Édito : Bérenger joue déjà la montre… et le pouvoir

ByRédaction

May 11, 2026

À peine lancé, le Fron Militan Progresis regarde déjà au-delà de l’instant. À Vacoas, Paul Bérenger n’a pas seulement officialisé un nouveau parti. Il a donné un aperçu de ce qui ressemble à une feuille de route vers le pouvoir. Et surtout, un calendrier mental : trois ans.

Trois ans pour reconstruire, fédérer, convaincre… et gouverner. Car derrière le discours de continuité idéologique, une réalité s’impose : Bérenger ne se contente pas de rebâtir une structure politique. Il projette déjà un gouvernement. Les mots sont à peine voilés : « mo deza ena en tête kisanla ». Premier ministre, ministre des Finances, Attorney General… les pièces du puzzle semblent déjà en train d’être placées. C’est là que se joue toute la subtilité et peut-être toute la fragilité de cette nouvelle aventure politique.

Bérenger avance avec une logique de stratège. Il ne part pas à la conquête du pouvoir à l’aveugle. Il prépare le terrain. Il construit une équipe. Il teste des profils. Il sonde des alliances. Dans les coulisses, les discussions s’intensifient. Des noms circulent. Des figures économiques sont approchées. On parle de rencontres, notamment avec Madan Dulloo, mais aussi d’échanges discrets avec des acteurs influents du secteur financier.

Le message est clair : le futur gouvernement ne sera pas improvisé. Il sera calibré. Mais cette approche pose une question essentielle : peut-on construire un projet politique crédible en pensant déjà à la distribution des postes ? Rassembler… ou recycler ?

Le pari de Bérenger repose sur une équation délicate : réunir la jeunesse et les anciens. D’un côté, une nouvelle génération qu’il tente de mobiliser, portée notamment par Joanna Bérenger. Une jeunesse en quête de sens, désabusée par les promesses non tenues, sensible aux discours de rupture. De l’autre, une vieille garde. Des anciens combattants du Mouvement Militant Mauricien, sortis des placards, rappelés pour leur expérience, leur loyauté, leur réseau.

Un mélange explosif. Car si l’alliance des générations peut être une force, elle peut aussi devenir une faiblesse. Trop de nostalgie peut freiner le renouveau. Trop de jeunesse peut manquer de structure. L’équilibre sera déterminant.

Une ambition assumée… mais risqué. Le discours de Bérenger tranche. Attaques frontales contre Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam, volonté affichée de “barrer la route”, posture de recours national. Mais derrière cette posture offensive, une interrogation demeure : le pays est-il prêt pour une nouvelle incarnation du combat militant ?

Le Fron Militan Progresis se présente comme une continuité du MMM. Mais le MMM d’aujourd’hui n’est plus celui de 1969. Le contexte a changé. Les attentes aussi. Et surtout, la confiance s’est érodée. Le peuple, seul arbitre.

Une amie me glissait récemment, avec une pointe d’ironie et de fatalisme :
« Bon Dieu pou encoler… li pou dire ki qualité dimounn couyon li finn envoye lor la terre… » Derrière la boutade, une réalité plus profonde. Une lassitude. Un doute. Une fatigue politique. Car au-delà des stratégies, des alliances et des ambitions personnelles, une seule question compte : le peuple y croit-il encore ?

Bérenger peut anticiper, calculer, structurer. Il peut même dessiner son futur cabinet dans les moindres détails. Mais au final, ce ne sont ni les états-majors, ni les cercles d’influence qui trancheront.Ce sera le peuple. Et cette fois, plus que jamais, il sait que son choix ne se limite pas à élire un gouvernement. Il s’agit de reprendre son destin en main.

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