Pour marquer le passage à la nouvelle année, deux Mauriciens vivant à Singapour, Eshvin Rutah, 30 ans, ingénieure, et Lavlesh Keenoo, 24ans, Senior Audit Associate, ont choisi de s’éloigner radicalement des célébrations urbaines. Pas de fête, pas de foule, pas de compte à rebours artificiel. Leur projet : rejoindre à pied le camp de base de l’Annapurna, au Népal, et accueillir 2026 au cœur de l’Himalaya. Une aventure hors normes, loin des zones de confort, au contact direct de la montagne.
Une organisation millimétrée avant l’inconnu
Le trek est confié à MTA Trekking, avec M. Rammit à la coordination. Fort de sa parfaite connaissance du terrain, il établit l’itinéraire, règle la logistique et transmet des consignes essentielles : gestion de l’effort, acclimatation progressive, hydratation, adaptation au froid et à l’altitude. L’équipement est complété chez Decathlon, garantissant vêtements thermiques, chaussures techniques et sacs de couchage capables d’affronter des températures négatives.
Le voyage prend une dimension spectaculaire lors du vol entre Katmandou et Pokhara. Par le hublot, les premiers sommets enneigés de l’Himalaya apparaissent, massifs, silencieux, presque irréels. À Pokhara, une jeep cahoteuse conduit jusqu’à Siwai–Jhinu Danda, point de départ du trek. La piste serpente au-dessus de vallées profondes, dévoilant un Népal rural et vertigineux. Sur la route, un renard roux traverse soudain devant le véhicule — premier signe que l’aventure commence.
La montagne impose ses règles
Dès les premières heures, le trek révèle sa rudesse. Une montée longue et raide mène à Chhomrong (2 170 m). Les muscles brûlent, la respiration devient courte, l’organisme doit apprendre à obéir à un nouveau rythme. La montagne impose ses lois : avancer lentement, faire des pauses régulières, écouter son corps.
Le soir venu, le froid s’installe brutalement. Les villages gurungs, les rizières en terrasses suspendues au vide, les ponts au-dessus du Modi Khola rugissant et les cascades jaillissant des falaises composent un décor saisissant. La nuit se déroule dans une teahouse sans chauffage, où le sac de couchage devient une nécessité absolue.
Forêts, brume et silence
La seconde journée plonge les marcheurs dans une atmosphère plus mystérieuse. Brouillard épais à Sinuwa, forêts denses à Bamboo, puis montée progressive vers l’Himalaya Hotel (2 920 m). L’oxygène se raréfie, chaque pas demande davantage d’énergie.
Le guide maintient un rythme lent et rigoureux. Devant la cascade Himalayas, puissante et enveloppée de brume, une longue pause s’impose. À Bamboo, des langurs gris apparaissent dans les arbres, bondissant de branche en branche, totalement indifférents aux humains.
Le sommet du rêve
Après Deurali, la neige fait son apparition. Le souffle devient court, les pensées se font plus lentes. Le 31 décembre, l’objectif est atteint : le camp de base de l’Annapurna (4 130 m). Un immense amphithéâtre de glace entoure lesite. Machhapuchhare, Annapurna Sud et d’autres géants de l’Himalaya semblent presque à portée de main.
La nuit est glaciale. Mais le passage à la nouvelle année, entouré de trekkeurs venus du monde entier, sous un ciel saturé d’étoiles, restera un moment hors du temps.
Le soleil du renouveau
À l’aube du 1er janvier 2026, le soleil embrase la chaîne himalayenne. La lumière dorée transforme les sommets en cathédrales de feu. Face à Annapurna I (8 091 m), une émotion brute submerge les marcheurs. Plus qu’une réussite sportive, le moment ressemble à une leçon d’humilité.
Retour, corps fatigué et esprit transformé
La descente s’étale sur deux jours. Plus fluide, mais éprouvante pour les genoux. À Pokhara, Eshvin Rutah et Lavlesh Keenoo arrivent épuisés, mais profondément marqués.
Ce trek restera gravé pour la puissance des montagnes, le grondement des rivières, les cascades, les terrasses verdoyantes, la bienveillance des Gurungs et les rencontres animales inattendues.Pour des hommes issus d’un climat tropical, l’expérience a repoussé les limites physiques et mentales.La montagne n’a pas seulement appris à marcher plus lentement.Elle a appris à écouter, à respecter, et à se laisser transformer.

