Jean-Claude Barbier : « Je ne me suis jamais considéré comme anti-Bérenger…»

ByRédaction

June 9, 2026

Après plus de dix ans d’éloignement du MMM, Jean-Claude Barbier revient sur son rapprochement avec Paul Bérenger. Entre retour critique sur les années de rupture, plaidoyer pour une démocratie interne renforcée et réflexion sur l’avenir du Fron Militant Progressiste (FMP), il livre son analyse de la situation politique et sociale du pays.

Après plus d’une décennie de rupture, comment expliquez-vous ce rapprochement avec Paul Bérenger, alors qu’en 2015 vous dénonciez publiquement son « one-man-show » et certaines dérives internes du MMM ?

Après les élections générales de 2014, de nombreux militants étaient profondément préoccupés par le déclin électoral du MMM. Une réflexion collective s’était alors engagée afin d’identifier les causes de cet échec et de proposer des pistes de redressement. Ma démarche était claire : contribuer à la relance du parti en introduisant des méthodes de gestion plus modernes et davantage adaptées aux réalités politiques contemporaines.

« Peu de dirigeants acceptent de revenir sur des épisodes controversés de leur parcours »

Ce rapprochement signifie-t-il que vous vous étiez trompé sur Paul Bérenger ou estimez-vous que c’est lui qui a évolué depuis votre départ du MMM ?

J’ai récemment entendu Paul Bérenger reconnaître publiquement que certains de ses proches collaborateurs avaient œuvré à l’écart de certains membres du parti et admettre qu’il n’avait pas pris la mesure de ce qui se passait. Cette prise de responsabilité lui donne du crédit. Pour ma famille et moi, cela a représenté un véritable soulagement, car nous avons le sentiment que certaines vérités ont enfin été reconnues. Il n’est jamais facile pour un leader de revenir publiquement sur de tels épisodes et je salue cette démarche.

Vous avez longtemps été identifié comme l’une des figures de la contestation interne au MMM. Certains estiment aujourd’hui que ce retour est davantage dicté par les circonstances que par une réelle réconciliation politique. Que leur répondez-vous ?

Je ne me suis jamais considéré comme anti-Bérenger. Il est vrai que nous avons eu des divergences sur plusieurs sujets, mais il existe une manière de défendre ses convictions sans tomber dans l’affrontement personnel. Le respect des opinions divergentes demeure essentiel dans toute organisation démocratique. Quant à l’idéologie de gauche, elle a considérablement évolué sous l’effet des transformations économiques mondiales. Le pragmatisme est devenu indispensable, mais cela ne signifie pas qu’il faille abandonner ses valeurs fondamentales.

« Personne n’a cherché à duper qui que ce soit ; il s’agissait avant tout d’un problème de perception »

Comment expliquez-vous aujourd’hui ce rapprochement avec celui que vous avez pourtant longtemps critiqué ?

Contrairement à ce que certains peuvent croire, Paul Bérenger et moi n’avons pas encore eu de véritable échange de fond sur les événements du passé ou sur la situation actuelle. Les images publiées dans les médias ne racontent pas toute l’histoire. Personne n’a trompé personne. Avec le recul, il apparaît qu’il n’était pas pleinement conscient de certaines manœuvres internes visant à écarter des militants compétents. Il avait accordé sa confiance à des collaborateurs qui, selon moi, en ont abusé. Le temps permet parfois de mieux comprendre certaines situations.

Vous avez souvent affirmé que le MMM s’éloignait progressivement de ses valeurs fondatrices. Pourquoi miser aujourd’hui sur le FMP ?

Le MMM risquait effectivement de devenir un simple club de supporters tant de militants de valeur avaient quitté le parti ou en avaient été exclus. La rupture avec la base militante devenait de plus en plus visible. Le Fron Militant Progressiste représente aujourd’hui une opportunité de repartir sur de nouvelles bases : une nouvelle constitution, de nouvelles structures et une nouvelle culture politique. L’objectif est de bâtir un projet capable de répondre aux attentes des cinquante prochaines années et d’intégrer pleinement les nouvelles générations dans l’action politique. Cela exige de l’innovation et du travail.

Selon vous, quelles sont les principales sources du mécontentement populaire envers le gouvernement ?

