Né à Rivière des Anguilles et ayant grandi à Triolet, Rakesh Bhaugeerothee incarne une génération de jockeys façonnés par la passion et les sacrifices familiaux. Très tôt initié aux courses par son père, qui l’emmenait au Champ de Mars, il développe un attachement profond pour le monde hippique. C’est à Pointe-aux-Piments, au contact de chevaux retraités, qu’il affine ses premières expériences en selle, tout en travaillant à l’hôtel Victoria. Déterminé, il consacre chaque moment libre à sa vocation, posant les bases d’une carrière marquée par la discipline et la persévérance. Homme de foi, fidèle aux valeurs transmises par son père disparu en 2022, il poursuit son parcours avec humilité et constance. Entre rigueur quotidienne et passion intacte, Rakesh Bhaugeerothee continue d’écrire son histoire, porté par ses racines et le soutien de ses proches, avec l’ambition d’offrir encore de belles émotions aux turfistes mauriciens.
Votre passion pour les chevaux remonte à votre enfance. Quel rôle votre père a-t-il joué dans votre parcours ?
Mon père a été déterminant. C’est lui qui m’a fait découvrir les courses et qui m’emmenait au Champ de Mars quand j’étais enfant. J’ai grandi avec cette passion. Plus tard, il me déposait à moto au Champ de Mars très tôt le matin pour les entraînements. Il a toujours cru en moi.
Comment vos débuts dans le monde des courses se sont-ils concrétisés ?
À Pointe-aux-Piments, j’ai commencé à monter des chevaux retraités. Je voulais apprendre davantage. Je me rappelle très bien de « Green Gold ». Ensuite, j’ai eu l’occasion de monter « Happy Age » et « Prince Condor » pour Jansheen Boodhoo. Puis j’ai monté « Willy Jump » à Mont Choisy pour l’écurie du regretté Serge « Kiki » Henry.
« Sans feu Kiki Henry, ma carrière n’aurait peut-être jamais pris son envol. Je lui dois énormément. »
La rencontre avec Serge “Kiki” Henry a-t-elle été un tournant ?
Oui, totalement. « Willy Jump » était un cheval difficile, mais j’ai réussi à bien le gérer. Serge Henry était présent ce jour-là, un vendredi. Il a été impressionné et m’a demandé mon numéro. Comme je venais d’une famille modeste, je lui ai donné le numéro de téléphone de mon voisin. Il m’a demandé de venir le mardi suivant au Champ de Mars. J’ai monté « Gwinganna » à l’entraînement. Il m’a simplement dit de faire ce que je faisais à la plage et de ne pas paniquer. Il m’a donné ma chance et je suis resté fidèle à son écurie pendant quinze ans.
Votre première monte officielle au Champ de Mars ?
C’était avec « Fit Dancer » pour l’écurie Serge Henry. Et mon premier vainqueur a été « Houdowl », un énorme outsider. C’était une victoire très spéciale.
« Une première victoire, ça ne s’oublie jamais. C’est un moment fort qui vous met en confiance »
Que retenez-vous de ce premier succès ?
L’émotion était très forte. Mon père n’était pas présent ce jour-là, car il travaillait comme gardien. Mais je savais qu’il était fier. C’était un moment important pour moi.
Comment décririez-vous votre quotidien et votre discipline ?
Depuis mes débuts, je me lève à 3 heures du matin. C’est resté une habitude. Je suis quelqu’un de très croyant : je fais mes prières et je jeûne pour le Cavadee depuis plus de trente ans. Cela me donne de la force. Je fais aussi du jogging presque tous les jours et je vais à la salle de sport pour garder la forme.
Le poids est-il le principal défi dans votre carrière ?
Oui, cela a toujours été difficile. Et quand vous ne montez pas régulièrement, c’est encore plus compliqué. Il faut beaucoup de discipline.
Comment définiriez-vous votre style en selle ?
À mes débuts avec l’écurie Serge Henry, j’aimais monter des chevaux attentistes. Aujourd’hui, je me sens plus à l’aise avec les front-runners. Avec l’expérience, on s’adapte.
« Quatro Five Six est un cheval exceptionnel par son honnêteté. Il m’a offert de grands moments.
Quels chevaux ont marqué votre carrière ?
« Donnie Brasco » m’a beaucoup marqué. Mais « Quatro Five Six » m’a donné énormément de satisfaction. C’est un cheval très honnête. Nous avons gagné cinq courses ensemble. J’espère une sixième victoire cette saison. La dernière victoire que mon père a vue de moi était avec lui, ce qui rend ce cheval encore plus spécial.
Parlez-nous de votre collaboration actuelle avec Somraj Mahadia
Je le connais depuis l’époque où il était jockey et moi apprenti. C’est quelqu’un de très humble et discipliné. À un moment où je n’avais plus d’écurie, il m’a accueilli. Cela fait maintenant trois ans que je travaille avec lui. Son éthique de travail me correspond parfaitement.
En dehors des courses, comment êtes-vous dans la vie ?
Je suis quelqu’un de simple et très attaché à ma famille. J’ai deux fils jumeaux, Aryan et Aarav. J’aime aussi regarder des documentaires, la pêche et la plongée sous-marine. Cela me permet de me détendre.
Quel message souhaitez-vous adresser aux turfistes qui vous suivent ?
Je voudrais remercier tous ceux qui me soutiennent depuis mes débuts. Leurs encouragements me motivent beaucoup. Je continuerai à donner le meilleur de moi-même à chaque monte pour leur faire plaisir et honorer leur confiance.

