Axe Maurice–Madagascar : la police à la recherche du “compteur de colis”

ByRédaction

October 8, 2025
  • Rs 25 millions pour étouffer l’affaire, Jean Lino Albert recherché par la police

L’affaire du réseau de drogue démantelé en février à Madagascar prend une tournure de plus en plus inquiétante. De nouvelles révélations mettent en lumière des tentatives de corruption à coups de millions, des menaces de mort et une coopération judiciaire désormais sollicitée par la Financial Crimes Commission (FCC) auprès des autorités de la Grande Île. Dans ce dossier aux ramifications complexes, une deuxième arrestation de Wendip Appaya n’est plus à écarter.

Tout commence en février 2015, lorsque la gendarmerie malgache met la main sur 16,4 kilos de drogue dans la capitale Antananarivo. Neuf personnes, dont trois Mauriciens, sont arrêtées. Mais à Maurice, l’affaire ne suscite aucune réaction. Les trois ressortissants restent emprisonnés plus de sept mois, sans véritable soutien des autorités mauriciennes.

Très vite, des incohérences apparaissent. L’un des Mauriciens affirme ne pas être un trafiquant mais un informateur infiltré, chargé de collecter des preuves pour les remettre à un policier mauricien. Il dit avoir transmis des messages, des photos et même des courriels à l’ambassade de Maurice à Antananarivo, ainsi qu’au Pôle Anti-Corruption (PAC). Pourtant, ses déclarations sont ignorées et il est placé derrière les barreaux aux côtés des véritables suspects. Deux noms au cœur du réseau : Wendip Appaya et son bras droit Albert

Leur fameux voyage à Antananarivo, entre le 25 et le 27 janvier, alimente les soupçons , les deux hommes apparaissent comme des figures récurrentes, cités par  des témoins et confirmés par des dépositions. Leur rôle exact reste flou, mais leurs déplacements sèment le doute et pourraient précipiter une nouvelle série d’arrestations.

Des valises disparues et des preuves accablantes

Depuis, l’enquête journalistique du Journal du Dimanche a révélé l’existence de vidéos compromettantes. Celles-ci montrent que deux valises, supposées contenir de la drogue, ont quitté un hôtel d’Antananarivo sur une moto, échappant mystérieusement à la saisie officielle. Ces images confirment que l’affaire dépasse largement les 16 kilos de drogue interceptés par la gendarmerie.

Plus troublant encore, certains visuels identifient des Mauriciens directement impliqués dans la manutention des colis. De quoi conforter la version du dénonciateur, qui assurait depuis le départ que l’affaire avait été minimisée et que des personnalités influentes étaient protégées.

Aujourd’hui, les deux Mauriciens encore détenus à Madagascar vivent sous pression. Le premier est menacé : ses proches seraient en danger s’il venait à parler. Le second a reçu une proposition vertigineuse : Rs 25 millions pour garder le silence et assurer sa couverture légale.
Selon nos sources, il a refusé cette offre. Un avocat s’est même présenté au PAC en prétendant le représenter, mais son imposture a été découverte et rejetée. Tout indique que le réseau tente de verrouiller l’affaire en achetant des silences et en instillant la peur.

La FCC entre en jeu

Face à ces révélations, la Financial Crimes Commission (FCC) a ouvert une enquête sur ce réseau transnational. Elle a officiellement sollicité la coopération du PAC à Madagascar afin de croiser les informations et de recueillir des preuves supplémentaires. Toutefois, le climat tendu sur place freine les déplacements de magistrats ou d’enquêteurs mauriciens.

À Maurice, des sources confirment que la FCC prépare des descentes et des arrestations ciblées contre certaines figures locales déjà citées dans le dossier. Le nom de Wendip Appaya, régulièrement mentionné dans d’autres affaires de drogue et de corruption, revient avec insistance. Une deuxième arrestation dans le cadre de ce réseau n’est donc pas à écarter.

L’identification de celui qui comptait les colis

Vendredi dernier, un nouvel élément majeur est venu conforter les déclarations du dénonciateur. Le substitut du procureur du PAC et le juge d’instruction malgache lui ont rendu visite en prison pour recueillir sa déposition.
Il a identifié formellement un Mauricien ayant séjourné à Antananarivo du 25 au 27 janvier comme celui qui comptait les colis de drogue dans un hôtel de la capitale. Une confirmation capitale, qui devrait déboucher sur des actions judiciaires concrètes dans les jours à venir.

L’affaire met en lumière un réseau bien plus vaste qu’il n’y paraît. Au-delà des passeurs arrêtés, des intermédiaires et des logisticiens, c’est tout un système de protections, de complicités et de financements occultes qui est mis en cause.
Les Rs 25 millions proposés au dénonciateur illustrent l’ampleur des moyens déployés par ce réseau pour protéger ses secrets. Quant aux valises disparues, elles soulèvent une question cruciale : quelle était la quantité réelle de stupéfiants transitant par Madagascar et quelles destinations finales étaient visées ?

Des développements imminents

Les prochains jours pourraient s’avérer décisifs. La FCC, désormais pleinement engagée, attend des retours de Madagascar et prépare déjà des opérations sur le sol mauricien.
Les familles des détenus, elles, vivent dans l’angoisse. Entre menaces, pressions et tentatives de corruption, la vérité peine à émerger. Mais l’étau semble se resserrer, et le dossier, longtemps enterré, pourrait bien faire éclater au grand jour des connexions inattendues au cœur même du système mauricien.

Plus qu’une simple affaire de drogue, ce dossier illustre la puissance d’un réseau criminel capable de franchir les frontières et d’infiltrer des institutions. La coopération judiciaire entre Maurice et Madagascar sera déterminante pour la suite. Mais déjà, l’affaire a un goût de scandale : des valises introuvables, un informateur sacrifié, des millions proposés pour acheter un silence, et la perspective d’arrestations à haut risque. Le spectre d’un nouveau séisme judiciaire plane sur Port-Louis.