Crise sociale à Madagascar: L’ambassadeur de Maurice tire la sonnette d’alarme : « Évitez de venir dans la Grande Île »

ByRédaction

September 29, 2025

Depuis plusieurs semaines, Madagascar vit au rythme d’une contestation sociale grandissante. Mais le jeudi 25 septembre, la situation a pris une tournure dramatique dans la capitale Antananarivo. Des milliers de personnes ont bravé l’interdiction préfectorale pour descendre dans la rue et dénoncer les coupures d’eau et d’électricité. Ces services essentiels, devenus sporadiques, cristallisent une colère populaire qui couvait depuis longtemps.

Le bilan est lourd : au moins cinq morts, des dizaines de blessés et plusieurs disparus. Des infrastructures publiques et privées ont été endommagées, certaines incendiées. Parmi les cibles : des édifices symboliques du pouvoir, mais aussi des entreprises étrangères comme le bureau d’Air Mauritius dans la capitale, attaqué et saccagé par des groupes de manifestants.

Le mouvement « Leo Délestage » : un cri de ras-le-bol

À l’origine de cette contestation, le collectif « Leo Délestage » (littéralement « marre des coupures ») cristallise l’exaspération des citoyens face à l’incapacité de l’État à fournir un accès régulier à l’eau potable et à l’électricité. Dans les rues d’Antananarivo, les slogans étaient clairs : « L’eau et l’électricité sont des droits humains fondamentaux ».

Inspirés par des mouvements civiques internationaux, les protestataires brandissaient aussi des symboles de résistance universels, transformant une revendication locale en combat global. Le gouvernement, pris de court, a imposé un couvre-feu nocturne de 19 h à 5 h pour tenter de reprendre la main. Mais la répression a aggravé la crise : usage de balles réelles, déploiement de véhicules blindés, attaques ciblées contre des résidences appartenant à des proches du président Andry Rajoelina ou contre des commerces perçus comme liés au pouvoir.

Dans une tentative d’apaisement, le président a annoncé le limogeage de son ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures, désigné par la rue comme principal responsable. Mais ce geste n’a pas suffi à calmer la contestation.

Air Mauritius touchée de plein fouet

Parmi les infrastructures endommagées, le bureau d’Air Mauritius à Antananarivo a subi de lourds dégâts. Le 25 septembre, il a été saccagé, du matériel informatique dérobé et un incendie déclenché au rez-de-chaussée. Grâce à une évacuation rapide, aucun employé n’a été blessé. Le feu a pu être maîtrisé, mais les locaux demeurent inutilisables.

La direction de la compagnie aérienne suit de près l’évolution de la situation. Une équipe technique sera envoyée sur place dès que la sécurité le permettra afin de rétablir les systèmes informatiques et permettre une reprise normale des activités. En attendant, Air Mauritius communique directement avec ses passagers pour gérer d’éventuels changements de vols ou perturbations.

« Les Mauriciens doivent rester à l’abri »

Face à la gravité de la situation, Bruno Cunniah, ambassadeur de Maurice à Madagascar, s’est exprimé auprès du Journal du Dimanche. Son message est limpide :« La situation est très instable, les Mauriciens doivent rester à l’abri. »

Il précise que les consignes données aux ressortissants sont strictes : ne pas quitter leur hôtel. Les supermarchés sont fermés, les stations-service ne fonctionnent plus et les rues sont sous tension. « Nos consignes aux Mauriciens sont claires : éviter tout déplacement non essentiel », insiste-t-il.

L’ambassade suit en temps réel la situation des ressortissants mauriciens. Une liste des passagers prévus sur le prochain vol d’Air Mauritius est mise à jour en permanence, et les équipes consulaires maintiennent un contact régulier avec eux. L’ambassadeur se montre catégorique concernant les projets de voyage : « Pour ceux qui envisagent de se rendre à Madagascar, le message est clair : restez à Maurice. »

L’État mauricien en alerte

Du côté de Port-Louis, le ministère des Affaires étrangères suit la crise avec attention. Il recommande d’éviter toute zone à risque et a mis en place deux numéros d’urgence pour les Mauriciens :

  • +230 405 2576 (Maurice)
  • +261 32 038 7127 (Antananarivo)

Ces lignes permettent de signaler sa présence, d’obtenir des conseils pratiques et, le cas échéant, de solliciter une assistance rapide.

Les ONG dénoncent une répression brutale

La contestation malgache et la réponse des autorités suscitent de vives inquiétudes dans les milieux associatifs. L’ONG régionale DIS-MOI (DroItS huMains Océan Indien) a dénoncé une répression jugée disproportionnée. Elle rappelle que le droit de manifester est garanti par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) ainsi que par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP).

« L’usage de la force doit rester une mesure d’exception et les arrestations doivent se conformer aux standards internationaux », souligne l’organisation, qui alerte aussi sur des cas de disparitions inquiétantes. DIS-MOI envisage de publier une liste nominative des disparus pour contraindre les autorités malgaches à respecter leurs obligations en matière de droits humains.

Au-delà des drames humains et des dégâts matériels, cette crise malgache a des répercussions directes sur la région. Madagascar est un partenaire économique et stratégique de Maurice, notamment en matière de commerce et de mobilité. La fermeture de certaines infrastructures, l’instabilité sécuritaire et la paralysie des services publics risquent de perturber les échanges.