Au-delà du dollar : Maurice ne peut plus rester spectatrice

ByRédaction

August 31, 2026

Alors que le commerce mondial évolue vers un système monétaire plus diversifié, Maurice doit repenser sa dépendance aux devises traditionnelles. Pour notre petite économie insulaire, lourdement tributaire des importations, la dédollarisation n’est pas un débat lointain : elle touche directement le coût de la vie, la stabilité de la roupie et notre souveraineté économique.

Pendant des décennies, le dollar américain a régné presque sans partage sur le commerce international. Pétrole, matières premières, transport maritime, équipements industriels : l’essentiel des transactions mondiales s’effectue dans la monnaie américaine. Mais ce monopole s’effrite progressivement. La Chine, l’Inde, la Russie, les Émirats arabes unis et plusieurs membres des BRICS développent désormais des mécanismes permettant de commercer directement dans leurs monnaies nationales.

Le dollar ne va pas disparaître demain. Il conserve des avantages considérables et demeure au cœur du système financier international. Toutefois, le monde entre dans une ère de pluralité monétaire. Et Maurice aurait tort d’observer cette transformation comme si elle ne concernait que les grandes puissances.

Notre pays importe une grande partie de ce qu’il consomme : carburants, médicaments, denrées alimentaires, véhicules, machines et matériaux. Chaque appréciation du dollar ou affaiblissement de la roupie se répercute sur les factures des entreprises et, finalement, sur le portefeuille des ménages. L’inflation importée n’est pas une notion abstraite. Elle se traduit par un panier plus cher au supermarché, des coûts de transport plus élevés et une pression supplémentaire sur les familles. La question n’est donc pas de savoir si Maurice doit tourner le dos au dollar. Ce serait irréaliste et dangereux. Il s’agit plutôt de déterminer comment le pays peut réduire les risques liés à une dépendance excessive envers une seule monnaie.

Maurice entretient déjà des relations commerciales majeures avec la Chine, l’Inde, l’Europe, l’Afrique du Sud et les pays du Golfe. Pourquoi ne pas étudier plus sérieusement des mécanismes de règlement en yuans, en roupies indiennes, en euros ou en dirhams lorsque les circonstances le permettent ? De tels corridors pourraient diminuer certains coûts de conversion, diversifier les réserves et offrir davantage de souplesse aux importateurs.

Mais cette transition exige de la prudence. La roupie mauricienne ne deviendra pas une monnaie internationale par décret. La confiance repose sur la discipline budgétaire, la stabilité politique, la crédibilité de la Banque de Maurice, la solidité des institutions et la capacité du pays à produire et exporter davantage. On ne défend pas durablement une monnaie avec des discours : on la défend par une économie productive et compétitive.

Le véritable danger serait donc de considérer la diversification monétaire comme une solution magique. Régler certaines transactions dans une autre devise ne corrigera ni le déficit commercial, ni notre dépendance aux importations, ni la faiblesse de certains secteurs exportateurs.  On doit simultanément renforcer la production locale, développer les exportations africaines, consolider les services financiers et investir dans les nouvelles technologies de paiement.

Notre centre financier peut d’ailleurs transformer cette mutation en occasion stratégique. Grâce à sa position entre l’Afrique et l’Asie, Maurice pourrait devenir une plateforme facilitant les règlements commerciaux entre plusieurs zones monétaires. Encore faut-il anticiper les évolutions réglementaires, les monnaies numériques de banques centrales et les futurs réseaux de paiement transfrontaliers. Dans ce nouvel ordre mondial, la souveraineté économique ne signifiera pas l’isolement. Elle reposera sur la capacité de choisir entre plusieurs partenaires, plusieurs devises et plusieurs circuits financiers.

Maurice ne doit pas remplacer une dépendance par une autre. Notre intérêt n’est d’être ni prisonniers du dollar ni subordonnés au yuan. Il est de construire une stratégie monétaire équilibrée, pragmatique et tournée vers l’avenir. Le monde financier devient multipolaire. À nous de nous préparer avant que cette transformation ne nous soit, une fois encore, imposée.

Giacomo Valentini

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