Face à la mutation rapide du trafic et des modes de consommation de drogues à Maurice, la National Agency for Drug Control (NADC) change de cap. Son directeur, Kunal Naik, dévoile une stratégie nationale structurée, fondée sur les données, la coordination des institutions et une approche globale mêlant prévention, répression et réhabilitation. Objectif : anticiper les menaces, protéger les plus vulnérables et inscrire la lutte antidrogue dans la durée.
Quelle est la stratégie actuelle de la NADC contre la drogue à Maurice et ses axes clés ?
Aujourd’hui, la NADC s’appuie sur une stratégie nationale structurée autour de quatre axes : la prévention, la répression, le traitement et la réhabilitation, ainsi que la coordination interinstitutionnelle. Notre objectif est de réduire à la fois l’offre et la demande, tout en renforçant la résilience des communautés.
Notre approche repose sur une utilisation systématique des données afin d’orienter des interventions ciblées et efficaces. Elle prévoit également une priorisation des zones et des groupes les plus vulnérables pour assurer une prévention plus pertinente.
Nous mettons en place des mécanismes formels de coordination entre les institutions clés afin d’éviter les actions isolées. En parallèle, un suivi régulier est assuré pour garantir que chaque action progresse et produise des résultats mesurables.
« Faire de la prévention un pilier durable, aux côtés de la répression. »
Comment la NADC concilie-t-elle répression du trafic et actions de prévention, notamment auprès des jeunes et des publics vulnérables ?
Nous considérons que la lutte contre les drogues repose sur un équilibre stratégique entre répression et prévention. La répression est indispensable pour démanteler les réseaux, mais elle ne suffit pas à elle seule.
Le rôle de la NADC est de synchroniser ces deux volets afin d’en maximiser l’impact. Nous veillons à ce que chaque action répressive soit accompagnée d’un effort préventif structuré.
Sur le plan de l’enforcement, nous travaillons étroitement avec la police, l’ADSU et les douanes. Nous partageons des données et des analyses afin d’orienter les opérations de manière plus efficace.
En matière de prévention, nous déployons des actions en milieu scolaire et au sein des communautés. Nous menons également des interventions ciblées dans les zones à risque, en collaboration avec les familles, les éducateurs et les professionnels de santé.
Avez-vous constaté une évolution dans les types de drogues consommées à Maurice, notamment avec l’émergence de nouvelles substances synthétiques ?
Oui, nous observons une évolution notable des tendances de consommation. Les drogues traditionnelles restent présentes, mais les substances synthétiques et les produits modifiés en laboratoire gagnent du terrain.
Ces substances sont souvent plus accessibles et moins coûteuses pour les usagers. Elles sont aussi plus dangereuses, car leur composition varie fréquemment et reste difficile à anticiper.
Face à cette évolution, nous renforçons notre capacité de veille et d’analyse. Nous travaillons étroitement avec le Forensic Science Laboratory (FSL) et les professionnels de santé afin de mieux comprendre ces nouvelles substances et leurs effets.
Nous mettons également en place un Early Warning System pour détecter rapidement les nouvelles tendances. L’objectif est d’anticiper ces évolutions plutôt que d’y réagir tardivement.
« Les drogues de laboratoire gagnent du terrain: plus accessibles, moins chères, mais plus dangereuses. »
Comment la NADC collabore-t-elle avec les autres institutions (police, santé, ONG) pour assurer une réponse coordonnée et efficace face au fléau de la drogue ?
Notre rôle est d’être le pivot national de la coordination entre les différentes institutions. Nous veillons à aligner les actions de la police, des services de santé et des ONG autour d’une stratégie commune.
Cette coordination repose sur des réunions interinstitutionnelles régulières et le partage de données actualisées. Elle s’appuie également sur des protocoles communs pour garantir une action cohérente et efficace.
Concrètement, les opérations de l’ADSU, les campagnes des ONG et les actions des services de santé sont intégrées dans un même plan. L’objectif est d’éviter les initiatives isolées et de maximiser l’impact collectif.
Quels programmes concrets sont mis en place pour la réhabilitation des personnes dépendantes, et comment évaluez-vous leur efficacité ?
Nous travaillons à renforcer les protocoles de traitement avec les centres de réhabilitation publics et associatifs. L’objectif est d’offrir un accompagnement complet, du sevrage médical jusqu’à la réinsertion sociale et professionnelle.
Cet accompagnement inclut la prise en charge médicale et la réhabilitation psychosociale. Il vise à assurer un suivi cohérent à chaque étape du parcours de la personne.
Notre rôle est de standardiser les pratiques et de garantir un niveau de qualité homogène à travers des lignes directrices nationales. Nous renforçons également le suivi post-traitement afin de limiter les risques de rechute.
Nous développons des indicateurs pour mesurer l’efficacité des programmes à court et à long terme. Notre ambition est d’inscrire la réhabilitation dans un véritable continuum de prise en charge, soutenu par l’État et les partenaires associatifs.
Quels sont les principaux défis actuels de la NADC et les mesures prévues pour renforcer la lutte antidrogue ?
Les défis sont importants et en constante évolution. L’émergence rapide de nouvelles drogues et la difficulté de toucher certains jeunes vulnérables compliquent notre action.
Nous faisons également face à un besoin d’harmonisation des pratiques entre institutions et à la nécessité d’accélérer l’exécution des projets. Ces éléments sont essentiels pour garantir une réponse efficace et cohérente.
Pour y répondre, nous renforçons les mécanismes de coordination à travers un pilotage plus structuré. Nous mettons en place un tableau de bord national et un suivi régulier afin d’accélérer la mise en œuvre des actions.
Nous développons également nos capacités d’analyse de données pour mieux orienter les interventions. En parallèle, nous consolidons les partenariats avec les ONG et structurons davantage les actions de prévention dans les écoles et les communautés à risque.

