90 ans de combats, de fidélité et de résistance : le Parti Travailliste face aux tempêtes de l’histoire

ByRédaction

February 24, 2026

Le Parti Travailliste ne pouvait pas rêver de meilleur moment pour célébrer ses 90 ans. Il est au pouvoir après avoir délivré le pays du mal que représentait le MSM et ses associés. C’est d’ailleurs ce sang de libérateur qui est devenu l’ADN du parti depuis sa création jusqu’à ce jour. Tout le système de l’État providence, soit les aides sociales, l’éducation et la santé gratuites, est l’œuvre du Parti Travailliste. Le 90e printemps sera célébré en grande pompe le 26 février prochain en raison du déplacement du Premier ministre en Inde actuellement. Le PTR a été fondé le 23 février 1936. Pour marquer d’une pierre blanche cette date, plusieurs activités, dont un congrès anniversaire à Octave Wiéhé à Réduit et un dépôt de gerbes, sont prévues pour célébrer cet événement en grande pompe.

Fidélité et trahisons : les leçons de l’histoire

Comme à chaque fois que les rouges sont au pouvoir, des pseudos historiens ou pseudos diehards se manifestent pour chanter les louanges du parti. Mais ils étaient ceux-là qui avaient trahi la formation dans les moments de vaches maigres, préférant souvent se porter candidats sous d’autres bannières ou soutenir d’autres formations au détriment du PTR.

Feu Fritz Thomas, ancien lord-maire de la capitale et syndicaliste respecté, un travailliste pur-sang, en sait quelque chose. On se souvient de son discours lors du dévoilement de la statue de Sir Satcam Boolell à la Place d’Armes le 11 septembre 2008. Ce jour-là, il avait rappelé une anecdote intéressante qui avait été reprise par le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, dans son discours. Fritz Thomas avait raconté comment, au lendemain d’une débâcle électorale, le parti n’avait pu réunir que 50 personnes lors d’un 1er mai pour un rassemblement traditionnel. Inquiet, il avait demandé à feu Sir Satcam ce qui se passait. Ce dernier lui répondit : « Fritz, là péna dimiel akoz nou pas dan pouvoir ».

Les vrais diehards, piliers du Parti

Or, dans les faits, ce ne sont pas les partisans volages qui ont permis au PTr de tenir contre vents et marées depuis 1936, mais la force, le courage et la détermination de ses vrais diehards, ces incontournables qui chantent « chabi, chabi » et pour qui le parti passe avant leurs préoccupations premières. Ils se souviennent de chaque lutte, des moments difficiles, mais ils n’ont jamais baissé les bras. Pas pour quelques faveurs, pas pour quelques sous ou pour quelques contrats. Plusieurs d’entre eux se reconnaîtront pour avoir tenu la dragée haute. D’autres vont honteusement passer à la page suivante. Mais ils ne devraient pas se dire travaillistes. Poursuivons ensemble la lecture de l’accomplissement du Parti Travailliste, qui reste une leçon importante de la vie.

Récemment, le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, s’était plaint que la belle histoire de feu Sir Seewoosagur Ramgoolam n’est pas suffisamment enseignée aux jeunes dans les institutions scolaires, alors que c’est ce dernier qui a ouvert les portes des instances à tous les Mauriciens indistinctement pour leur émancipation dans la vie.

Naissance dans la lutte ouvrière

Ce qui a façonné le Parti Travailliste, c’est qu’il a pris naissance dans la lutte ouvrière. Fondé en 1936, le PTr, sous la férule de Maurice Curé, Emmanuel Anquetil, Pandit Sahadeo, Guy Rozemont, avec des compagnons de lutte comme Jean Prosper, Mamode Assenjee, Hassenjee Jeetoo, Barthelemy Ohsan, Samuel Barbe, Godefroy Moutia, va sillonner le pays, dénonçant les conditions déplorables des travailleurs et du petit peuple dans la colonie. D’autres noms seront associés à cette lutte comme Aunath Beejadhur, Aunath Jomadhar, Dr Regis Chaperon, Dr Emilien, Sir Guy Forget.

En 1937, des incidents dramatiques vont éclater à Union Flacq au cours d’une action industrielle initiée par des laboureurs et des petits planteurs. Plusieurs laboureurs seront abattus, parmi lesquels Anjalay Coopen. Ce fut le début d’une grande agitation sociale, voire d’un soulèvement des travailleurs à travers l’île. Le gouvernement colonial prit des sanctions en vue de mettre un terme à ces agitations. La résidence de Maurice Curé fut mise sous surveillance alors qu’Emmanuel Anquetil dut s’exiler à Rodrigues.

