- La direction réfute toute vendetta
Le Journal du Dimanche est en présence d’informations selon lesquelles quarante employés auraient été écartés à Polytechnics Mauritius, sur fond de déficit financier avancé par l’organisme. Mais derrière cette justification, des zones d’ombre subsistent. Pressions alléguées, engagements contractuels contestés, absence de négociation : plusieurs éléments interrogent. Certains y voient, avec prudence, les signes d’une recomposition interne plus large, voire d’un possible règlement de comptes. La direction de l’organisme rassure : un processus de restructuration est en cours et ceux dont les contrats n’ont pas été renouvelés pourront postuler à nouveau.
Les faits, tels que rapportés par plusieurs sources internes jugées fiables, dessinent le portrait d’un départ massif. Selon une enquête, une quarantaine de membres du personnel (y compris des enseignants) auraient reçu, le même jour, des lettres de non-renouvellement ou de nouvelles propositions contractuelles assorties d’un délai très court pour se décider. Certains évoquent un supposé « climat de pression ». Selon notre informateur, les licenciés auraient reçu ces propos par le biais d’un message : « Give or take… if you do not sign, you will be replaced and terminated ». D’autres propos, tels que « You should feel lucky you are not in that batch », auraient également circulé, renforçant un sentiment d’intimidation chez certains des employés dont les contrats n’ont pas été renouvelés.
Par ailleurs, une interrogation demeure quant à la continuité pédagogique : certains enseignants arrivant au terme de leur contrat de deux ans entre fin avril et début mai, qu’adviendra-t-il de leurs élèves dans ce contexte incertain ?, s’interroge un des employés licenciés. Ce dernier intervient sous le couvert de l’anonymat.
Ardoise d’une vingtaine de millions mais 4 500 étudiants actifs
Polytechnics Mauritius fait face à une ardoise d’une vingtaine de millions de roupies. Toutefois, en interne, des voix s’élèvent. « Le déficit invoqué constitue-t-il l’unique explication ? », s’interroge-t-on. Certains employés estiment qu’il pourrait servir de fondement à des décisions déjà envisagées, voire à une réorganisation plus profonde.
« À cela s’ajoutent des interrogations concrètes : la location du bâtiment à Ébène, entre autres. Dans le même temps, sur certains campus, il n’y a même pas d’imprimante, l’organisme accumulant des dettes importantes auprès de ses fournisseurs. En l’absence de communication détaillée, la question reste ouverte : comment, avec plus de 4 500 étudiants actifs, une telle dette a-t-elle pu s’accumuler, et pourquoi les membres du personnel semblent-ils aujourd’hui en subir les conséquences ? », s’insurge-t-on.
Des engagements contractuels fragilisés
Notre enquête, qui s’est échelonnée sur deux semaines, nous mène vers un autre point de friction : la gestion des contrats. Vers la fin de 2024, apprend-t-on, seuls quelques membres du personnel (administratifs, enseignants et agents) auraient bénéficié d’une évaluation formelle (‘appraisal’), alors que 32 autres, pourtant soumis aux mêmes obligations, seraient toujours dans l’attente depuis le début de 2025.
Par ailleurs, certains employés auraient reçu, fin 2024, une correspondance évoquant leur passage au statut permanent, avec le maintien temporaire de leur rémunération dans l’attente d’une révision annoncée comme imminente. Or, aucun contrat formel n’aurait été émis depuis, et aucune révision salariale n’aurait été appliquée à ce jour.
Des contrats au cœur du litige
Selon notre enquête, les nouveaux contrats proposés récemment poseraient également problème. Certains membres du personnel (‘staff’) affirment que la date d’effet mentionnée, soit mars 2026, ne correspondrait pas à leur ancienneté réelle. « Ces licenciements interviennent dans un contexte de transition au sommet de l’institution, avec l’arrivée d’un nouveau chairman et d’un nouveau board en 2025 », explique notre informateur.
Ces derniers évoquent également un supposé non-respect d’engagements écrits ; des inégalités de traitement entre employés ; un manque de transparence dans la gestion ; des conditions contractuelles perçues comme imposées sous pression ; un impact direct sur la stabilité financière et professionnelle des staffs concernés.
La direction plaide la restructuration, réfute toute vendetta
Sollicitée dans le sillage des remous suscités par le départ de plusieurs dizaines de chargés de cours, la direction de Polytechnics Mauritius récuse fermement toute lecture politique du dossier. « Il n’y a aucune vendetta. Ce n’est tout simplement pas dans l’ADN ni dans l’agenda de l’institution », martèle-t-on d’emblée.
Au cœur de la controverse, la nature même des départs. L’organisme se défend de tout licenciement sec. « Il ne s’agit pas de licenciements, mais de non-renouvellements de contrats dans un contexte bien précis : celui d’une restructuration en profondeur », insiste la direction. Selon les explications fournies, cette restructuration s’accompagne d’une refonte des intitulés de postes et des cahiers des charges. « Certaines fonctions vont changer d’appellation, d’autres seront redéployées avec des responsabilités revues. L’objectif est d’aligner l’organisation sur de nouvelles exigences pédagogiques et opérationnelles », fait-on valoir.
Dans ce contexte mouvant, la direction assure que les portes ne sont pas fermées aux anciens employés concernés. « Une fois le processus complété, les personnes pourront postuler à nouveau. Elles bénéficieront même d’un avantage certain, ayant déjà une expérience au sein de Polytechnics Mauritius », souligne-t-on. La direction affirme par ailleurs vouloir accélérer le calendrier de cette transformation. « Nous sommes en train de catalyser ce processus afin que les personnes concernées ne soient pas pénalisées inutilement », précise-t-on.
Interrogée sur une ardoise estimée à une vingtaine de millions de roupies, la direction ne nie pas les difficultés, tout en appelant à la mesure. « Oui, il existe des engagements financiers. Mais l’entreprise est bien vivante et dispose d’un plan de remboursement déjà enclenché », assure-t-elle. Se voulant rassurante, elle insiste sur la continuité des opérations. « Nous continuons à fonctionner normalement. Nous restons optimistes quant à notre capacité à surmonter cette phase », conclut la direction, déterminée à défendre sa stratégie face aux critiques grandissantes.

