- Les autorités malgaches disent détenir des vidéos compromettantes
L’affaire prend une dimension explosive. Deux Mauriciens – Wendip Appaya et Jean Lino Albert – sont cités au cœur d’une enquête malgache sur un vaste réseau de trafic de drogue. Selon plusieurs sources concordantes, la justice malgache détiendrait des vidéos compromettantes montrant les deux hommes manipulant des colis suspects dans un hôtel. Un dossier qui mêle cocaïne, héroïne, arrestations en série et silences officiels, et qui pourrait bien devenir l’un des plus grands scandales de narcotrafic dans la région.
Un séjour discret, un retour précipité
La chronologie interpelle. Wendip Appaya, déjà inquiété à Maurice pour une affaire de blanchiment d’argent, séjourne à Madagascar du 25 au 27 janvier 2025. À peine trois jours après son retour précipité, la gendarmerie malgache annonce avoir démantelé un réseau international de cocaïne : 16 kilos de drogue saisis, expédiés du Pakistan et destinés à Maurice. Neuf personnes tombent dans ce coup de filet, dont trois Mauriciens. Les clichés diffusés par la presse malgache révèlent l’identité de l’un d’eux : Jean Noel Ferry, un homme d’affaires mauricien installé dans le Nord et habitué des allers-retours entre les deux îles.
La saisie qui met à nu un axe régional
Les détails de l’opération rappellent un polar. La cocaïne, partie du Pakistan par voie maritime, est récupérée au large de Toamasina. Mais l’embarcation tombe en panne près de Mananjary et reste immobilisée 25 jours. Les trafiquants improvisent : remorquage jusqu’à Fort Dauphin, transfert en 4×4, puis en taxi-brousse jusqu’à Antananarivo.Alertée dès janvier, la gendarmerie suit le convoi de près. L’arrestation d’un premier suspect entraîne celles de huit autres. La drogue, une arme et la vedette sont saisis. Les enquêteurs parlent même d’une tentative de corruption : 1 300 euros auraient été proposés en échange de la liberté des suspects.
Les preuves filmées que la justice malgache dit détenir
L’élément le plus troublant de cette affaire reste l’existence présumée de vidéos compromettantes. Plusieurs témoignages malgaches affirment qu’elles montrent Wendip Appaya et Jean Lino Albert manipulant des colis de drogue dans un hôtel malgache entre le 25 et le 27 janvier. Ces enregistrements se trouveraient entre les mains du juge d’instruction du Pôle Anticorruption (PAC). Si elles sont authentifiées, elles constitueraient une preuve directe de l’implication des deux Mauriciens dans ce réseau transnational.
Jean Noel Ferry : informateur ou trafiquant ?
Au cœur de l’enquête figure Jean Noel Ferry, aujourd’hui incarcéré à Madagascar. Il clame son innocence et affirme être un informateur de la police mauricienne. Selon son récit, tout commence lorsqu’il est approché par un certain Kevin proche de Lino Albert, pour retrouver un cousin disparu. Rapidement, il comprend qu’il a été piégé. Ferry affirme avoir reçu une vidéo glaçante montrant un Malgache armé exhibant un colis de drogue. Il dit avoir aussitôt alerté un sergent de l’ADSU à Grand-Baie, expliquant qu’il voulait infiltrer le réseau pour mieux le dénoncer. Mais fin janvier, il est arrêté à son tour. Ce n’est qu’à ce moment qu’il découvre l’existence des vidéos mettant en cause Appaya et Albert.
Comme si la cocaïne ne suffisait pas, les perquisitions révèlent un autre volet : 26 colis d’héroïne saisis chez Jean Benjamin Albert, cousin de Lino. L’affaire prend alors une tournure encore plus grave : celle d’un double trafic, cocaïne et héroïne, utilisant Madagascar comme point de transit vers Maurice. Autour de ce réseau gravitent plusieurs figures : Appaya, les Albert, Kevin “, mais aussi un manager d’un hôtel dans le nord de l’ile
Le silence qui dérange
À Maurice, le silence est assourdissant. Ni l’ambassade à Antananarivo, ni les autorités policières n’ont réagi officiellement. Pourtant, selon nos informations, le juge du PAC aurait sollicité directement l’ambassade mauricienne, sans obtenir de réponse. Contacté, Me Yash Badhain, avocat de Wendip Appaya, a précisé qu’il n’intervient qu’au titre du dossier de blanchiment d’argent et qu’il ne pouvait, à ce stade, commenter l’affaire de trafic de drogue. De son côté, malgré plusieurs sollicitations, Jean Lino Albert n’a pas donné suite à nos demandes de réaction.
L’affaire sous le radar des organisations américaines
L’affaire ne se limite pas aux frontières de Madagascar et de Maurice. Selon nos informations, plusieurs organisations spécialisées basées en Amérique suivent de très près l’évolution de ce dossier. Il s’agit d’agences et d’ONG engagées dans la lutte contre le narcotrafic international, qui considèrent l’océan Indien comme une nouvelle zone de vulnérabilité. Pour elles, la saisie de 16 kilos de cocaïne et la découverte parallèle de colis d’héroïne illustrent la mise en place d’un axe de transit stratégique reliant le Pakistan, Madagascar et Maurice, susceptible d’alimenter les marchés africains et asiatiques. Ces instances scrutent les avancées de l’instruction malgache et s’inquiètent du silence des autorités mauriciennes. Car si les vidéos compromettantes venaient à être authentifiées, l’affaire prendrait une dimension géopolitique majeure.