Le combat historique du 1er Mai

Comment oublier le discours important de Guy Rozemont pour que le 1er mai devienne congé public malgré une farouche résistance des élus de l’oligarchie sucrière ? En 1938, la première célébration du 1er Mai est organisée par le Dr Maurice Curé et le PTr. Une foule de 35 000 personnes issues à la fois des villes et de la campagne y assiste. Un an plus tard, en 1939, le Dr Curé demande que la date du 1er mai soit déclarée jour férié, mais il faudra attendre que la motion de Guy Rozemont soit adoptée par le Conseil législatif en 1949 pour que celle-ci devienne effectivement un congé public.

Sous le leadership de feu Sir Seewoosagur Ramgoolam, le PTr a joué un rôle de premier plan dans l’accession du pays à l’indépendance, mais aussi dans la création et la consolidation de l’État providence, que ce soit pour les allocations sociales, la santé ou l’éducation.

Modernisme et gouvernance renforcée

Sous Navin Ramgoolam, c’est le virage vers le modernisme sans oublier l’ADN des rouges. Le port et l’aéroport connaissent un développement sans précédent. Plusieurs institutions renforcent la gouvernance du pays dans sa lutte contre la corruption. Le PTr demeure, près de 90 ans après sa fondation, un pilier central de la vie politique mauricienne. C’est une bête politique qui n’a jamais baissé les bras devant l’adversaire. Il compte deux 60-0 à son actif, soit en 1995 et en 2024. Le Dr Navin Ramgoolam a toujours gardé la tête haute malgré des complots menant à son arrestation à plusieurs reprises sous l’ancien régime du MSM. Sous sa tutelle, le pays respire mieux. Il n’y a pas d’arrestations arbitraires ni de « drug planting ». Les citoyens vivent plus librement et mieux.

Dans les instances internationales, le pays est respecté. Le Dr Navin Ramgoolam vient d’être chaleureusement accueilli par son homologue Sri Narendra Modi lors de l’AI Impact Summit à New Delhi. Plus tôt cette année, il a reçu avec honneurs le président français Emmanuel Macron. Sur le plan régional, il a rétabli la place mauricienne au sein des institutions comme la Southern African Development Community (SADC), l’Union africaine ou la Commission de l’océan Indien. Aujourd’hui, la rétrocession de l’archipel des Chagos demeure sa priorité.

L’héritage de Guy Rozemont

En 2011, lors du lancement de la biographie de l’ancien président du PTR, « Guy Rozemont : Le défenseur des plus démunis », le Dr Ramgoolam avait déclaré : « L’engagement de Guy Rozemont reflète la culture du PTr en faveur de la justice sociale ».

Le chef du gouvernement s’était longuement étendu sur ses lointains souvenirs de Guy Rozemont rendant visite à son père à leur domicile à Port-Louis. Il avait également fait ressortir l’engagement de l’illustre président du PTr dans la lutte syndicale et contre la classe dominante. Il avait aussi dit que les adversaires politiques de Guy Rozemont associaient souvent ce dernier à l’alcool, n’hésitant pas à le qualifier de soulard. Ce qui n’empêcha pas le principal intéressé de se faire photographier avec une barrique de vin sous le bras portant l’inscription « mo ene soulard mais mo gagn droit représente ou ». Ces affiches furent placardées à travers le pays lors d’une campagne électorale. Il avait souligné que malgré les attaques à son encontre, Guy Rozemont est demeuré fidèle à ses convictions en menant une lutte acharnée contre ceux qui infligeaient des injustices terribles aux travailleurs de l’époque. Il a indiqué qu’il s’est toujours rangé aux côtés des plus démunis, même dans les moments les plus difficiles.

« Nous sommes le nombre, donc la force »

« Seul un Parti travailliste bien organisé, s’appuyant comme il se doit sur le nombre ayant des intérêts communs bien nets, peut s’opposer au parti capitaliste et obtenir de lui le respect de ses droits… le droit de vote doit être réorganisé pour permettre l’élection de ses représentants. » Ces paroles sont celles du Dr Maurice Curé en février 1936, qui disait s’adresser « à ceux que l’égoïsme n’aveugle pas, ceux qui ne sont pas insensibles au tableau de la misère engendrée par le chômage, la maladie », avant de conclure par ces mots : « J’ai tracé la voie du peuple. Nous sommes le nombre, donc la force. Sachons vouloir ! »

Une succession de leaders emblématiques

• 1936-1941 : Docteur Maurice Curé
• 1941-1946 : Emmanuel Anquetil
• 1946-1956 : Guy Rozemont
• 1956-1958 : Renganaden Seeneevassen
• 1959-1984 : Sir Seewoosagur Ramgoolam
• 1984-1991 : Sir Satcam Boolell
• Depuis 1991 : Dr Navin Ramgoolam