Chaitlall Gunness : un drame qui a marqué toute une nation
Novembre 2008 reste gravé dans les mémoires. Pendant trois jours, Mumbai est le théâtre d’une série d’attaques coordonnées d’une violence rare. Dix assaillants arrivés par la mer ciblent des lieux emblématiques : la gare Chhatrapati Shivaji, des restaurants très fréquentés, un hôpital, et deux hôtels de luxe, dont le Taj Mahal Palace. Le monde entier découvre en direct, médusé, les images des fusillades, des incendies et des opérations de secours. Au total, 174 personnes perdront la vie, plus de 300 seront blessées.
Au même moment, à plusieurs milliers de kilomètres, Maurice retient son souffle. L’un des cadres les plus respectés du pays, Chaitlall Gunness, CEO de la State Bank of Mauritius (SBM), se trouve précisément au Taj Mahal Palace avec son épouse. Le couple est en déplacement professionnel. Rien ne laisse présager que ce séjour se transformerait en tragédie.
Le couple Gunness pris au piège du Taj Mahal Palace
Le soir du 26 novembre, Amreeta Gunness descend au rez-de-chaussée pour appeler leurs enfants. Ce geste anodin devient, par un étrange concours de circonstances, ce qui lui sauvera la vie. Depuis le hall, elle remarque une agitation inhabituelle. Elle téléphone immédiatement à son mari, resté dans leur chambre. Chaitlall lui répond, inquiet, sans mesurer encore l’ampleur de la menace :
« Ena tapaz dehor… mo pe trouv buku dimoune deor. »
Quelques minutes plus tard, des coups de feu et des explosions retentissent dans l’hôtel. Les assaillants s’y infiltrent, tirant au hasard et installant un climat de terreur. Chaitlall se barricade dans la chambre, espérant que les forces de sécurité reprendront rapidement le contrôle. À ce moment-là, il est encore hors de danger.
Pourtant, la situation va durer plus de 48 heures. Les forces spéciales indiennes progressent lentement, étage par étage, dans un bâtiment en feu, truffé de pièges, sous la menace permanente des assaillants. À Maurice, la famille Gunness, les collègues et les proches vivent dans l’angoisse, dépendants des informations fragmentaires et souvent contradictoires qui parviennent des médias internationaux.
Une confusion, puis la terrible confirmation
La tension redouble quand les enquêteurs indiens retrouvent une pièce d’identité mauricienne sur un assaillant. L’hypothèse d’un lien entre Maurice et les terroristes circule un moment, avant d’être écartée. L’identité était falsifiée. Mais cette confusion ajoute à la panique qui règne déjà sur l’île.
Le samedi 29 novembre, après des heures d’attente, la nouvelle tombe : Chaitlall Gunness est retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel. Maurice est sous le choc. La SBM perd un dirigeant respecté, un professionnel exemplaire, salué pour son intégrité et sa vision stratégique. La nouvelle se répand rapidement. Des centaines de Mauriciens expriment leur tristesse, conscients que cette tragédie touche l’un des leurs, loin de chez lui.
Hommages nationaux et mémoire collective
Quelques jours plus tard, sa dépouille est rapatriée à Maurice à bord d’un vol d’Air Mauritius. À l’aéroport, plusieurs membres du gouvernement, dont l’ancien ministre Arvin Boolell, sont présents pour soutenir la famille. À Quatre-Bornes, une foule nombreuse se rassemble pour rendre hommage à celui dont le parcours professionnel symbolisait l’excellence mauricienne : issu d’un milieu modeste, originaire de Vieux-Quatre-Bornes, il avait gravi les échelons pour devenir CEO de la SBM en 2003.
Chaitlall Gunness était l’aîné d’une fratrie de six frères, dont plusieurs sont également des figures reconnues : Sunil, cardiologue réputé ; Kumar, entrepreneur dans le secteur pharmaceutique. Sa réussite, sa discipline et son humilité faisaient de lui une personnalité respectée bien au-delà du monde bancaire.
L’enquête indienne et les zones d’ombre dissipées
L’enquête sur les attaques prend un tournant décisif grâce à l’arrestation d’un des assaillants, Mohammed Ajmal Kasab. Ses aveux permettront d’éclairer l’organisation de l’attaque, l’entraînement des terroristes, leurs méthodes, et l’utilisation de fausses identités étrangères, dont des identités mauriciennes destinées à brouiller les pistes. Kasab sera jugé, condamné puis exécuté en 2012, après l’épuisement de toutes les voies de recours.
Un souvenir toujours vivant, 17 ans après
Aujourd’hui encore, le nom de Chaitlall Gunness reste associé à ce drame mondial qui a secoué Maurice. L’attentat de Mumbai demeure l’un des événements internationaux les plus marquants pour le pays, rappelant que le terrorisme n’épargne aucune nation.
Pour la famille Gunness, les anciens collègues et tous ceux qui ont connu le défunt, l’anniversaire de cette tragédie reste un moment de recueillement. Dix-sept ans après, la mémoire de Chaitlall Gunness continue d’inspirer une génération, par son parcours exemplaire, sa rigueur et l’humanité qu’il incarnait.

