- La création prochaine d’une National Crime Agency n’est pas une priorité, mais une urgence.
Cela saute aux yeux ! Des énergumènes cherchent à saper le moral de la population par une violence inouïe. Agressions dans le métro et les autobus, un individu armé circulant dans le tram, des coups de feu tirés en plein jour à Grand Baie… Les vidéos se multiplient sur les réseaux sociaux, tandis que même les écoles deviennent le théâtre de bagarres qui dégénèrent en attaques à l’arme blanche.
Cette flambée de violence n’est pas perçue comme un simple hasard. Plusieurs voix affirment que certains officiers, restés proches de l’ancien régime, auraient volontairement laissé pourrir la situation. Le Premier ministre Navin Ramgoolam avait déjà dénoncé « une mafia au sein de la police » lors de la dernière campagne électorale. Vendredi dernier, l’avocat parlementaire Kushal Lobine a relancé le débat sur Radio Plus, citant l’arrestation controversée du journaliste Narain Jasodanand, intervenue à l’insu même du Commissaire de Police, comme une preuve de dysfonctionnement et d’infiltration au cœur de l’appareil sécuritaire.
Le PMO tape du poing sur la table
Face à ce climat délétère, le Prime Minister’s Office (PMO) a déclenché une véritable opération coup de poing. Les unités d’élite – la Special Mobile Force (SMF) et la Special Supporting Unit (SSU) – ne resteront plus cloîtrées aux Casernes. Elles sont désormais déployées dans les zones dites « chaudes », telles que Grand Baie ou Flic-en-Flac, où les foules se concentrent les week-ends. En parallèle, des transferts sont attendus dans plusieurs départements, notamment à l’IT Unit de la police, jugée inefficace. Le message est clair : tolérance zéro face au laxisme.
Le bilan de ces opérations est éloquent : plus de 250 arrestations en moins de deux semaines. Les délits les plus fréquents concernent les vols, avec 100 cas recensés. Vols à l’arraché, cambriolages, vols avec violence, vols dans les lieux de culte ou les institutions publiques : aucune sphère n’est épargnée. Même le métro express a été la cible de pickpockets, et le vol de câbles électriques reste une plaie récurrente, perturbant le service public et menaçant la sécurité.
La lutte contre l’immigration illégale a aussi porté ses fruits. Le 24 septembre, une opération de la Police Immigration Office à Camp Ithier, Flacq, a mené à l’arrestation de 20 étrangers en situation irrégulière : 15 Kenyans et 5 Malgaches. Les hommes ont été envoyés au centre de détention de Le Chaland jusqu’au 1er octobre, tandis que les femmes ont été incarcérées à la prison de Beau Bassin en attendant leur rapatriement prévu pour la mi-octobre.
Vingtaines arrestations ont également été enregistrées dans des affaires de drogue, allant de la possession à la culture de cannabis. 15 cas d’agressions graves sont venus grossir la liste noire. Et surtout, un meurtre sordide a marqué la semaine : celui de Seema Devi Nurkoo à Forest Side. Deux suspects, Gérard Écumoire, infirmier de 56 ans, et Poonam Lungut, 48 ans, ont été provisoirement inculpés pour meurtre.
Racines du mal : frustration et éclatement social
Au-delà des chiffres, ces affaires traduisent un malaise profond. La criminalité croît sur un terreau fragile : l’affaiblissement de la cellule familiale, jadis garante des valeurs sociales, et l’aggravation des inégalités. Tandis que certains groupes bancaires affichent Rs 18 milliards de profits annuels, de nombreuses familles s’endettent pour survivre. Ce sentiment d’injustice nourrit la frustration, qui se transforme en rage, et parfois en violence.Comme l’a souligné le Senior Counsel Rama Valayden, « un délit est commis toutes les huit minutes à Maurice ». Ce chiffre, à lui seul, illustre l’ampleur de la crise.
Le gouvernement insiste sur une approche intégrée : répression mais aussi prévention. Cela passe par la réhabilitation des valeurs familiales, l’éducation émotionnelle, un accompagnement psychologique accru et une lutte plus vigoureuse contre les inégalités. Statistics Mauritius a signalé une baisse du taux global de criminalité, mais le PMO veut aller plus loin avec la création prochaine d’une National Crime Agency, dont la mission sera de s’attaquer aux réseaux de drogue et à la criminalité organisée.

