l’histoire du MMM ne peut pas être réduite à une seule personne. Il y a eu beaucoup de combattants. Beaucoup de personnes ont contribué.

L’histoire parle aussi de Sir Seewoosagur Ramgoolam et de plusieurs autres personnalités. Chacun a sa place dans l’histoire. Il ne faut pas simplement prendre une photo et ensuite dire que cette photo représente tout le combat.

« Si nous avons choisi de rester au gouvernement, c’est avant tout par fidélité envers nos militants.

Pourquoi le MMM a-t-il choisi de rester au gouvernement alors que certains militants auraient préféré une autre stratégie ?

Nous ne sommes pas restés au gouvernement pour occuper des fauteuils. Notre choix, c’est aussi celui de la fidélité envers ces militants qui, depuis 2005, ont traversé de longues années dans l’opposition sans jamais abandonner le parti. J’ai déjà été ministre et, à mon âge, mes priorités sont ailleurs. Aujourd’hui, il faut penser à l’avenir, travailler collectivement et avancer sans entrer en compétition avec qui que ce soit.

Comment le MMM réagit-il à l’affaire des bandes sonores et à la démission de Jean Karl Elysée ?

Il y a des institutions qui font leur travail. Dans la vie, j’ai toujours dit que les personnes qui sont nommées politiquement doivent assumer leurs responsabilités. Le Premier ministre a dit que ceux qui ont fauté doivent payer. Il y a des institutions dans le pays. Il faut les laisser faire leur travail.

Vous dénonciez autrefois les salaires de certains nominés politiques. Pourquoi le MMM est-il aujourd’hui plus discret sur ce sujet ?

Je ne vais pas commenter sur la base de rumeurs. Les questions doivent être posées au Parlement et les réponses données sur des faits. J’ai déjà dénoncé certaines nominations par le passé et je l’assume. Mais une rémunération doit aussi être jugée en fonction des responsabilités et des résultats.

« Il y a clairement des personnes qui cherchent à mettre des bâtons dans les roues du gouvernement. »

Pour vous, le débat politique doit donc rester sur le terrain des faits plutôt que des attaques personnelles ?

Exactement. Je suis dans la politique depuis longtemps. J’ai fait dix élections et je ne suis pas un « faiseur ». J’ai encore une popularité et je continue à travailler sur le terrain. Entre deux réunions, je peux aller faire une réunion dans une circonscription. Nous savons tous qu’il y a des personnes qui mettent des bâtons dans les roues du gouvernement. Certains disent qu’il faut mettre un « gilet roche ». Moi, je n’ai pas besoin de cela.

Vous avez souvent été très critique envers les gouvernements précédents. Comment expliquez-vous que vous défendiez aujourd’hui certains choix du gouvernement ?

Je regarde les choses selon les faits. Je n’ai jamais eu peur de personne. Je n’ai jamais été dans les Casernes centrales, au CCID ou à l’ICAC pour des affaires liées à des abus d’argent. Je suis fier aujourd’hui de pouvoir dire que je n’ai pas abusé du système. J’ai eu une voiture ministérielle. Je prenais la voiture du pool de la police. Je n’ai pas pris de voyages abusifs. Je n’ai jamais fait d’excès lorsque je suis devenu ministre. Je suis un militant.

Dans la circonscription n°20, vous avez toujours été une figure dominante. L’éventuelle montée de Roshi Bhadain ne représente-t-elle pas une menace pour votre héritage ?

Non. Roshi Bhadain m’a déjà affronté à deux reprises et, à chaque fois, les électeurs ont tranché. Aujourd’hui, il n’y a pas d’élection, donc chacun poursuit son chemin. À 78 ans, je reste pleinement présent dans ma circonscription. Comme je le dis souvent : « Gold never gets old. » Mais je suis aussi conscient qu’il faut préparer l’avenir. La relève est déjà en marche avec des personnes qui travaillent à mes côtés depuis des années.

Avez-vous déjà identifié ces visages?

Oui, nous avons des personnes qui font leurs preuves sur le terrain. Karen Foo Kune-Bacha en fait partie, aux côtés de nombreux militants engagés. Nous avons aussi été très attristés par le départ de Franco Quirin. C’est un camarade que nous aurions souhaité voir poursuivre le chemin avec nous.

Paul Bérenger affirme qu’il compte réunir ses délégués et qu’il ne s’agit pas d’un « bazar de Rajesh Bhagwan ». Que lui répondez-vous ?

Il y a eu une mauvaise compréhension de ce qu’est l’assemblée des délégués. Ce sont les délégués du parti. C’est tout. Dimanche 27, nous allons célébrer l’anniversaire du MMM avec les militants. Pour le reste, l’avenir dira tout.

Avec le recul, referiez-vous les mêmes choix depuis les dernières élections ?

Oui, nous les assumons. Arianne Navarre-Marie occupe aujourd’hui les fonctions de Deputy Prime Minister et a déjà assuré l’intérim comme Première ministre. Pour nous, c’est une source de fierté. Nous regardons désormais devant et continuons à avancer.

Vous êtes à 78 ans, après dix élections. Qu’est-ce qui vous pousse encore à vous battre politiquement ?

Aussi longtemps que Bondié pou donne moi courage, mo pou laguerre pou le mauve et le cœur. Je vais continuer à me battre pour le MMM et pour les militants. Nous verrons ce que l’avenir nous réserve.

« Gouverner, c’est aussi avoir le courage de prendre des décisions difficiles plutôt que de céder à la facilité. »

Vous avez également défendu certains choix économiques du gouvernement dans un contexte difficile. Comment analysez-vous la situation actuelle ?

Dans toute montée, il y a une descente. Il faut regarder le contexte dans lequel nous sommes. S’il n’y avait pas eu la guerre du Golfe, le Premier ministre aurait pu faire de la démagogie et imprimer de l’argent, mais il a choisi un chemin plus difficile. Nous traversons des difficultés en raison notamment du contexte international et de la guerre.

Vous estimez donc que le gouvernement doit avoir le courage de prendre des décisions difficiles ?

Oui. Il faut parfois prendre des décisions difficiles plutôt que de choisir la facilité. Les Mauriciens doivent comprendre le contexte dans lequel certaines décisions sont prises.

Quel regard portez-vous sur Navin Ramgoolam aujourd’hui ?

Au moins, Navin Ramgoolam n’est pas un communaliste, un sectaire ou un raciste. Comme tout être humain, il a ses défauts et ses qualités. Il faut également regarder d’où nous venons. Il y a des gens qui oublient où il a amené le pays. Le MSM essaie aujourd’hui d’effacer certaines choses. Des personnes qui ont été associées à des affaires de fraude et de corruption sont aujourd’hui confrontées à la justice.

Et la question des pensions, qui reste une source d’inquiétude ?

On avait déjà dit que les pensions n’étaient pas soutenables. Le moment viendra où nous allons récolter les conséquences de certaines décisions. Il faut regarder la réalité en face.

Qu’est-ce qui vous fait croire que le MMM conservera un poids important aux prochaines élections ?

Notre force, c’est le terrain. Nous continuons à mobiliser nos militants, à renforcer nos structures et à parcourir les circonscriptions. Nous avançons sans peur et avec la conviction que le MMM aura encore un rôle à jouer lors des prochaines élections.

Quel avenir imaginez-vous pour le MMM après 57 ans d’histoire ?

Le MMM a traversé des épreuves et des cassures, mais il est toujours debout. Maintenant, il faut préparer la relève, rester proches des militants et regarder devant. Nous avons choisi notre chemin et nous continuerons à travailler.