La première préoccupation reste la drogue. Dans plusieurs quartiers sensibles, les habitants ne constatent aucune amélioration significative. À cela s’ajoute l’inflation, qui fragilise les plus modestes et érode progressivement le pouvoir d’achat de la classe moyenne. La montée de certaines formes de criminalité inquiète également la population. Enfin, les autorités locales ont progressivement abandonné leur rôle d’animation sociale, culturelle, sportive et éducative. Ce vide s’est accentué au fil des années et ses conséquences se font particulièrement sentir chez les jeunes.

Que manque-t-il aujourd’hui à l’opposition pour convaincre davantage les électeurs ?

Le gouvernement a obtenu une victoire écrasante lors des dernières élections, ce qui limite mécaniquement la capacité de l’opposition parlementaire à peser dans le débat national. C’est pourquoi une opposition de terrain me paraît essentielle. Il faut des femmes et des hommes capables d’aller à la rencontre de la population, d’écouter ses préoccupations et de rétablir un climat de confiance. Cela nécessite du courage et de la crédibilité.

« Les militants se réveilleront si la nouvelle équipe est crédible et forte »

Comment redonner confiance aux militants et aux sympathisants ?

Les militants se mobiliseront de nouveau si une équipe crédible, compétente et solide émerge. Mais cette confiance ne se décrète pas : elle se construit par les actes. Il faudra démontrer concrètement que nous sommes capables de répondre aux attentes de la population. La société est également devenue plus individualiste qu’autrefois, ce qui rend ce travail encore plus exigeant.

Quelles sont, selon vous, les chances réelles du FMP ? Joanna Bérenger peut-elle incarner l’avenir du mouvement ?

Je constate surtout une forte aspiration à davantage de démocratie. Aucun des partis traditionnels n’a véritablement répondu à cette attente. Cette situation favorise la montée de revendications identitaires qui traduisent un malaise profond. Il ne pourra y avoir de véritable unité nationale tant qu’une partie de la population aura le sentiment d’être marginalisée ou discriminée. Tous les dirigeants politiques doivent prendre cette réalité au sérieux. Sans cela, les discours sur la démocratie risquent de perdre leur crédibilité.

N’assiste-t-on pas à un nouveau « deal papa-piti » ? Le MMM peut-il réellement exister sans Paul Bérenger ?

En l’absence d’une alternative politique forte, crédible et irréprochable, toutes les hypothèses restent ouvertes. Une partie de la population recherche aujourd’hui un renouvellement de l’offre politique. Par ailleurs, les règles du jeu peuvent encore évoluer d’ici les prochaines élections. Le financement politique demeure un facteur déterminant dans toute campagne électorale à Maurice. On peut qualifier cela de « deal papa-piti » si l’on veut, mais cela ne change rien aux réalités du terrain.

« On sent clairement, sur le terrain, une volonté de voir émerger une alternative crédible aux schémas politiques traditionnels. »

Êtes-vous en train de négocier un ticket pour les prochaines élections?

De nombreux militants avec lesquels j’ai travaillé dans la circonscription n°1 sont venus me rencontrer ou m’ont contacté pour me demander de revenir à leurs côtés. Je réfléchis sérieusement à la suite. Lorsque je m’engage, je le fais pleinement. Pour moi, la priorité reste l’instauration d’une véritable culture démocratique dans les partis politiques comme dans les institutions publiques. J’ai des propositions concrètes dans ce domaine. Si une formation politique est prête à porter sincèrement ces réformes, alors je serais disposé à participer à cette aventure.

Après plusieurs années loin des premières lignes, qu’est-ce qui nourrit encore votre engagement politique ?

La flamme du militantisme est toujours présente. Je demeure profondément attaché aux valeurs qui ont guidé mon engagement politique. Ces années passées dans les luttes extra-parlementaires m’ont renforcé et ont consolidé mes convictions. Les combats pour la justice sociale, l’égalité des chances et la méritocratie restent plus que jamais d’actualité. Je suis convaincu que Maurice a besoin de nouvelles bases institutionnelles, de lois innovantes et d’une gouvernance plus transparente. C’est dans cette direction que doivent désormais se concentrer nos efforts.

Le FMP ferme la porte à Jean Claude Barbier

À la suite de l’entretien accordé par Jean Claude Barbier au Journal du Dimanche, le Front Militan Progressis (FMP) a mis fin aux spéculations concernant un éventuel rapprochement avec l’ancien député du Mouvement Militant Mauricien (MMM).

Dans un communiqué publié le lendemain, le parti a été catégorique : « il n’y a pas et il n’y aura pas de rapprochement » avec Jean Claude Barbier. Le FMP a tenu à souhaiter « bonne chance » à l’ancien parlementaire dans la poursuite de son engagement politique.