Kidnapping, faux passeports et millions transférés : la chute spectaculaire d’un psychiatre arrêté à Plaisance

ByRédaction

February 23, 2026
  • Grâce à l’alerte Interpol et à une coopération étroite avec les autorités mauriciennes, un garçon de sept ans retrouve sa mère.

Après plus de deux ans de cavale, un garçon de sept ans a enfin été réuni avec sa mère grâce à une coordination exemplaire entre les autorités canadiennes et mauriciennes. L’affaire impliquait Muhammad Ziaur Rahman, psychiatre de 62 ans établi à Calgary, accusé d’enlèvement parental. Il avait quitté le Canada avec son fils alors âgé de cinq ans, rompant tout contact avec la mère.

Après une traque menée sur plusieurs continents, le petit a retrouvé sa mère grâce à une coopération décisive entre les autorités de Calgary et celles de Maurice. Les autorités canadiennes ont salué le rôle déterminant de la police mauricienne, dont l’intervention a permis, la semaine dernière, l’extradition du suspect.

Le 16 décembre 2025, Rahman et son fils ont été refusés à l’atterrissage à Maurice, le nom de l’enfant figurant sur une notice jaune d’Interpol pour disparition, émise par le Canada le 26 novembre 2025. Muhammad Rahman a été arrêté à l’aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam par le personnel du DCIU et placé en détention à Moka.

Le 20 décembre 2025, la mère de l’enfant, Saira Mumtaz Khan, canadienne, est arrivée de Francfort pour récupérer son fils. Tous deux sont repartis le même jour pour Montréal via Dubaï.

Le 15 janvier 2026, Muhammad Rahman a été extradé vers le Canada via Francfort, escorté par des officiers d’Interpol canadiens, pour y être jugé.

Une enquête internationale sous tension

D’après le CPS, Rahman a quitté Calgary le 3 décembre 2023 pour Montréal, avant de s’envoler vers la Turquie et de disparaître. Les enquêteurs affirment qu’il aurait acquis des biens à l’étranger, obtenu de nouveaux passeports et multiplié les déménagements pour brouiller les pistes.

Pendant plus de deux ans, la police de Calgary, la Gendarmerie royale du Canada, Affaires mondiales Canada et Interpol ont coordonné leurs efforts. L’alerte internationale lancée par Interpol a finalement permis de localiser Rahman et son fils à l’aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam, le 16 décembre 2025. Il a été immédiatement arrêté par les autorités mauriciennes.

Le sergent Scott Mizibrocky, du CPS, se souvient : « J’étais chez moi, à 1 heure du matin, lorsque j’ai reçu l’appel d’Interpol. Les premiers mots que j’ai dits à la mère ont été : “Nous l’avons.” »

Maurice, maillon clé de l’opération

Les autorités canadiennes n’ont pas caché leur reconnaissance envers Maurice. « Le soutien des forces mauriciennes a été absolument incroyable. Sans leur coopération, nous n’aurions jamais pu réunir cette famille », a déclaré le sergent Mizibrocky.

Quatre jours après l’arrestation, la mère s’est rendue à Maurice pour retrouver son fils, qu’elle n’avait pas vu depuis plus de deux ans. Tous deux sont rentrés à Calgary le lendemain. L’enfant, désormais réinscrit à l’école, semble retrouver peu à peu un quotidien stable. « Il est heureux, joue avec ses frères et sœurs, rit et profite de la vie comme tout enfant de sept ans », précise le policier.

Faux papiers et cavale internationale

L’enquête révèle que Rahman aurait transité par la Turquie, la Russie, l’Azerbaïdjan et le Vanuatu. Les enquêteurs évoquent l’utilisation de multiples identités et documents falsifiés afin d’échapper aux autorités.

Actuellement détenu à Calgary, Muhammad Zia-Ur Rahman doit comparaître prochainement. Le CPS n’exclut pas de nouvelles accusations à mesure que l’enquête progresse. Pour les forces de l’ordre canadiennes, cette affaire illustre l’importance cruciale de la coopération transfrontalière en matière de protection de l’enfance. L’enquête reste ouverte, la sécurité de l’enfant demeurant la priorité absolue.

La justice redoute une nouvelle fuite

Traduit devant la justice la semaine dernière, Muhammad Rahman s’est vu refuser la libération sous caution par la Cour du Banc de la Reine. Le juge Peter Barley a estimé que l’accusé représente un risque élevé de fuite, en raison de ses liens avec plusieurs pays n’ayant pas de traité d’extradition avec le Canada.

Le magistrat a souligné que l’enfant, aujourd’hui âgé de sept ans, aurait été isolé et manipulé, développant une hostilité envers sa mère. Selon le procureur Colin Schulhauser, cette aliénation complique considérablement le processus de réunification.

Le juge a également relevé que Rahman connaît le domicile et l’école des quatre enfants de la famille, ce qui accroît le risque d’une nouvelle tentative d’enlèvement.

Multiples nationalités et ressources financières

Rahman détient les nationalités canadienne, turque, pakistanaise et vanuataise. Il disposerait de ressources financières importantes. Avant son départ du Canada, il aurait transféré près de 900 000 dollars à l’étranger et acquis un bien immobilier en Turquie. Plusieurs passeports ont été retrouvés en sa possession.

« Je ne crois pas pouvoir empêcher la Turquie ou le Pakistan de délivrer un passeport au prévenu », a déclaré le juge Barley.

Ces éléments ont pesé lourd dans la décision de refuser la mise en liberté. Pour la Cour, une libération pourrait offrir au suspect l’occasion de disparaître de nouveau avant toute intervention des autorités.