Enfance maltraitée : le silence n’est plus une option

ByRédaction

April 13, 2026

Il y a des faits divers qui ne devraient jamais devenir des faits divers. Parce qu’ils touchent à l’essentiel. Parce qu’ils frappent là où une société se doit d’être irréprochable : la protection de ses enfants. La nouvelle plainte déposée contre le directeur de la Twaha Academy, Azhar Peerboccus, pour des faits présumés de maltraitance sur un élève de 11 ans, dépasse le cadre d’une simple affaire judiciaire. Elle interpelle notre conscience collective.

Un enfant. Onze ans. Un âge où l’école devrait être un sanctuaire, un espace de sécurité, d’apprentissage et de construction. Et pourtant, selon les accusations, cet élève aurait été agressé à plusieurs reprises, frappé avec un bâton de serpillière et un rotin. Des faits d’une gravité extrême. Des gestes qui, s’ils sont avérés, relèvent non seulement de la violence physique, mais aussi d’une trahison morale profonde.

Car il faut le dire clairement : l’école n’est pas un lieu de peur. Elle ne peut pas être un espace où l’autorité se transforme en brutalité. L’enseignant, ou le responsable d’établissement, détient une responsabilité immense — celle de former, de guider, de protéger. Lorsque cette responsabilité est détournée, c’est tout un système qui vacille.

Ce qui rend cette affaire encore plus troublante, c’est qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé. Une deuxième plainte a été déposée pour des faits similaires. Et cela pose une question dérangeante : combien d’autres enfants n’ont pas parlé ? Combien ont subi en silence, par peur, par honte ou par absence de recours ?

À Maurice, comme ailleurs, la maltraitance infantile reste trop souvent dissimulée derrière les murs. Elle se nourrit du silence, de la banalisation et parfois même d’une culture de l’autorité mal comprise. Combien de fois entend-on encore que « c’est pour son bien », que « une bonne correction remet dans le droit chemin » ? Ces mentalités doivent être combattues avec fermeté. Il n’existe aucune justification à la violence envers un enfant.

Mais au-delà de l’indignation légitime, il faut aussi regarder en face nos responsabilités collectives. Où étaient les mécanismes de contrôle ? Les alertes ont-elles été ignorées ? Les autorités éducatives disposent-elles des moyens suffisants pour enquêter, prévenir et agir rapidement ? Et surtout, les enfants savent-ils à qui parler lorsqu’ils sont victimes ?

L’urgence aujourd’hui est double. Elle est judiciaire, bien sûr : toute la lumière doit être faite sur ces accusations, dans le respect du droit et de la présomption d’innocence. Mais elle est aussi systémique. Il faut renforcer les dispositifs de protection, instaurer des canaux de signalement accessibles et sécurisés, former les éducateurs aux bonnes pratiques, et sensibiliser les parents comme les élèves.

Il est également impératif de briser la loi du silence. Un enfant qui parle doit être entendu, protégé, accompagné. Trop souvent, la parole des plus jeunes est minimisée, remise en doute, voire étouffée. Cela ne peut plus durer.

Cette affaire, aussi choquante soit-elle, doit servir d’électrochoc. Elle doit nous pousser à repenser notre rapport à l’autorité, à l’éducation et à la protection des plus vulnérables. Une société se juge à la manière dont elle traite ses enfants. Et aujourd’hui, nous sommes face à un test.

Ne détournons pas le regard. Ne relativisons pas. Ne laissons pas le temps ou l’habitude banaliser l’inacceptable. Parce qu’un enfant ne devrait jamais avoir peur d’aller à l’école. Parce qu’aucune pédagogie ne passe par la violence. Parce que le silence, dans ces cas-là, est une forme de complicité.

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