Depuis plusieurs semaines, Le Journal du Dimanche dévoile les dessous d’un vaste trafic de drogue reliant Maurice à Madagascar, où se croisent figures du grand banditisme, blanchiment d’argent et trafics d’armes. Après avoir révélé le rôle de plusieurs protagonistes mauriciens, notre enquête poursuit cette semaine sa plongée dans les connexions obscures et les échanges compromettants qui ont marqué les mois de janvier et février 2025.
En janvier, le lanceur d’alerte Jean-Noël Ferry reçoit un appel d’un certain Kevin. Ce dernier lui apprend que Benjamin Albert, cousin de Lino Albert, aurait été arrêté par la gendarmerie malgache, en possession d’une valise remplie d’argent. Pour le localiser, Kevin remet à Ferry une photo et un numéro de téléphone.
Mais l’affaire prend une tournure inquiétante : un appel en conférence réunit Ferry, Jean-Marc Edouard, Lino Albert, Kevin, Rony et un Mauricien surnommé Vida Loca. Au cours de cette conversation, Edouard est menacé de mort.
Un trafic structuré et armé
Les échanges s’intensifient autour d’un individu nommé Arlando, un Malgache aperçu dans une vidéo manipulant un colis suspect et un revolver. Refusant de restituer la drogue et l’arme, il devient la cible de menaces proférées par les trois Mauriciens. Dans le même temps, Benjamin, Kevin, Rony et Lino planifient un déplacement vers Tamatave, tandis qu’un complice nommé Merlin est chargé de louer une Kalachnikov AK-47.
Selon nos informations, Kevin et Rony contactent à nouveau Ferry : deux Réunionnais devaient le joindre pour récupérer la drogue à Tamatave et organiser son transfert maritime vers Maurice. Ferry aurait refusé de participer, rappelant qu’il avait été sollicité uniquement pour retrouver Benjamin Albert.
L’ombre des armes et du blanchiment
L’affaire prend alors une dimension plus grave : Kevin commande un revolver Glock et des munitions pour sécuriser le transport maritime de la drogue. Pendant leur séjour à Madagascar, Lino et Wendip Appaya seraient restés en contact constant avec Kevin et Rony.
Les gendarmes, estimant que Ferry n’était pas un simple témoin, le considèrent désormais comme complice de Benjamin Albert. Ce dernier, tout comme Jean-Marc Edouard, est inculpé pour trafic de drogue, tandis que Ferry fait face à des soupçons de complicité active.
Des sociétés-écrans pour blanchir l’argent
Les liens entre les protagonistes se vérifient par des transactions commerciales entre Kevin et Rony, notamment dans l’achat de véhicules. Des documents mentionnent également la compagnie Keron, détenue conjointement par Wendip, Kevin et Rony, ainsi qu’une autre entité, KSM, soupçonnée d’être une façade pour le blanchiment d’argent.
Selon des sources proches de l’enquête, KSM serait aussi impliquée dans le trafic d’armes et des activités de grand banditisme transnational.
Une enquête sous haute tension
Cette semaine, l’interrogatoire de Wendip Appaya se poursuivra au siège de la FCC. Si le contenu reste confidentiel, un rapport du Pôle Anti-Corruption de Madagascar est attendu pour éclairer certains transferts et communications entre les deux îles.
Quant à Jean Lino Albert, présenté comme un acteur central du réseau, il n’a toujours pas été arrêté, malgré l’annonce d’un mandat d’arrêt international. Il aurait entamé la construction de plusieurs bâtiments à Saint-François, Petit Raffray, sur un terrain appartenant à Kevin et Rony — une trace matérielle supplémentaire reliant les principaux protagonistes du dossier.
Tentative d’intimidation contre un journaliste du JDD
Un acte d’intimidation inquiétant a visé l’un de nos journalistes qui mène depuis plusieurs semaines une enquête approfondie sur le trafic de drogue entre Madagascar et Maurice. Durant la semaine dernière, un individu non identifié aurait tenté de s’en prendre à son domicile. En se trompant d’adresse, l’agresseur a visé par erreur la maison voisine, lançant plusieurs projectiles avant de prendre la fuite. Heureusement, aucune victime n’est à déplorer, mais des dégâts matériels mineurs ont été constatés. Une plainte a été déposée et une enquête policière est en cours pour identifier le ou les auteurs de cette attaque. Le Journal du Dimanche condamne fermement toute tentative d’intimidation ou de pression contre la presse libre et réaffirme son engagement à poursuivre la publication de ses enquêtes, quelles qu’en soient les menaces.

