Drogue à l’école : derrière les grilles, un combat pour protéger nos jeunes 

ByRédaction

September 22, 2026

Une adolescente de 14 ans retrouvée avec du cannabis dans un collège du Nord remet en lumière une réalité préoccupante : l’exposition des mineurs aux drogues. Entre prévention, sanctions, accompagnement psychologique et intervention policière, les établissements scolaires se retrouvent en première ligne face à un phénomène qui dépasse largement leurs murs.

À cet âge, le quotidien devrait être rythmé par les cours, les devoirs, les amis et les projets d’avenir. Pourtant, dans un établissement secondaire du Nord, une adolescente se serait retrouvée au cœur d’une affaire de drogue après avoir été découverte en possession présumée de « gandia ».Quelques mois auparavant, elle aurait déjà été surprise avec des cigarettes dans les toilettes de son collège. Ses parents avaient alors été convoqués et auraient assuré à la direction que la situation allait s’améliorer.

Mais au troisième trimestre, un nouvel incident aurait fait basculer le dossier dans une tout autre dimension. Cette fois, il ne serait plus question de cigarettes, mais de cannabis. Selon les informations recueillies par le Journal du Dimanche, l’établissement aurait décidé de prendre une mesure disciplinaire à l’encontre de l’adolescente. Une rencontre avec ses parents aurait ensuite dégénéré au point de nécessiter l’intervention de la police. Compte tenu de l’âge de la jeune fille, la Child Development Unit (CDU) a également été saisie. Au-delà de ce cas particulier, une question beaucoup plus large refait surface : jusqu’où la drogue a-t-elle pénétré l’univers scolaire ?

80 cas suspects en dix ans

Les chiffres officiels permettent de mesurer une partie du phénomène, même s’ils ne peuvent, à eux seuls, en révéler toute l’ampleur.En avril 2026, le ministre de l’Éducation indiquait au Parlement que 80 cas suspects avaient été identifiés dans les collèges publics et privés entre 2016 et mars 2026. Selon sa réponse parlementaire, chacun de ces dossiers avait été transmis à la police conformément au protocole appliqué dans les établissements scolaires.

Un an auparavant, les autorités avaient indiqué que 71 incidents liés à la drogue avaient été rapportés dans les établissements secondaires entre 2015 et 2024, auxquels s’ajoutait un cas dans le primaire. Ces chiffres concernent les cas officiellement détectés ou signalés. Ils ne permettent donc pas, à eux seuls, d’estimer toute consommation éventuelle qui resterait invisible aux directions d’école ou aux autorités.

Quand la cigarette devient un premier signal

Pour Ritesh Rao Poliah, consultant en réforme éducative et pédagogue, le problème doit être abordé bien avant qu’un adolescent ne soit retrouvé avec une substance illicite. Il estime que la cigarette peut déjà constituer un signal nécessitant une attention particulière. Selon lui, malgré les restrictions entourant la vente de tabac aux mineurs, les jeunes peuvent encore y avoir accès. « La situation de la drogue dans les écoles et parmi nos enfants est alarmante », soutient-il.

Le cas de l’adolescente du Nord illustre, à ses yeux, toute la complexité du problème. Lorsqu’un comportement à risque est identifié, faut-il sanctionner immédiatement ? Renforcer la surveillance ? Faire intervenir les parents ? Orienter le jeune vers un psychologue ?  Et surtout : que se passe-t-il après la sanction ?

Sanctionner ne suffit pas

Pour le pédagogue, exclure un élève peut parfois répondre au règlement d’un établissement, mais cela ne règle pas nécessairement le problème à l’origine de son comportement. « Lorsqu’on parle de drogue dans les écoles, il faut aussi se rappeler qu’il s’agit de mineurs », insiste-t-il. Un adolescent confronté à la consommation de substances devrait, selon lui, pouvoir bénéficier d’une prise en charge associant famille, école, services sociaux, professionnels de santé et, lorsque la situation l’exige, structures spécialisées.

Le gouvernement affirme justement articuler sa réponse autour de trois axes : prévention, dissuasion et soutien psychosocial. Le ministère indique également travailler avec la police et renforcer l’identification précoce des élèves considérés comme à risque. Mais sur le terrain, la question de la capacité des établissements à gérer ces situations demeure. Les enseignants sont-ils suffisamment préparés pour reconnaître un changement brutal de comportement, identifier des signes de consommation ou savoir comment intervenir ? Pour Ritesh Rao Poliah, la réponse est clairement négative. Il réclame davantage de formation et des procédures permettant au personnel éducatif de savoir vers quels professionnels orienter un adolescent.

Prévenir avant la première consommation

Face à ce constat, les autorités misent notamment sur la prévention.

Le programme Get Connected cible les élèves du secondaire inférieur et travaille notamment sur la connaissance de soi, la régulation émotionnelle et la prise de décision responsable. L’objectif est de renforcer les facteurs de protection avant que les jeunes ne soient confrontés directement aux substances ou à la pression de leur entourage .Depuis août 2026, un autre dispositif est testé dans 25 établissements secondaires. 

À Rodrigues, une enquête de 2019 révélait notamment que, parmi les élèves déclarant avoir déjà consommé une drogue, 60,5 % avaient commencé avant 14 ans.Face à cette réalité, l’école ne peut agir seule. Parents, enseignants, services sociaux, professionnels de santé, police et ONG doivent travailler de concert. Le cas de l’adolescente de 14 ans rappelle ainsi une urgence : prévenir, certes, mais aussi savoir accompagner les jeunes déjà pris dans l’engrenage.

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