L’exécution de John Mick Martingale à la prison de Beau-Bassin dans la nuit du 8 au 9 septembre 2024 refait surface.
Ce passeur de drogue avait écrit au DPP pour signifier son intention de dénoncer le Mastermind de Flic-en-Flac.
L’affaire de blanchiment d’argent au sein de la « Vintage Connection » apporte chaque jour son lot de surprises pour les enquêteurs. ‘It really stinks’, laisse-t-on entendre au Réduit Triangle. Les prochains jours, voire semaines, seront décisifs pour la suite de l’enquête.
D’abord, les enquêteurs devront démêler la connexion « papa-piti » des Jagai. Ils devront établir les faits qui sont reprochés au surintendant de police suspendu de ses fonctions. Depuis cette semaine, Ashik Jagai, qui est sous interdiction de s’approcher des témoins dans des enquêtes relatives à la Financial Crimes Commission, est incarcéré à l’Alcatraz Detention Centre, là où Kaya a perdu la vie et où Vimen Sabapati fut emprisonné. L’officier suspendu porte des menottes aux poignets lors de ses déplacements devant la justice. On évoque un excès de zèle paternel pour avoir proféré des menaces et intimidations à l’encontre du responsable de la comptabilité des sociétés gérées par son fils. L’enquête est actuellement en cours à ce sujet.
Certains, au sein de la force policière, ont tenté d’afficher un soutien timide, d’où la fuite d’une nouvelle vidéo sur l’arrestation du couple Akil Bissessur et Doomeela Moheeputh. Mais leurs ardeurs se sont refroidies à la lumière des derniers évènements, où ils jugent très difficile de soutenir le duo Jagai ou encore les autres membres de l’ex-Special Striking Team.
À ce stade, l’interrogatoire d’Ashik Allysaheb Ameersaheb Jagai, plus connu désormais comme Jagai Jnr, n’a pas encore commencé. Dans cette affaire, les enquêteurs n’écartent aucune piste. Notamment que les membres de cette galaxie mafieuse, Steeve Mootoocurpen et Wendip Appaya, ne seraient que des hommes de paille. Des hommes importants, d’une classe sociale très aisée, seraient à la manœuvre de cette nébuleuse. S’ils tombent, ce sera un méga-électrochoc pour la population.
Ene Mac Laren loué Rs 10 000 par jour, assez joué do !
Venons-en à Wendip Appaya, qui se trouve toujours en détention. L’homme d’affaires clame toujours son innocence dans cette affaire en arguant que les 34 véhicules qu’il a acquis proviennent de l’argent de son business. Ce que les enquêteurs refusent d’y croire. Ses fréquentations au sein de la jet-set mauricienne sont passées au crible. Ce qui cloche dans son histoire, c’est qu’il prétend louer une Mac Laren à Rs 10 000 la journée. Or une Porsche se loue à deux fois cette somme. Donc ce montant paraît illogique, surtout si l’on se rend compte qu’un 4×4 Raptor est donné en location pour Rs 5 600.
Il serait donc impossible qu’un tel bolide, produit au Royaume-Uni, plus précisément dans son usine située à Woking, en Angleterre, soit disponible pour une si petite somme — « dipain, dibeurre ». La FCC cherche à comprendre l’utilité d’une telle flotte automobile, d’autant plus que les véhicules ne sont pas utilisés par les entreprises concernées. Sans compter que cinq autres véhicules auraient été acquis pour un montant de Rs 4,5 millions de ses fonds personnels.
Si li cozé…
Or l’entourage de l’homme d’affaires, spécialiste du nettoyage des bâtiments et des bureaux, qui se prélasse dans Les Haras du Morne, évoque son désir de poursuivre son avenir professionnel malgré la pression médiatique. La possibilité qu’il se mette à table aurait été évoquée en échange de l’immunité dans cette affaire. Des négociations auraient été entamées dans ce sens mais n’auraient pas abouti. Mais dans le milieu, on aurait fait comprendre : « Si li cozé, difé lor li, Ninjas pou dessane li ». Des mots qui ne sont pas pris au hasard, car ceux qui en tireraient les ficelles à l’arrière ont un « upper-hand » sur la situation.
