Praveen Nagadoo : « Les courses ont besoin de retrouver la confiance du public »

ByRédaction

July 21, 2026

Ancien jockey, entraîneur et figure respectée des courses hippiques mauriciennes, Praveen Nagadoo a consacré près de quarante ans de sa vie au monde du cheval. De ses premiers rêves d’enfant à Nicolay Road jusqu’à ses grandes victoires au Champ de Mars, son parcours est jalonné de passion, de persévérance et de résilience. Malgré une carrière de jockey écourtée par les blessures, il n’a jamais quitté les écuries, choisissant de transmettre son expérience aux nouvelles générations. Dans cet entretien, il revient sur les moments marquants de sa carrière, l’évolution des courses à Maurice et les valeurs qui ont guidé toute sa vie.

Vous avez vécu les courses hippiques comme jockey, entraîneur puis mentor. Que représente cette aventure pour vous ?

Même si ma carrière de jockey a été écourtée par plusieurs blessures à l’épaule, je garde une immense reconnaissance envers les courses hippiques. Depuis l’âge de dix ans, je rêvais de devenir jockey. Avec le recul, je suis fier d’avoir remporté trois classiques – la Maiden Cup, la Barbé Cup et la Gold Cup –, d’avoir été sacré meilleur jockey local et d’avoir signé plus de soixante victoires. Ces souvenirs resteront gravés à jamais.

Votre victoire dans la Maiden Cup avec River Run demeure inoubliable. Pourquoi ?

River Run était un cheval exceptionnel. Nous étions de grands outsiders, mais tout s’est déroulé exactement comme je l’avais imaginé. Cette victoire est arrivée à un moment difficile de ma carrière, alors que j’obtenais peu de montes. Mon épouse attendait également notre premier enfant. Ce succès nous a apporté beaucoup de joie et m’a appris qu’il ne faut jamais abandonner malgré les épreuves.

Si vous deviez revivre une seule journée de votre carrière ?

Sans hésiter, la Gold Cup 1994 avec Bold Statement. C’est probablement ma meilleure monte. Battre Botanique et Robbie Hill dans une classique sous les couleurs Gujadhur reste un souvenir extraordinaire. Ce jour-là, j’étais au sommet de ma carrière.

« L’avenir des courses passe par des idées modernes et des responsabilités confiées aux jeunes  »

Comment jugez-vous l’évolution des courses mauriciennes ?

Le Champ de Mars a toujours été unique grâce à son public. Aujourd’hui, la baisse de fréquentation est préoccupante. Nous avons progressivement perdu une partie du lien de confiance avec les passionnés. Cette situation affecte toute l’industrie : les enjeux, les allocations et même la qualité des chevaux importés. Je reste toutefois optimiste. La nouvelle génération peut redonner un nouvel élan aux courses, à condition d’apporter des idées modernes, davantage de transparence et de confier plus de responsabilités aux jeunes.

Quel cheval vous a le plus marqué ?

J’ai eu la chance de monter de nombreux champions comme River Run, Bold Statement ou Twist of Fate. Parmi les chevaux plus récents, White River, Alshibaa et Il Saggiatore m’ont impressionné. Mais Disa Leader reste sans doute celui qui a le plus marqué l’histoire récente des courses mauriciennes par sa régularité et ses performances.

Quelle a été la période la plus difficile de votre carrière ?

La fin de ma carrière de jockey à cause des blessures. Lorsqu’on est contraint de quitter la selle avant trente ans, c’est un véritable choc. Les chevaux représentaient toute ma vie et mon unique source de revenus. Heureusement, je suis resté dans ce milieu comme responsable d’écurie puis entraîneur. Le soutien de mon épouse et ma passion pour les chevaux m’ont permis de surmonter cette période.

Quel conseil souhaitez-vous transmettre aux jeunes ?

Je leur dirais avant tout de rester humbles. Dans ce métier, il y aura toujours des hauts et des bas. Il faut continuer à travailler, apprendre et ne jamais renoncer. L’avenir des courses repose désormais sur leurs épaules.

Quelle fierté ressentez-vous en voyant Arveen poursuivre la tradition familiale ?

Notre famille sera toujours reconnaissante envers les courses hippiques. Voir Arveen devenir entraîneur et remporter dès sa première saison la Maiden Cup et la Gold Cup est une immense fierté. Avec le soutien de toute la famille, nous croyons que son écurie possède un très bel avenir.

Quel regard portez-vous sur la situation actuelle des courses sous le MTC Jockey Club ?

J’ai connu différentes époques des courses mauriciennes et je pense que la priorité est aujourd’hui de restaurer la confiance du public. Le Président actuel du MTC a accompli un travail important pour restructurer le club et améliorer l’accueil du public. Toutefois, certaines décisions prises cette saison par les Commissaires me paraissent discutables et risquent d’affecter cette reconquête de la confiance.

Je pense également que notre industrie a besoin de sang neuf à des postes de décision. Il faut aussi encourager davantage de jeunes propriétaires et trouver rapidement une solution au coût croissant du transport des chevaux, qui constitue aujourd’hui un véritable défi pour l’avenir.

« Certaines décisions des Commissaires risquent d’éroder la confiance du public  »

Quels sont vos projets aujourd’hui ?

Après près de quarante ans consacrés aux courses, je profite enfin d’un peu de repos. Je prends davantage soin de ma santé et je suis fier du parcours de mes deux fils. Ulveen a créé son entreprise de paysagisme, tandis que Luveen évolue dans les relations publiques chez Beijing Construction Engineering Group. Quant à moi, je continue de suivre avec passion les performances de l’écurie Arveen Nagadoo Racing Stable.

Comment aimeriez-vous que l’on se souvienne de vous ?

Comme quelqu’un qui a osé rêver et qui a eu la chance de vivre son rêve. J’ai toujours essayé de rester simple, en croyant au travail, à l’humilité et aux bénédictions de Dieu.

Un dernier message aux passionnés ?

Les courses hippiques font partie du patrimoine mauricien depuis plus de deux siècles. Elles ont toujours su surmonter les difficultés. Chaque propriétaire, parieur, professionnel ou simple passionné a un rôle à jouer pour préserver cet héritage. Les courses appartiennent à tous ceux qui les aiment, et c’est ensemble que nous assurerons leur avenir.