54 ans après Maurice se souvient d’Azor Adelaïde, martyr du mouvement ouvrier

ByRédaction

November 25, 2025

Cinquante-quatre ans se sont écoulés depuis que le sang d’Azor Adelaïde a coulé sur l’asphalte de Curepipe. Cinquante-quatre ans depuis que ce docker de 49 ans et syndicaliste engagé été abattu en plein jour, dans une attaque qui allait marquer à jamais l’histoire politique et sociale de Maurice. En ce nouvel anniversaire, Paul Bérenger lui rend hommage sur sa page Facebook, se remémorant avec émotion les événements tragiques de ce 25 novembre 1971.

Le drame du 25 novembre 1971

Ce jeudi-là, il est 15h30 lorsque la Hillman B614 de Dev Virahsawmy s’engage dans la rue Chateauneuf. À bord, Azor Adelaïde accompagne son camarade pour faire estampiller des affiches en vue d’un meeting prévu à Cité Atlee. Plus loin, une Peugeot N193 attend, avec Yves Raboude, Désiré Carré, Saïd Mungro, A. Cotobally et un autre militant.

La scène, au départ banale, prend soudain un tournant tragique. Une « Falcon » immatriculée V 643, associée à des tapeurs notoires, surgit. Un revolver est brandi. Trois coups de feu éclatent. Les militants se jettent derrière une haie de bambous. La Peugeot est incendiée. D’autres tirs retentissent au niveau du rond-point de Curepipe.

Quand le calme revient, le pire a déjà eu lieu.

Un pays sous le choc

À 15h45, le corps sans vie d’Azor Adelaïde est extrait de la voiture. Une large blessure à la tête témoigne de la violence de l’attaque. L’indignation est immédiate. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Le lendemain, le 26 novembre 1971, près de 300 000 personnes prennent part à ses funérailles. Du jamais vu. Un pays entier accompagne son soldat jusqu’à sa dernière demeure.

Une colère populaire étouffée

Dans les jours qui suivent, une délégation de dockers menée par Aurélie Perrine va rencontrer le Premier ministre Sir Seewoosagur Ramgoolam. Le pays attend justice. Mais en coalition avec le PMSD, SSR qualifie la fusillade « d’accident ». Une réponse qui ulcère les travailleurs et amplifie l’indignation nationale.

La contestation s’organise. Le gouvernement fait alors voter en urgence une modification de la loi syndicale, suspendant les articles 5 et 6 qui garantissaient les libertés fondamentales. Le pays s’embrase. Les grèves se multiplient. Les rassemblements sont interdits. L’état d’urgence est proclamé.

En décembre 1971, 27 syndicalistes, dont plusieurs témoins du drame, sont arrêtés.

54 ans après : une mémoire qui résiste

Aujourd’hui, 54 ans plus tard, l’assassinat d’Azor Adelaïde demeure l’un des épisodes les plus sombres et les plus symboliques de la lutte sociale mauricienne.
Son nom reste celui d’un homme ordinaire devenu figure historique malgré lui. Celui d’un travailleur arraché à ses camarades par la violence politique. Celui d’un symbole qui rappelle le prix parfois lourd payé pour les libertés citoyennes.

Dans les milieux syndicaux, son souvenir reste un repère. Dans la mémoire collective, son histoire résonne comme un rappel : la démocratie mauricienne s’est construite aussi sur des sacrifices, des luttes et des vies brisées.