Le parallèle avec l’affaire John Mick Martingale
Certains rappellent le sort de John Mick Martingale. Ce détenu fut retrouvé pendu dans sa cellule alors qu’il avait prévu de faire des révélations sur l’importation de drogue avec des Ukrainiennes. Le passeur de 32 ans, arrêté à l’aéroport le 29 octobre 2022 avec Rs 50 millions de stupéfiants en liquide, aurait été « exécuté » à la prison de Beau-Bassin dans la nuit du 8 au 9 septembre 2024. Il avait d’ailleurs déjà obtenu la libération sous caution et allait sortir de prison ce fameux 9 septembre 2024. Son meurtre aurait-il été commandité par la même équipe de Ninjas évoquée ci-haut ? Car deux jours auparavant, John Mick Martingale avait écrit au DPP pour signifier son intention de collaborer à l’enquête et dénoncer le Mastermind derrière le réseau de Flic-en-Flac.

Pour rappel, sur l’insistance de ses hommes de loi, notamment Rama Valayden et Sanjeev Teeluckdharry, une enquête judiciaire a été initiée par le Directeur des Poursuites Publiques, conformément à l’article 111 de la District and Intermediate Courts (Criminal Jurisdiction) Act de 1852, au tribunal de Rose-Hill pour connaître les circonstances de ce drame. Rama Valayden se dit à la disposition de la FCC pour donner plus d’informations dans cette affaire. Le Senior Counsel insiste qu’en septembre 2024, John Mick Martingale aurait été tué en cellule à la prison de Beau-Bassin, contrairement au rapport de l’autopsie policière qui parle de mort par asphyxie due à une pendaison.
Or, la famille du défunt avait commandité la publication d’un rapport de contre-autopsie réalisé par le Dr Sipho Mfolozi, médecin légiste sud-africain, le 15 octobre 2024. Ce dernier, basé au Forensic Pathology Consultants (Pty) Ltd, après avoir examiné les restes de John Mick Martingale, a confirmé la thèse de la pendaison mais exprimé des doutes sur les circonstances exactes de sa mort.
Dans le contre-rapport, le Dr Mfolozi dresse un constat sans compromis d’agressions physiques sur John Mick Martingale, comme suit : External signs of blunt-force trauma – External signs of sharp-force trauma – Features consistent with suffocation by obstruction of the mouth and the nose – Features consistent with neck-compression by arm-lock restraint technique – Features of torture.
En conclusion, le consultant de Forensic Pathology Consultants (Pty) Ltd met l’accent sur le fait que « no features of a natural cause of death. As a result of my observations, I concluded that the causes of death were: asphyxiation by smothering and arm-lock compression (unnatural death). » Il a recommandé des analyses supplémentaires, notamment en raison de l’embaumement préalable du corps. L’expert médical viendra témoigner lors de l’enquête préliminaire.
Washing machines
D’autant que la plupart des entreprises concernées dans cette affaire ne seraient que des eyes-watch, étant en réalité des « washing machines » autour d’un système bien rodé pour blanchir de l’argent sale. Dans le cas de Wendip Appaya, les enquêteurs voient mal un cleaner qui aurait vu une telle ascension fulgurante prendre l’argent de son dur labeur pour les produits ostentatoires.
Dans cette affaire, une « South African connexion » est évoquée. À ce stade, les enquêteurs n’ont pas encore approfondi cette ligne de leurs investigations.
En ce qui concerne Nabsha Uclean Trading Ltd, EA SmartChoice Business Enterprises Co Ltd, Sigma Cobra Motors Machinery Spare Parts Co Ltd et ISLECX (Mauritius) Ltd, ces sociétés dirigées par Allysaheb Ashik Ameersaheb Jagai brassent des millions de roupies en chiffres d’affaires dans des domaines comme l’alimentation, l’import-export, la mécanique automobile, le négoce, l’investissement ou l’immobilier, et suscitent des interrogations. Cette façade ne collerait toutefois pas avec la réalité. Par exemple, EA SmartChoice Business Enterprise Ltd, officiellement engagée dans la vente de produits alimentaires et non alimentaires, a déclaré des bénéfices de Rs 1,1 million pour l’exercice 2023/2024, alors que cette entité n’est qu’une coquille vide, ne disposant d’aucun actif courant (propriétés, équipements, etc.). D’ailleurs, les enquêteurs cherchent à savoir quel type de produits étaient commercialisés et où ils étaient stockés, en l’absence de locaux ou d’entrepôts enregistrés.

