Comme annoncé dans notre dernière édition, Le Journal du Dimanche poursuit son enquête sur le présumé réseau de trafic de drogue impliquant Wendy Appaya et Jean Lino Albert. Ce dossier, qui secoue aussi bien les milieux judiciaires que financiers, ne cesse de révéler de nouvelles pièces à conviction. Cette semaine, nous dévoilons des documents exclusifs – vidéos et clichés – qui viennent confirmer les dénonciations d’un compatriote aujourd’hui incarcéré à Antananarivo et qui soulèvent de sérieuses interrogations sur l’ampleur réelle de ce trafic international.
Un dénonciateur resté sans écho
Tout commence avec le témoignage d’un Mauricien arrêté en janvier dernier par la police malgache. L’homme fait partie des trois compatriotes incarcérés dans cette affaire. Selon ses déclarations, il n’était pas un complice mais un infiltré volontaire, décidé à dénoncer un réseau qu’il avait identifié.
À travers des proches en contact avec sa famille, il raconte comment il avait été approché pour retrouver un Mauricien prétendument porté disparu. Ses recherches l’avaient conduit à des allées et venues suspectes autour de valises, qu’il soupçonnait contenir de la cocaïne. Alerté par la gravité de la situation, il avait aussitôt prévenu le sergent D.A du CID de Grand-Baie, à qui il avait transmis des preuves par WhatsApp. Le policier, affirme-t-il, n’aurait jamais donné suite.
Déterminé malgré tout, il poursuivit son infiltration, accumulant des preuves sur son téléphone. Arrêté par la police malgache sans qu’aucune drogue ne soit retrouvée en sa possession, il remit aux enquêteurs son portable, qui contenait des photos et vidéos compromettantes. Parallèlement, il tenta d’obtenir l’aide de l’ambassade de Maurice à Antananarivo. Ses courriels seraient restés lettre morte.
Des « perles » en images
Nos investigations nous ont permis de consulter en exclusivité des extraits de vidéos et des clichés issus de cette infiltration. On y voit deux Mauriciens manipulant des paquets suspects dans une chambre d’hôtel d’Antananarivo. Des indices visuels – pantoufles siglées, mobilier, parking identifiable – confirment l’identité du lieu.
Ces « perles » visuelles sont accablantes : Deux valises pleines de colis de cocaïne ; Le transfert de ces valises sur une motocyclette dans la cour de l’hôtel ; Un ressortissant malgache tenant un paquet de drogue dans sa main ;Des objets personnels visibles dans la chambre, permettant d’identifier les occupants.Ces éléments pointent directement vers Wendy Appaya et Jean Lino Albert, soupçonnés d’avoir joué un rôle clé dans ce trafic.
La saisie de janvier : un coup de filet partiel
Le 25 janvier 2025, la gendarmerie malgache saisissait environ 16 kilos de cocaïne en provenance du Pakistan et destinés à Maurice. Neuf personnes furent arrêtées, dont trois Mauriciens. Cette opération coup de poing avait eu lieu à peine trois jours après le retour précipité de Wendy Appaya au pays. Un timing troublant qui renforce les soupçons.
Mais selon le dénonciateur, ces 16 kilos ne constitueraient qu’une partie du stock. La vidéo qu’il évoque montrerait deux valises contenant une trentaine de colis supplémentaires. Une version qui, si elle est vérifiée, prouverait l’existence d’un trafic à plus grande échelle.
La FCC sur les traces du réseau
Depuis la publication de nos révélations le 21 septembre, reprises par plusieurs autres titres de presse, la Financial Crime Commission (FCC) a décidé de se pencher sérieusement sur ce dossier. Officiellement, l’institution reste discrète. Officieusement, nos sources confirment que l’affaire progresse à vive allure. Les enquêteurs de la FCC cherchent à : Vérifier l’authenticité des vidéos et clichés ;tracer les flux financiers liés aux transactions ; identifier les complices locaux et internationaux ; comprendre le circuit de blanchiment qui alimente ce réseau.
L’objectif de la Commission est clair : démonter non pas seulement une filière de transporteurs, mais une organisation structurée et tentaculaire, utilisant Madagascar comme hub stratégique avant l’acheminement vers Maurice.
Des zones d’ombre persistantes
Malgré ces avancées, plusieurs questions demeurent sans réponse :Où sont passées les deux valises de drogue filmées dans la chambre d’hôtel ? Ont-elles été acheminées vers Maurice en janvier ou février 2025 ?Pourquoi l’ambassade de Maurice à Antananarivo est-elle restée muette face aux appels à l’aide du dénonciateur ? Pourquoi le Pole Anti-Corruption (PAC) de Madagascar, lui aussi informé, n’a-t-il pas pris contact directement avec les autorités mauriciennes ?Comment expliquer que trois Mauriciens soient détenus depuis huit mois dans une prison étrangère sans qu’aucune intervention officielle n’ait été entreprise pour encadrer leur situation ? Enfin, pourquoi le sergent D.A, destinataire initial des preuves, n’a-t-il pas alerté sa hiérarchie ?
Ces zones d’ombre mettent en lumière non seulement la gravité du trafic, mais aussi les carences de la coopération institutionnelle.
Une affaire loin d’être close
L’affaire Appaya–Albert n’a pas fini de faire parler d’elle. Si la FCC parvient à confirmer l’authenticité des preuves, l’enquête pourrait déboucher sur des inculpations retentissantes. Des sources locales évoquent déjà d’autres Mauriciens liés de près ou de loin à ce réseau.
Au-delà du volet judiciaire, c’est la crédibilité des institutions mauriciennes qui est en jeu. Leur réactivité face à une affaire qui ternit l’image du pays est vivement critiquée. La coopération régionale est fragilisée par des silences diplomatiques et des lenteurs administratives. Car au final, cette affaire ne se limite pas à quelques valises de cocaïne. Elle révèle un système souterrain où se mêlent argent sale, complicités locales et réseaux internationaux.

