C’est la chute brutale d’un haut fonctionnaire qui réunissait pourtant toutes les compétences pour devenir le prochain Secretary to Cabinet. Le poste lui tendait les bras en raison de sa séniorité dans le service. Or, c’est tout son horizon et son avenir qui ont été sérieusement assombris à la lumière des derniers événements. Pour avoir outrepassé le Cabinet des ministres, le Dr Dhanjay Kawol, Secretary to the Public Service, a demandé à partir à la retraite anticipée. Une demande lui avait été faite dans ce sens. Grâce à cette porte de sortie, il pourra conserver ses avantages comme la pension et avoir un départ digne malgré tout. Désormais, c’est Shakuntala Devi Gujadhur-Nowbuth qui le remplace. Elle a quitté le ministère des Collectivités locales.
Retour sur l’incident
C’est une énorme bourde qu’il a commise mardi dernier en émettant une directive pour favoriser le télétravail ou le flexi-time dans le secteur public en raison de la situation au Moyen-Orient. Le but est d’optimiser les ressources, surtout face à la facture énergétique, carburants et électricité, qui s’alourdit davantage chaque jour. Le Dr Dhanjay Kawol, alors Secretary to the Public Service, informe les fonctionnaires dans la soirée des nouveaux dispositifs de travail. Ceux-ci prévoyaient l’introduction du télétravail et du flexi-time pour une période initiale de trois mois à partir du 11 mai 2026. Mais dans le processus, le haut fonctionnaire oublie de consulter le ministre de la Fonction publique, Raj Pentiah, à ce sujet.
Le lendemain, après le tollé soulevé, une deuxième circulaire est émise, cette fois pour annuler la décision antérieure. Le Dr Kawol informe les responsables des ministères et départements ainsi que la Rodrigues Regional Assembly que la Circular Note No. 14 de 2026, datée du 5 mai, est « withdrawn with immediate effect ». Le document, portant le titre « Response to the Conflict in the Middle East », précise également que « any inconvenience caused is deeply regretted ».
Le Dr Dhanjay Kawol, Secretary to Public Service, aurait émis cette circulaire sans l’aval de son ministre de tutelle. D’ailleurs, le ministre de la Fonction publique, Raj Pentiah, a affirmé n’avoir jamais été consulté avant la diffusion du document. Il insiste sur la nécessité de consultations pour toute décision d’une telle envergure. Pour leur part, les syndicats et observateurs ont critiqué un « manque de professionnalisme » et une « absence de coordination » au sommet du ministère.
Mais que s’est-il vraiment passé dans la tête de Kawol ?
De sources dignes de foi, des « sanctions sévères » auraient été envisagées à l’encontre du Dr Kawol pour avoir agi sans l’aval nécessaire. Toutefois, dans un esprit d’humanisme, il a été invité à soumettre sa démission pour éviter des tourmentes additionnelles. Plus tôt cette semaine, le ministre Pentiah a précisé qu’il n’est pas partisan de mesures punitives, mais plutôt d’actions correctives, indiquant que le maintien ou la sanction du Dr Kawol serait décidé en temps et lieu. Depuis l’éclatement de cette affaire, les langues se délient au sein de la fonction publique en général.
Certains affirment que ce n’est pas la première fois que le Secretary to the Public Service aurait agi de la sorte. Ceux qui côtoient la fonction publique parlent d’une multiplication des événements où il aurait pris des décisions de son propre chef sans en avoir informé sa hiérarchie au préalable. Ce mardi fatidique, il aurait attendu que la plupart du personnel soit parti pour sortir la fameuse Circular Note No. 14 de 2026 vers 17h45. Cela sans l’aval de son ministre, encore moins du Cabinet des ministres. Ce qui aurait provoqué une onde de choc.
Interrogé sur son action, il aurait affirmé avoir informé le Secretary to Cabinet de sa démarche. Mais après vérifications, cette affirmation ne s’est pas avérée exacte, ce qui a mis à mal sa version. D’origine modeste, le Dr Kawol, décrit comme ayant fait ses débuts en tant que « gardien de cimetière », a travaillé pour réussir ses études supérieures, décrochant son doctorat, connu comme le PhD en administration.
4 affectations dans quatre ministères depuis 2025
Cependant, beaucoup évoquent ses difficultés relationnelles. On parle de prises de bec avec plusieurs ministres et même d’un rapport défavorable qui joue contre lui. Durant les 18 mois de l’Alliance du Changement au pouvoir, il aurait changé d’affectation dans pas moins de quatre ministères. En janvier 2025, alors qu’il occupe le poste de Senior Chief Executive au ministère des Administrations régionales, le Dr Dhananjay Kawol sera transféré au ministère de l’Agro-industrie sous la tutelle d’Arvin Boolell. Puis, il sera envoyé au ministère de l’Industrie et des PME, d’Aadil Ameer Meea. De là, il a atterri à la Fonction publique.
Dans le passé, les fonctionnaires du ministère de l’Énergie, devenu depuis les Utilités publiques, avaient exprimé un certain malaise quand le Dr Kawol a accédé au poste de Permanent Secretary (PS). Le hic, c’est qu’il a également été celui qui avait agi comme secrétaire pour le Fact-Finding Committee (FFC) chargé d’enquêter sur les agissements de Youshreen Choomka. L’ex-Chairperson et directrice de l’Independent Broadcasting Authority (IBA) avait agi comme courtière auprès d’investisseurs étrangers, leur proposant, contre rémunération, des faveurs des autorités, notamment celles du Central Electricity Board (CEB) et du ministère de l’Énergie. Une demi-douzaine d’employés du ministère de l’Énergie a déposé devant le FFC, ce qui avait causé un certain embarras. Même les collègues du haut fonctionnaire étaient montés au créneau pour le défendre, en disant de lui qu’il est : « un homme intègre, droit et pas du genre à tremper dans les magouilles des uns et des autres ». Pour beaucoup d’observateurs, le haut fonctionnaire a, cette fois, pris la bonne décision.

