Jonathan Chatigan : « Je préfère finir dans “karo kann” que renoncer à mes convictions »

ByRédaction

July 27, 2026

Ancien journaliste, étudiant en droit, activiste et figure montante sur les réseaux sociaux, Jonathan Chatigan n’exclut plus une entrée en politique. Mais il affirme qu’il ne rejoindra jamais un parti uniquement pour obtenir un ticket électoral. Pour lui, l’engagement politique doit avant tout reposer sur des convictions et une volonté de servir.

Votre parcours vous a conduit du journalisme au travail social, puis au droit. Quel a été le fil conducteur ?

Depuis mon enfance, j’ai toujours été animé par la volonté d’aider les autres. Cet engagement m’a conduit à œuvrer auprès de personnes vulnérables, puis à intégrer la National Empowerment Foundation (NEF), où je suis devenu le plus jeune membre de son conseil d’administration.

La pandémie de Covid-19 a renforcé cette vocation, en me poussant à aller sur le terrain à la rencontre des plus démunis. Après une carrière dans le journalisme, notamment dans les domaines hippique, politique et de l’actualité, j’ai choisi de reprendre des études de droit à Middlesex University Mauritius. Mon ambition est de devenir avocat afin de défendre, avec davantage d’indépendance, les causes qui me tiennent à cœur.

« Mon engagement consiste à faire avancer des dossiers et à défendre des idées qui servent l’intérêt général »

Votre présence sur les réseaux sociaux alimente les spéculations sur une éventuelle entrée en politique. Qu’en est-il ?

Je n’avais jamais imaginé que mon engagement sur les réseaux sociaux prendrait une telle ampleur. Avec le temps, j’ai reçu de nombreuses sollicitations de personnes qui souhaitaient être écoutées et accompagnées. J’ai choisi de concentrer mon action dans la circonscription n° 1, Grand River North West et Port-Louis Ouest, parce que j’y ai grandi et que j’en connais les réalités du terrain. Il m’arrive aujourd’hui d’aider certains députés, de la majorité comme de l’opposition, dans la préparation de certaines interventions parlementaires. Cela ne signifie pas que je suis affilié à un parti. Mon objectif est de faire avancer des dossiers et de défendre des idées.

Quels sont vos principaux combats ?

Mon combat principal reste celui contre l’exclusion sociale et la pauvreté. Je constate que la communauté créole est particulièrement touchée par la précarité, mais mon engagement concerne tous les Mauriciens.Je pense qu’il faut avoir le courage de parler des problèmes qui existent. Le mauricianisme ne doit pas être un simple slogan. Il faut pouvoir reconnaître les réalités sociales, économiques et historiques du pays. La pauvreté ne peut pas être expliquée uniquement par la responsabilité individuelle. Les conséquences de certaines injustices historiques continuent d’avoir un impact sur certaines familles. Pour avancer, il faut regarder ces réalités avec honnêteté.

On vous voit souvent aux côtés de Bruneau Laurette, Patrick Belcourt ou Jocelyn Grégoire. Est-ce une alliance politique 

Un dépôt de gerbe sur la tombe d’un tribun n’est pas ce que je qualifierais de rencontre régulière. Nous partageons certaines préoccupations concernant l’avenir du pays et nous échangeons régulièrement. Bruneau Laurette a joué un rôle important dans la mobilisation citoyenne. Patrick Belcourt accomplit également un travail remarquable sur le terrain. Quant à Jocelyn Grégoire, même si l’on peut être en désaccord avec certaines de ses positions, il faut reconnaître son engagement dans la défense de plusieurs causes. Mais cela ne signifie pas qu’une alliance politique soit en préparation.

« Si Roshi Bhadain nourrit de réelles ambitions nationales, il devra convaincre l’électorat rural. »

Le MSM peut-il redevenir une force politique après le 60-0 ?

Après une défaite historique de 60-0, le MSM doit impérativement se livrer à une profonde remise en question s’il veut espérer revenir au pouvoir. Je propose ici une analyse factuelle, car on prête trop souvent à l’auteur d’une telle analyse des intentions personnelles.

Le MSM devra surtout procéder à un véritable renouvellement de ses cadres. Convaincre à nouveau l’électorat sera difficile. Du moins, c’est ce que j’entends régulièrement sur le terrain. Pravind Jugnauth conserve toutefois un atout : sa réputation d’avoir généralement respecté ses principaux engagements électoraux, résumée par le slogan « Parol donne, parol sakre ».

N’oublions pas qu’en 2024, les Mauriciens n’ont pas voté pour Navin Ramgoolam, mais contre Pravind Jugnauth. Se dirige-t-on vers le même scénario en 2029, avec cette fois Navin Ramgoolam comme celui que les électeurs voudraient voir quitter le pouvoir ? Pravind Jugnauth serait-il alors la seule alternative crédible ?

Et si les électeurs devaient chercher une autre alternative, celle-ci pourrait bien venir du leader du Reform Party. Roshi Bhadain n’a cessé de renforcer son influence dans le paysage politique. On lui pardonnera sans doute le faux pas Ganoo s’il prend ses distances avec cet épisode. Toutefois, si Roshi Bhadain nourrit de telles ambitions, il devra convaincre l’électorat rural. Cela passera sans doute par un repositionnement stratégique, notamment en quittant la circonscription n° 20 afin de briguer un siège dans une circonscription offrant une base électorale plus favorable à une ambition davantage en phase avec les réalités politiques mauriciennes.

Si un grand parti vous proposait une investiture, accepteriez-vous ?

Dans notre système électoral, un candidat indépendant a très peu de chances d’être élu. Mais avant de parler de candidature, il faut parler de valeurs. Je ne rejoindrai jamais un parti uniquement pour obtenir un ticket. La politique doit être guidée par des convictions, et non par des opportunités. Si un jour je m’engage, ce sera pour faire de la politique autrement, avec pour objectif de défendre les citoyens. Je ne suis pas intéressé par les privilèges liés à une fonction. Et s’il faut mener ce combat seul, je le ferai. Je préfère rester fidèle à mes convictions et garder ma conscience tranquille, même si cela signifie finir dans « karo kann ».

Quels seront les enjeux des prochaines élections ?

Les Mauriciens ne veulent plus seulement des promesses. Ils veulent des résultats.

Ils veulent aussi des dirigeants capables d’expliquer leurs décisions. La réforme de la pension, par exemple, a donné à beaucoup le sentiment d’un manque de dialogue.

Gouverner, c’est trouver un équilibre entre la gestion des finances publiques et la protection des plus vulnérables. Les citoyens sont capables de comprendre des choix difficiles, à condition qu’on leur parle avec transparence. Le prochain gouvernement devra donc respecter une règle essentielle : une promesse électorale doit être suivie d’actions concrètes. Les Mauriciens attendent désormais des dirigeants qui agissent.